Depuis la fin de la bipolarisation du monde et le début de la seconde mondialisation, les migrations s'intensifient en suivant la logique de la première mondialisation. Ces mouvements prouvent que les motifs pour lesquels les individus émigrent n'ont pas beaucoup changé. Si jusqu'à la fin des années 60, ce sont les ressortissants des pays du Nord et les Asiatiques qui émigraient, le phénomène migratoire a changé au tournant des années 80 et, depuis le début de ce XXIe siècle, les migrations sont devenues un enjeu majeur. C'est en trouvant de bonnes réponses aux causes qui sont à l'origine de l'immigration, comme le transfert des technologies, la libre-circulation du savoir (cerveaux), le codéveloppement, la coopération décentralisée et la création d'emplois décents dans les pays du tiers monde, qu'on arrivera à résoudre le problème, mais pas en sanctionnant ni en excluant les immigrés. Restés habitants des colonies jusqu'à la fin des années 60, les Africains au sud du Sahara se sont inscrits très tardivement dans la dynamique des migrations internationales qui ont commencé longtemps avant eux. En se fondant sur le droit et sur l'éthique, n'est-il pas absurde de refuser à ceux-ci ce que ceux-là ont pratiqué pendant plusieurs décennies ?

C’est dans ce contexte d’une démocratie qui a de la peine à voir le jour que M. Mwamba Tshibangu nous propose ses réflexions. L’auteur a habilement puisé dans ses innombrables écrits journalistiques pour étoffer un recueil cohérent mettant à nu le « débordement » et la nullité des dictatures en RDC.

Dans son livre, l’auteur embrasse 3 périodes : la fin de la dictature de Mobutu. Le règne éphémère du M’zee Kabila et enfin, la période de Joseph Kabila. Il pousse sa projection des événements au-delà du Congo et jette un regard critique sur les pratiques courantes de la démocratie en Afrique.

Au-delà de ses analyses pertinentes et de la condamnation des manœuvres tendant à embastiller le peuple dans des systèmes rétrogrades, l’auteur met l’accent sur le rôle du souverain premier dans le processus de libération et d’affirmation des principes démocratiques.

Ce livre tombe à propos. Il offre l’opportunité au peuple congolais de réfléchir sur son cheminement politique. Le mérite de l’auteur est d’interpeller sans complaisance à la fois, les potentats qui privilégient leurs intérêts personnels, l’opposition politique qui semble errer sans imprégner une marche susceptible de renverser l’ordre des choses sans oublier le rôle discutable des intellectuels.

Plus que jamais, il faut s’appuyer sur des réflexions approfondies pour relever le défi de la démocratisation de l’espace politique en RDC et par-delà ce gigantesque pays, l’espace continental africain. L’auteur, à travers son livre, nous en donne le ton et le goût. C’est une contribution importante qui mérite la peine d’être lue.

Le phénomène marquant de ces 20 dernières années est sans conteste l'avènement des technologies de l'information et de la communication (TIC) et des biotechnologies. Deux innovations majeures qui provoquent déjà de profonds bouleversements dans les économies, les sociétés, les cultures, la mondialisation. A se limiter aux seules TIC, la réalité que recouvre leur irruption dans les économies développées est celle d'une véritable mutation socio-économique, politique et culturelle.

Outre les technologies de l'information elles-mêmes, cette mutation concerne l'ingénierie, la conception et la fabrication de produits, la structure des entreprises et le rôle qu'y jouent la circulation de l'information et son exploitation, l'organisation du travail, le système de formation et d'éducation, la création artistique et la production culturelle jusques et y compris les rapports sociaux. Certains analystes n'hésitent pas à dire que nous sommes passés, ou en voie de l'être, de la société industrielle vers celle de l'information. Cet essor des TIC, qui n'en est qu'à ses débuts, se produit globalement selon la même ligne de fracture traditionnelle entre le Nord et le Sud. Il aggraverait même les inégalités de développement avec une " fracture numérique " autrement plus profonde : les écarts technologiques sont importants (l'Afrique qui représente 13 % de la population mondiale ne compte qu' 1 % d'internautes alors que les pays industrialisés avec 15 % de la population mondiale comptent près de 88 % d'internautes).

De plus, le développement des TIC dans les PED rencontre plusieurs obstacles : absence de marché solvable, analphabétisme et faiblesse des infrastructures des télécoms. La "fracture numérique" est donc bien réelle entre le Nord et le Sud. Toutefois, le PNUD comme nombre d'institutions internationales (ONU, BM, UE, UNESCO, UIT, etc.) ou de forums (Davos, G8, etc.) multiplient initiatives, rapports, recommandations pour "mettre les NTIC au service du développement humain". Leur postulat repose sur l'idée que la technologie a toujours été un outil puissant au service du développement humain et de la lutte contre la pauvreté. Et pour la période actuelle, les évolutions technologiques plus rapides et la compression des coûts offriraient de multiples avantages pour les PED. Une plus grande participation des populations grâce à l'information et la communication ; un accès plus rapide et peu coûteux aux savoirs et connaissances ; de nouvelles perspectives de production, d'emploi et d'exportation avec le commerce électronique.

Le développement considérable des TIC en Afrique, l'engouement qu'ils suscitent au sein des sociétés interpellent à plus d'un titre les chercheurs en sciences sociales. Les travaux menés au sein du Centre d'Observation des Economies africaines (COBEA) / Collèges d'études internationales (CEI) indiquent que les dynamiques locales d'appropriation confèrent aux TIC en Afrique un rôle singulier qu'il s'agit d'appréhender et d'analyser. Trois thèmes structurants sont proposés dans la perspective d'une série de séminaires organisés dans le cadre du GEMDEV pour l'année 2003.

Au-delà des exemples d’événements exceptionnels comme le tsunami en Asie du Sud, les attentats de Londres ou les cyclones aux Etats-Unis, lors desquels l’expression citoyenne a été manifeste sur les blogs, la question se pose de savoir dans quelle mesure - au quotidien - le blog, comme outil de communication, représente un nouvel espace d’expression démocratique. Le blog permet-il de satisfaire la promesse de perfectionnement d’une démocratie participative et délibérative dont il fait l’objet ? Nous montrons que contrairement au discours général sur la blogosphère qui vante les libertés d’expression et d’information et qui rendrait possible un véritable réseau de la connaissance via une logique d’intelligence collective, il existe des logiques ambivalentes qui affectent le processus démocratique de l’intérieur : ce sont les contraintes techniques de l’outil, les normes collectives des différents groupes sociaux et les biais individuels liés à l’intentionnalité. Ainsi les environnements socio-techniques de la communication par les blogs créent des normes et des frontières qui participent à des clôtures informationnelles, cognitives et spatiales caractérisant une blogosphère éclatée et hétérogène.

L’organisation des élections libres, démocratiques et transparentes revêtait un caractère spécial pour le peuple congolais. À travers le scrutin, il espérait enterrer définitivement l’ère de dictatures et instaurer, par les biais de nouvelles institutions républicaines, un État de droit. Le constat est là. Amer. Décevant. La dictature est dure à mourir. Elle ne veut pas vendre facilement sa peau. Les enjeux sont énormes, les intérêts juteux pour les groupes financiers, les rapaces et acolytes de la mondialisation

L'auteure, docteur en économie, a réalisé une série d'enquêtes sur les modes d'alimentation dans la ville de Bouaké, au centre de la Côte d'Ivoire, entre 1998 et 2000. Avant de devenir la capitale de la zone rebelle, à la suite de la tentative de coup d'Etat du 19 septembre 2002 et de la partition du pays qui a suivi, Bouaké était un carrefour routier, une cité de transit recevant des flux de marchandises des régions environnantes. Premier constat: dans cette agglomération de 1,5 million d'habitants régnait "une insécurité alimentaire protéiforme". Les achats de nourriture représentaient en moyenne 52 % des revenus des foyers. En raison de la faiblesse de leurs revenus, 78 % d'entre eux ne prenaient que deux repas par jour et 14 % seulement un. Une situation critique qui perdure et face à laquelle les "réseaux communautaires", extrêmement sollicités, peinent de plus en plus à jouer leur rôle de filet de sécurité. Un livre de chercheur pour des chercheurs, mais qui a le mérite, à l'heure où la crise alimentaire redevient tristement d'actualité, de mettre l'accent sur la grande vulnérabilité des familles urbaines en Afrique.

Dans cet essai au titre si évocateur, l'auteur étudie le contexte d'émergence du concept de développement en Afrique. Il retrace l'histoire mouvementée de l'Afrique, et surtout la trajectoire des différentes théories et approches appliquées aux pays africains depuis leur accession à la souveraineté internationale. Si par moments la démarche de l'auteur peut friser ou susciter un certain pessimisme pour ce qui est de l'avenir de l'Afrique, elle se veut surtout une démarche critique pour mieux identifier et situer les causes et les maux qui minent et obèrent le décollage économique, politique et socioculturel de l'Afrique forcée d'affronter la modernité dans la violence, l'injustice et la vérité camouflée. Cette étude veut inciter à une prise de conscience vive des atouts de l'Afrique et des Africains en ce nouveau siècle qui s'ouvre.

Sous la direction de Vincent Aucante ; préface de SER le cardinal Crescenzio Sepe. - Paris : l'Harmattan, DL 2008 (14-Condé-sur-Noireau : Impr. Corlet numérique). - 1 vol. (265 p.)

Par bien des aspects, l'Afrique subsaharienne semble étrangère à la mondialisation, ou ce qui est pire encore paraît souvent être sa victime. Les cultures, les religions, l'économie, les guerres, la politique, révèlent bien que la mondialisation est à l'œuvre sur le continent africain, mais ce sont les aspects les plus négatifs qui sautent aux yeux au premier abord : ingérences de toutes les puissances mondiales, dépendance économique voire alimentaire des populations, chosification de la personne humaine, exploitation massive des ressources naturelles. La litanie des affres dont souffre cette partie du monde semble interminable. " L'Afrique va-t-elle mourir ? ", s'interrogeait Ka Mana. Pourtant la vivacité, l'inventivité sont à l'œuvre sur tout le sous-continent subsaharien. L'objectif de cet ouvrage est d'interroger le paradoxe de cette partie du monde qui semble à la fois absente et présente de la mondialisation, passive ou créative, selon plusieurs perspectives : culturelle, économique, politique et religieuse. La fragilité de l'Etat africain aussi bien que les ravages engendrés par l'instabilité politique et les guerres montrent combien il est urgent de se pencher sur l'Afrique subsaharienne, non pas tant comme on s'arrête au chevet d'un malade, que pour écouter les voix de ses enfants qui ont le droit d'être citoyens du monde. La globalisation n'exclut pas la diversité culturelle, et chaque être humain a droit à la sécurité de sa vie et à la liberté de pensée et d'action. Le chemin qui s'ouvre aujourd'hui devant l'Afrique subsaharienne est long et semé d'embûches, mais il est aussi chargé d'espoir

Les contributeurs :. Card. Francis Arinze, Vincent Aucante, RP Miguel Angel Ayuso Guixot, Souleymane Bachir Diagne, Jean-Christophe Belliard, Bruno Ben, Jérôme Bindé, Mgr Giuseppe Cavalotto, Jean Coussy, Don Enrico Dal Covolo, Jean-Michel Debrat, Jean-Pierre Dozon, Mario Giro, P. Juvénal Ilunga-Muya, Catherine Maia, Roland Marchai, Card. Renato R. Martino, Sr Geneviève Médevielle, Simon Njami, Roberto Papini, Card. Crescenzio Sepe, Don Matteo Zuppi

Dans un langage accessible, l'auteur analyse la performance de l'Afrique dans l'économie mondiale et montre les limites des politiques actuelles. En se basant sur les défis de l'Afrique et les politiques mises en oeuvre par les pays riches pour passer de la pauvreté de masse à l'édification de sociétés prospères, il explore de manière novatrice des voies nouvelles pour l'Afrique. Il appelle les Africains à sortir de l'esprit de dépendance pour prendre leur destin en main et transformer l'Afrique.

