Aujourd’hui, la République Démocratique du Congo, ex-Zaïre, qui doit normalement se consacrer à sa reconstruction, est obligé de faire face à des problèmes intrinsèques voulus et entretenus par ses propres filles et fils. Le cycle infernal de massacres, organisation des manifestations publiques sans respect des lois en la matière, répressions des mouvements publics par la force en causant des dégâts, antipathie entre les églises, désaveu du système judiciaire, prouve à suffisance que l’Etat congolais est au bord du chaos. Et que faire, laisser la situation pourrir ou apporter des solutions. Je crois que le mieux à faire serait de penser aux voies et moyens de remédier à la situation.

Je me souviens d’une parole d’un prélat catholique, à son temps président de HCR-PT, le parlement de la transition sous Mobutu, l’actuel archevêque de Kinshasa, Mgr Monsengwo Pasinya qui disait : « les problèmes sont faits pour trouver des solutions ». A ce point de vue, aucun problème sous le soleil ne peut demeurer sans solution et le problème congolais n’est nullement une maladie qui a atteint l’étape de la métastase pour rester insoluble. Il y a une solution, une solution durable.

Le peuple congolais a droit à la vie et doit l’expérimenter selon que la Providence a décidé pour lui et ce, sans avoir au préalable le conseil de qui que ce soit. Actuellement, le tableau de la situation sociale congolaise est affreux et hideux. Normalement, les congolais, qui vivent sur une terre plein de richesses, devraient être au courant qu’ils font l’objet d’une certaine jalousie de la part de leurs voisins proches et savoir qu’au loin les nations nanties ne jurent qu’à la possession de leurs richesses rares. En lieu et place des querelles intestines et byzantines qui n’amènent à rien, les congolais devraient se préoccupent de son développement et rendre heureux ses populations dans leur ensemble.

Mais malheureusement la vie du congolais est du jour au lendemain sujet à caution. On assiste à des scènes dignes de barbares où règne la loi de la jungle. COJESKI le dit bien dans sa déclaration relative aux massacres des adeptes de Bundu–dia–kongo où il condamne la xénophobie, les actes criminels et de barbarie perpétrés dans le Bas – Congo. Cette peinture du style « rococo », - entendez un art ridiculement démodé - peint la société congolaise dans son ensemble qui vit dans un contexte sécuritaire regrettable. La RDC est devenue un état dont les frontières sont devenues perméables, où il y a circulation facile des militaires dissidents d’autres pays, la prolifération et la circulation des armes légères. Les politiciens en mal de positionnement invétérés distillent la haine tribale, incitent à la révolution, poussent les populations au désaveu du pouvoir judiciaire, entretiennent le sentiment d’animosité. Et facilement de tels discours accrochent, et comme on ne contrôle l’effet boomerang de ce que l’on provoque, l’antipathie se crée entre les tribus, les églises, les amis, les hommes et les femmes.

Professeur Yves Valentin MUDIMBE

Chose encore, le congolais accepte facilement les étrangers qui viennent de loin et peut leur apporter assistance tous azimuts sans se préoccuper de leurs desseins et intentions, ce qui n’est pas mal; alors qu’il est prêt à tuer de plusieurs façons (coup bas, poison, jalousie, méfiance) l’autre congolais. Montre – moi un seul congolais qui aime un autre congolais, je te montrerai 55.000.000 des congolais qui peuvent accepter que le Congo soit recolonisé dans le but d’avoir en lui propre le soutien de la Communauté internationale. On croit que le Moïse pour le Congo proviendrait d’ailleurs.

Je fais appelle à une petite connaissance de l’histoire kinoise et je crois que de là proviendrait la petite solution et une fois imprégnée celle – ci pourrait avoir les effets « mulltiplicateurs » et pourrait aider les congolais.

Je suis né à Kinshasa à la fin des années 60. A l’époque à Kinshasa, on n’attendait guère les phrases telles que « ils sont des bakongo et nous nous sommes des bangala ». Et à l’école primaire de Kinzazi à Matete chez les prêtres catholiques où j’ai forgé mes premières armes en lecture et en écriture ; j’ai rencontré pas mal des noms de tribus différentes à la mienne tels que Kalala, Nzaonene, Vibila, Moke, Kitambala, Npanzu, Mboliko, Omokoko, Ntiba, Ngbazo, Makayabu et autre Gatera, un rwandais. Et rien n’a créé une sorte de ségrégation entre tribus et l’école était comme notre mère à tous. Au niveau des quartiers, on vivait comme dans une famille. Les spécificités d’ordre tribales apparaissaient comme des trouvailles et on trouvait de la joie à manger les spécialités des autres, parler quelques phrases de la langue des autres. Tout se baignait dans un climat de joie, d’allégresse. De telle manière, quand on est papa d’un enfant x, on se considère comme le papa de tout le monde. On motive alors tous ses enfants à étudier, à l’amour fraternel, au travail, à la réussite et à l’effort personnel et grégaire.

