De l'Esclavage des Noirs à celui des camps nazis
Par Freddy Mulongo, jeudi 8 mai 2008 à 14:20 :: radio :: #106 :: rss
Jean Brunati, De l'Esclavage des Noirs à celui des camps nazis, 259 pages,Paris- Editions de l'Harmattan
Je quittais ces campagnes africaines où, dès les années trente et sans prendre vraiment conscience des vraies relations de colonisateur à colonisé, de dominant à dominé, j'avais été témoins du labeur pénible des travailleurs des champs, parfois harcelés pour aller plus vite en besogne par des surveillants à la solde du colon..Je gardais en partant le souvenir des gens du pays dont les enfants, entrevus rarement, n'étaient pas reçus à l'école, à part quelque fils de notable...Et puis aussi les images des collines, des caravanes de nomades de la steppe, des gazelles et des dromadaires: mon "paysage" de la colonie.
Parvenu à l'adolescence, je ne savais pas tout des niveaux de discrimination, de déconsidération et de mépris dans lesquels on pouvait tenir d'autres êtres humains: exploitation salariale, maltraitance, sévices, utilisation des hommes en tant qu'instruments, en tant qu' objets..
Et plus tard, à l'occasion de la fameuse exposition coloniale de 1931 à Paris, on ne manqua pas de donner en spectacle, au nom de l'exotisme, un certain nombre d'habitants des pays d'Outre mer...Le film récent, Man to man, parle d'un jeune pygmée dont le "propriétaire" promena dans le monde pour l'exposer comme une bête de cirque. Des êtres humains utilisés comme des animaux, comme des "curiosités" pour le plus grand bien de marchands de spectacles sans scrupules !
Et je ne savais pas alors , que je ferais un jour un grand voyage, un long et dangereux voyage, et que durant deux ans je serais cette "personne déportéee et aliénée", vivant en camp nazi une situation semblable, reconnue par l'Etat allemand en 2003, à celle que j'avais pu connaitre par mes lectures, celle de l'existence souffrante des esclaves de la traite négrière qui avaient aussi " déporté" avec eux, dans leur désespoir, leur "paysage natal", ce paysage qui était devenu pour eux la seule ressource de consolation et de revival...
Le lecteur comprendra donc quels liens fraternels m'ont rapproché des esclaves de la traite négrière, et les motifs qui m'ont conduit à l'obligation morakle d'entreprendre cette étude de la plus grave des lésions humanitaires de l'Histoire: ce crime contre l'Humanité non encore reconnu par l'ONU, mais reconnu dans la loi dite Taubira du 21 mai 2001.
L'Afrique vidée d'une bonne part de sa population active, s'est trouvée atteinte dans son équilibre par la régression de son économie de substance, pour le plus grand bénéfice des négociants et des financiers européens. La loi du marché, n'ya-t-il pas là déjà un parfum de la mondialisation? Il y eut une progressive augmentation de la Traite à proportion de la croissance de la production et des exigences de plus en plus grandes de profits. Et cet accroissement conduira les " négriers" locaux à fomenter un état de guerre permanente entre ethnies africaines afin de justifier les razzias, et de vendre de plus en plus d'hommes aux négriers européens, pour quelque trois fois six sous, quelques poignées de verroterie ou quelques armes..
L'ensemble du système négrier se révèle aussi lucratif pour les pays européens dont il permet le " décollage" économique, que nocif pour l'Afrique qu'il vide de sa population.


Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire