A quoi sert le G8 ?
Par Freddy Mulongo, mercredi 9 juillet 2008 à 12:50 :: radio :: #135 :: rss
C’est dans un paysage bucolique du nord du Japon, au bord du lac Toya à Hokkaido que s'est tenu la rencontre de trois jours des dirigeants des pays industrialisés du G8 avec pour toile de fond le choc pétrolier, l’inflation alimentaire et la crise mondiale du crédit.
Avez-vous remarqué que les 7 pays africains invités représentaient 4 régions du Continent:l’Afrique du Sud (Afrique Australe), l’Algérie (le Maghreb), l’Éthiopie et la Tanzanie (l'Afrique de l'Est), le Ghana, le Nigeria et le Sénégal (l'Afrique de l'Ouest). Aucun pays de l'Afrique centrale n'a été invité. Et la République Démocratique du Congo, la grande muette , avec ses 5.000.000 des morts continue à briller par l'absentéisme.
Le président Wade a-t-il eu raison de sonner l'hallali "l'Afrique ne veut plus de nouvelles promesses non tenues du G8" ? Pourquoi toujours cette politique de la main tendue et de la mendicité? Les peuples africains veulent-ils des despotes illégitimes qui sillonnent la planète en quête d'une aide internationale dont leurs concitoyens voient rarement la couleur ? les 60 milliards de dollars promis aux pays africains ne risquent-ils pas de gonfler les fortunes déjà amassées illicitement en Suisse et ailleurs par nos dirigeants, d'encourager la tricherie et la démesure des campagnes électorales ainsi que les grosses commandes d'armement à des fins repressives des populations sans défense? Où ira cette aide? Qui en profitera? Après un demi-siècle d'indépendance quel est le bilan de nos pays? Vous attendez de l’aide, commencez par vous aider vous-mêmes ! Même si, à l’évidence, la sincérité du message peut être contestée, elle ne manque pas de vérité. Au-delà des jeux de puissances et des solidarités verbales, la question de la gouvernance africaine est primordiale et ce fait aussi est une promesse non tenue.
Dans son blog, conversation avec Jacques Attali , ce dernier écrit sur le G8:
il avait promis, en 2005, lors du sommet de Gleneagles en Ecosse, de doubler son aide à l'Afrique, pour la porter à 50 milliards de dollars par an d'ici 2010, un objectif aujourd’hui hors de portée. D’autre part, il est incapable de trouver des réponses aux sujets qui le concernent au premier chef, tels la crise financière ou les économies d’énergie. Enfin, les Huit ne peuvent plus discuter seuls des grands sujets du monde : Parler du pétrole sans les pays producteurs, de la crise alimentaire sans l’Afrique, des biocarburants sans le Brésil, des émissions de gaz à effet de serre sans l’Inde et la Chine est grotesque. Certes, aprés une
Mettre en place une vraie gouvernance mondiale, aujourd’hui si nécessaire, exigerait de prendre trois décisions simultanées : 1°. Elargir le G8 à la Chine, l’Inde, le Nigéria, l’Egypte, le Brésil, un représentant de l’OPEP et deux représentants des pays les plus pauvres. 2°. Fusionner le nouveau G16 et le Conseil de sécurité en un « Conseil de Gouvernance », regroupant puissance économique et légitimité politique. 3°. Placer le Fonds Monétaire, la Banque Mondiale et les autres institutions financières internationales sous l’autorité de ce Conseil de Gouvernance, lui donnant les moyens d’agir. Tout cela peut être décidé en moins d’une heure.
Comme à tous ces sommets, plusieurs centaines de manifestants étaient présents et la sécurité est omniprésente.
Pour comprendre le G8, un historique est indispensable, cernant les origines et les significations du mécanisme, ainsi que ses évolutions.C'est ce que nous avons tenté de faire
Le G8-à l'origine G6 puis G7-est une création des années 1970. Le G8 est un club informel rassemblant les plus importantes démocraties industrielles, s'efforçant de se concerter pour mieux gérer des économies de plus en plus interdépendantes. Tout simplement parce qu'elle est censée réunir les individus les plus puissants de la planète, cette instance subit bien des transformations: elle se médiatise toujours davantage, elle s'ouvre aux questions politiques, économiques...L'utilité exacte du G8 est impossible à démontrer: il n'est que le premier des talking shops, ces lieux où les élites débattent librement de l'avenir du monde. L'objet de ces rencontres est de réunir chaque année, dans un style informel et discret, les responsables politiques suprêmes (chefs d'Etat ou de gouvernement) des principales démocraties industrielles, afin qu'ils débattent très librement, et donc, en principe, confidentiellement, des grands dossiers économiques et politiques de l'heure. Le G8 peut être analysé comme un laboratoire de la gouvernance planétaire, l'une de ces enceintes où, confusément, se cherchent des mécanismes de gestion globale. trente trois ans après son lancement, le G8 est toujours un rendez-vous incontournable, attirant des milliers de fonctionnaires (800 pour les seuls Etats-Unis), de policiers, de journalistes et même des manifestants. Le G8 existe, avidement observé comme l'un des lieux où se retrouvent les puissants de la Terre, indiquant leur volonté aux multitudes. comme toute structure de ce type, le G8 vit dans une crise permanente: à quoi sert-il? Est-il légitime ? Faut-il le réformer ? Le G8 n'est pas prêt de disparaître. Les hommes importants aiment à se rencontrer, à se comparer, à vérifier leur statut. Pour les médias, le G8 fait toujours des rituels obligatoires.Mais le G8 doit-il et peut-il devenir une ébauche de gouvernement mondial. Un club de riches peut-il être le gouvernement du monde?
Une enceinte typique des "nouvelles" relations internationales
Aucun mécanisme institutionnel ne naît par hasard. Ce qui n'est alors que le G6 se tient pour la première fois en novembre 1975, à Rambouillet en France. Sous l'initiative du président français Valéry Giscard d'Estaing sont réunis les numéros un des six premières démocraties industrielles: Etats-unis, Japon, République Fédérale d'Allemagne, France, Royaume-Uni et Italie. A l'arrière plan, les années 1970 sont emportées par une mutation du système économique occidental. Les Trente Glorieuses (1945-1975), qui se terminent sont une belle réussite: les sociétés occidentales se sont formidablement enrichies et ont édifiés un modèle social remarquable, l'Etat-providence. Sous l'effet de cette croissance et de la multiplication des flux (des biens, de capitaux...), les règles craquent. Les monnaies cessent d'être tenues par des parités fixes; les taux de change flottants ( accords de Kingston, Jamaïque, 08 janvier 1976) abandonnent aux marchés l'établissement de leur valeur, leurs cours dépendant finalement de l'offre et de la demande. Ce reflux de l'Etat entraîne déréglementation, privatisations et régulation. Le monde ancien appartenait aux Etats qui en quadrillaient les échanges par leurs contrôles. Dans le monde nouveau, régi par des flux croissants, les Etats ne sont plus que des agents de la circulation, indispensables pour assurer l'ordre, mais bien faciles à bousculer.
Ceux qui composent le G6 d'alors prennent acte-consciemment? inconsciemment?- de ces bouleversements. Les vieux carcans (barrières douanières, parités fixes...), fondés sur les Etats, entités souveraines et closes, se disloquent; il faut donc inventer une maitrise transnationale et concertée des turbulences mondiales. Les cloisonnements verticaux s'effondrent, il faut concevoir des gestions horizontales. Déjà se profile la gouvernance. Le G6, par un dialogue multidimensionnel et permanent, imprégnera les dirigeants des pays les plus riches de réflexes communs, la gestion planétaire résultant non d'un volontarisme artificiel mais de discussions, d'habitudes partagées.
En 1976, le Canada rejoint le G6 qui devient ainsi le G7. En 1977, le président de la commission européenne, représentant les communautés européennes, est admis dans les délibérations. Ce dernier reste toutefois le G7 , les Communautés n'étant pas un Etat.
© AFP Haruyoshi Yamaguchi: Les dirigeants du G8, avec le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, lors du sommet de Toyako au Japon, le 7 juillet 2008
Impératif du spectacle
Le G6-G7 est dès ses débuts, modelé par les médias. Qu'y a-t-il en effet de plus médiatique que les maîtres du monde en tenue de week-end, confortablement installés, réglant, autour d'un verre, tel ou tel dossier capital? La discrétion résiste mal, elle se métamorphose: qui petit-déjeune avec qui? Qui, dans les couloirs, parle avec qui?
Toute politique est spectacle. La technocratie, la bureaucratie, conscientes d'être grises et ternes, veulent leur spectacle: chefs d'Etat ou de gouvernement alignés comme sur les photos de classe; immenses conclaves, ouverts un instants aux caméras de télévision...Tout responsable suprême veut plus: recréer la féerie du camp du Drap d'or (1520)(Entrevue du camp du Drap d'Or en 1520 La guerre reprend en Italie, François 1er est soucieux de gagner un allié contre Charles Quint. Le roi de France organise donc une fastueuse rencontre près de Calais avec Henri VIII, roi d'Angleterre.Au moment de leur rencontre, François 1er (25 ans) et Henri VIII (28 ans) sont au faîte de leur gloire. L'un et l'autre sont des gentilshommes de la Renaissance, cultivés, charmeurs et sportifs. Le camp du drap d'or (détail), par Friedrich Bouterwek, d'après Hans Holbein Leur entrevue se déroule dans un camp de toile d'un luxe inouï. François 1er, dans le désir d'épater son hôte, s'est offert une tente de drap d'or doublé de velours bleu. D'où le surnom de «Camp du Drap d'Or» qu'a gardé cette rencontre. Pendant trois semaines, la vie de cour va étaler toutes ses séductions au milieu des tournois et des fêtes. C'est une première dans l'Histoire de l'Europe.) ou du congrès de Vienne (1814-1815). En 1982, le président français François Mitterrand, en pleine tourmente monétaire, accueille ses hôtes dans les fastes de Versailles. En 1983, le président américain Ronald Reagan montre à Williamsburg l'âge d'or qu'aurait été l'Amérique du XVIIIe sicle. En 1997, à Denver, Bill Clinton contraint ses invités à se déguiser en cow-boys. Tels sont les plaisirs du pouvoir. Le G7-G8 offre un cadre unique. Mais, depuis quelques années, le spectacle est de moins en moins au rendez-vous. Le terrorisme, les manifestations antimondialisation alourdissent considérablement les contraintes policières. Les lieux de réunion sont érigés en bunkers. En 2001, Gênes est barricadé, le président du Conseil italien Silvio Berlusconi ne peut jouer les princes de Renaissance. En 2002, Kananakis (Canada) est choisi pour son éloignement de toute grande concentration de population. En 2003, à Evian, la sécurité prime tout, la fête (s'il y en a une) est celle de l'Autre mondialisation.
De l'économie à l'encyclopédisme
A ses débuts, le G6-G7 se veut un gouvernement économique. Très vite, la composition même de l'instance, son caractère spectaculaire font que les points à s'en empare et fait une déclaration. D'où des communiqués de plus en plus longs, véritables catalogues à la Prévert, qui ne font illusion pour personne, tous sachant qu'à peine publiés ils seront oubliés.l'ordre du jour s'accumulent. Dès qu'une question est brûlante ( des euromissiles à l'environnement, de la drogue au terrorisme), le G8 s'en empare et fait un communiqué de plus en plus longs, véritables catalogues à la Prévert, qui ne font illusion pour personne, tous sachant qu'à peine publiés ils seront oubliés.
Au delà des sommets annuels, le G8 produit d'innombrables rencontres à tous les niveaux. Les Sherpas, adjoints immédiats des princes, nouent des contacts permanents, constituants un club dans le club. Les ministres des Finances, ceux des Affaires étrangères, ceux de l'Environnement disposent de leur propre cadre informel.
L'une des plus fortes illustrations de la politisation du G7-G8 est fournie par l'accueil en son sein du grand ennemi d'hier, l'Union soviétique, celle-ci pesant fort peu dans les échanges internationaux. En juillet 1991, à Londres, l'URSS de Mikhaïl Gorbatchev, à l'agonie, obtient un strapontin: chaque G7 accueillera désormais pour une session spéciale le numéro un soviétique. Il s'agit d'aider un pays en totale déconfiture, en soumettant les dirigeants soviétiques à un examen annuel, chargé de vérifier le progrès des réformes ! L'URSS dissoute en décembre en 1991, comment ne pas accueillir l'Etat successeur, la Russie. Le colosse russe, même très diminué, reste inquiétant; tout doit être fait pour l'ancrer dans les circuits mondiaux. En 1998, la Russie est consacrée membre à part entière de ce qui devient le G8; pourtant elle reste affaiblie d'un point de vue économique et sa démocratie est parfois contestable-en particulier en ce qui concerne la Tchétchenie.