Bien avant nous, il y a des gens qui ont vécu des réalités pareilles. Je me souviens du Cardinal Joseph – Albert Malula né Léopoldville en 1917 d’un père Muluba et d’une mère Mongo. Son neveu Joseph Kabasele Tshamala dit Grand Kallé Jef, né à Matadi et a grandi à Kinshasa où il s’est rencontré avec les Longomba Vicky, Muango Brazzos, Luambo Franco, Tabu Ley, Kwami José, Lutumba Simaro, Munyanya Rotelet et même avec les Congolais de l’autre rive qui sont venus forger leur art musical à Kinshasa. Nous citons Munka Pamelo, Lubelo De la lune, Edo Nganga, Pangi et les autres. Au-delà de quelques malentendus rien de conflit éternel n’a persisté jusqu’à ce jour que l’on peut remarquer dans leurs relations. Bien au contraire, ils cherchaient et cherchent des occasions, pour ceux qui sont en vie, de revivre des moments de souvenirs.

Je constate quelque chose dans le comportement des congolais et ici je pointe du doigt l’homme politique congolais, élite ou intellectuel acquis à une cause autre que celle du peuple congolais. C’est de lui que provient le malheur du peuple congolais.

Aussi, dirai – je quelque chose à ce qui a été le système mobutiste reposant sur la pyramide clientéliste qui a permis à ce système de se maintenir grâce au schéma [accumulation – rétributions – redistribution] et qui s’est effondrée et a fait tombé l’Etat dans une crise inimaginable.

D’aucuns se souviennent d’un certain « m’as-tu-vuisme » qui a caractérisé les dirigeants de Mobutu vers les années 80. Il y a eu ce qu’on a appelé « les intouchables » qui appartenaient à la classe bourgeoise et ceux là ont créé des clivages dans la société. L’écart était grand entre la bourgeoisie et le peuple à telle enseigne que les riches devenaient de plus en plus riches et les pauvres plus pauvres qu’avant. La bourgeoisie se délectait dans la prodigalité et à l’avarice. Ils trouvaient mieux de construire ailleurs qu’au Congo, de dilapider ce qui restait encore dans la capitale et dans les chefs-lieux des provinces. Condamnant ainsi les populations à la clochardisation et à la mendicité.

Professeur Georges NGAL

Pour les populations le salut est de rechercher une survie et ceux qui sont à Kinshasa préfèrent explorer le vieux continent ou l’Afrique émergeante. Et ceux qui sont dans les provinces pensent que Kinshasa serait un tremplin pour eux avant d’aller voir ailleurs. La confusion se crée et le Gouvernement est débordé. En fin de compte les tireurs de ficelles en profitent.

Je pense qu’aujourd’hui, le peuple congolais doit savoir que connaître son passé permet de bien analyser la dynamique sociale et comprendre son présent. Et de cette façon l’on peut se permettre de projeter son avenir. Mais devant la démission de presque tout le monde surtout de l’intellectuel congolais, la République Démocratique du Congo a sombré dans la crise inimaginable.

Le grand défi qui a à réaliser à mon avis aujourd’hui c’est faire échec à la prédatocratie – le pouvoir des prédateurs - et promouvoir le leadership politique de développement pour le Congo de demain. Cela revient à dire que le Congo a besoin des gens, selon l’acception de Justin Kankwenda Mbaya, des techniciens du savoir qui doivent questionner leur société par rapport à leur savoir ou leur expertise qui font fondement de leur appartenance à l’élite. Dès qu’ils commencent à questionner aussi leur technicité par rapport à leur société, qu’ils se préoccupent du présent et du futur de celle – ci sur le plan politique, économique et social, et qu’ils s’engagent dans l’action politique conséquente, alors il fait le bond qualificatif qui en fait des intellectuels acquis à la cause des populations congolaises.

Qualifié comme tel, cet intellectuel fait sienne l’habitude de fournir constamment des efforts de connaissance ou d’analyse de la dynamique nationale dans ses problèmes clefs sur les plans politique, économique, social et culturel et progressant dans cet élan il va définir des voies de solutions à ces questions de base, et surtout mobiliser les énergies nationales, voir internationales, pour parvenir aux solutions envisagées.

Nous aurons en fait de compte, des hommes politiques à l’instar de ce papa que j’ai évoqué au début de cette réflexion, le papa qui se considère comme le papa de tout le monde. Il motive tous les enfants à faire des études, à avoir l’amour fraternel, de travailler pour gagner son pain et à compter sur l’effort personnel et de tout le monde.