En vue de contribuer à la connaissance du christianisme en Afrique et dans le cadre de l'histoire de la théologie africaine contemporaine, cet ouvrage met en exergue ce que les pasteurs et théologiens africains ont dit de la personne de Jésus-Christ et de son mystère du salut de 1956 à 2000. Ne se limitant pas à des aspects périphériques, l'appropriation africaine de la révélation chrétienne touche le centre même de la foi chrétienne.

L'auteur, théologien protestant, évoque le rôle de l'ONU dans l'organisation des élections présidentielles et l'avènement du multipartisme en RDC depuis 1990. Il insiste sur la chance que représente selon lui la diversité ethnique de son pays et appelle les différentes instances de gouvernement (Etat, provinces, Président et Parlement) à favoriser la réconciliation.

Congo-Kinshasa : le chemin de la démocratie

Du rôle pragmatique des Nations unies à celui de l'Eglise

Depuis 1990, le multipartisme a permis au Congo-Kinshasa de sortir du monopartisme (Mouvement Populaire de la Révolution) du maréchal Mobutu Sese-Seko. En aidant la République Démocratique du Congo pour organiser l'élection présidentielle, l'O.N.U. n'a accompli que sa vocation première, celle du maintien de la paix et la sécurité internationales. Car, depuis sa création en 1945, les Nations unies poursuivent cette mission de renforcer la paix, l'égalité, la liberté, la justice et le respect des droits fondamentaux de l'homme.

Malgré l'esprit d'Antoine Gizenga, à rechercher la légitimité et le projet fondateur du Congo, le plus difficile pour le président Joseph Kabila et le premier ministre Gizenga, c'est de calmer la violence de leurs proches.

La diversité ethnique est une chance pour la République Démocratique du Congo. Pour parler de la réconciliation, le pays doit compter sur l'équilibre entre d'une part, président et parlement, et, d'autre part. État central et provinces.

Émile Gankama publie Congo- Brazzaville, la clameur démocratique des années 1990

Paru aux éditions de L'Harmattan, Congo- Brazzaville, la clameur démocratique des années 1990 est un essai politique de 131 pages consacré aux grands moments de la vie politique congolaise qui précèdent et qui suivent la conférence nationale souveraine de 1991. Dans un style rigoureux, l'auteur présente aux lecteurs la difficile instauration de la démocratie pluraliste dans un pays qui a été pendant plusieurs années sous le joug d'un monolithisme paralysant.

Cet ouvrage apporte à la postérité des repères politiques indéniables tant la mémoire est fugace, ainsi qu'a su le dire le ministre congolais de la Culture et des arts, Jean Claude Gakosso, dans la préface de cet essai politique : « Les Congolais ont le vice de la mauvaise mémoire et de la réminiscence fugace. Scripta manent. L'écrit de Gankama sûrement demeurera...au-delà des âges sans archives, au-delà des turpitudes de l'histoire, souvent trahie par ses propres scribes. »

Ce livre est le témoignage d'un homme qui a suivi la succession d'événements politiques dans son pays sur une période de sept années environ, sans oublier un seul détail. Le lecteur, s'il vivait au Congo à cette époque, le constatera grâce à la clarté du récit et la précision des dates. Cet essai servira d'ouvrage d'histoire politique de référence pour les jeunes générations et les chercheurs.

De la période qui a précédé la conférence nationale souveraine à la « tumultueuse » transition politique conduite par le premier ministre André Milongo en passant par les cinq années du mandat présidentiel de Pascal Lissouba, l'auteur note scrupuleusement les faits politiques marquants qui aideront les jeunes engagés dans cette voie à comprendre la complexité de ce domaine et en tirer les leçons qui s'imposent.

Ainsi qu'il est écrit dans la postface de ce livre : « Congo-Brazzaville, la clameur démocratique des années 1990 dévoile la complexité de la vie politique congolaise ; il met un accent particulier sur la fragilité des alliances qui se tissent non pas en fonction des projets de société concertés, mais au gré des humeurs et des intérêts égoïstes des acteurs politiques. »

Notons qu'Émile Gankama est né en 1963 à Inta, dans le district de Gamboma, département des Plateaux. Journaliste de formation, il collabore à plusieurs organes de presse dans son pays, écrit le confrère Roger Ngombé