Les Critiques envers le G8
Les critiques visant le G8 se manifestent dès ses premiers pas. Ce mécanisme informel, sans fondement, ni pouvoirs juridiques, tire de sa seule composition-une poignée des dirigeants occidentaux, les plus puissants du monde- une visibilité extrême. Cette instance ne devrait-elle pas être capable de faire face à toutes les difficultés planétaires? or le G8 déçoit tant par son impuissance que par les incertitudes qui entourent sa légitimité. Pourquoi réunir, avec des moyens aussi coûteux, des personnalités à l'emploi du temps surchargé qui finalement se contentent de discuter et de produire des déclarations que personne ne lit ? Le G8, pour être vraiment utile, ne doit-il pas prendre des décisions? Des tentatives ont eu lieu. Au tournant des années 1970-1980, des efforts sont entrepris pour mettre sur pied une coordination des politiques économiques nationales. Les gouvernements prennent même des engagements chiffrés notamment en matière de dépenses publiques. Ces essais sont en échec, les gouvernements cherchant, à peine la rencontre terminée, à retrouver leur liberté de manoeuvre. En février 1987, il est prévu une concertation monétaire étroite entre les principaux pays occidentaux afin de gérer la baisse du dollar. Le Krach boursier d'octobre 1987 fait voler en éclats le fragile édifice. Washington étant bien décidé, pour redresser l'économie américaine, à ne pas laisser sa politique économique et monétaire entravée par des disciplines internationales.
En fait appartient-il au G8 de décider? C'est une enceinte de fait, dont la seule justification est la liberté des discussions-celles-ci étant d'autant plus libres qu'elles n'engagent pas leurs participants. Le G8 n'est en rien ce lieu tout puissant, gouvernant le monde; Les participants sont certes les gouvernants peut-être être les plus importants du monde, mais la machine économique mondiale est actionnée en permanence par des millions, des milliards d'acteurs qui obéissent d'abord à eux-mêmes. Le G8 illustre à la perfection la formule du poète Jean Cocteau:"Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d'en être les organisateurs".
Les diplomates du G8 ont ramé pour assurer le service avant-vente du millésime 2008. «Il y a une limite à ce que les gouvernements peuvent faire actuellement», assurait un Japonais. «On s’est engagé de sommets en sommets dans une course à l’échalote, un concours de beauté dangereux», ajoutait un Français. «On s’est laissé embarquer par les promesses. Il faut que l’on renoue avec la non-obligation du "délivrable"», disait un Britannique.
Le philosophe et théologien Kä Mana, dans son article: "l'Afrique à l'épreuve du G8 faire un choix de civilisation", nous donne des pistes à suivre pour ne pas se faire avoir faire aux promesses d'aide du G8. Malheurs aux pays Africains qui dormiront sur leurs lauriers attendant les 60 Milliards promis au sommet du lac Toya à Hokkaido, au Japon. Ainsi le G8 a été le fer de lance de la mondialisation néo-libérale, alors que, dans un même temps, il provoquait l’accroissement de la pauvreté, de la violence, de la haine, de la ségrégation, et la destruction de l’environnement. Le G8 est la pierre angulaire de la mondialisation néo-libérale à laquelle nous sommes maintenant confrontés:financiarisation mondiale, la privatisation, la commercialisation et la militarisation. Les Africains doivent prendre leur destin en mains : Il faut ancrer la démocratie participative dans les pratiques de la collectivité dans nos pays, respecter la liberté d'expression, encourager la productivité locale... Aucun pays au monde ne peut aider un autre à se développer. Selon Jean Ziegler, rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, le nombre des personnes sous-alimentées en Afrique est passé en 30 ans de 81 millions à 203 millions. 203 millions. On l’aura compris, en dépit des discours, l’Afrique n’est pas une priorité du conseil d’administration de la planète, tout au plus un enjeu lointain dans la compétition avec la Chine et une gêne en raison de l’action des ONG et des altermondialistes.
Bibliographie
Philippe Moreau Defarges, la Gouvernance, coll. "Que sais-je ?" n°3676, Presses universitaires de France Paris 2003.
Pierre Jacquet, Jean Pisani-Ferry et Laurence Tubiana dir.., Gouvernance mondiale, La Documentation française, Paris 2002.
Elie Cohen, L'ordre économique mondial: essai sur les autorités de régulation, Fayard, Paris 2001.
"Mondialisation et gouvernance mondiale", Problèmes économiques, n°2611-2612,7-14 avril 1999, la Documentation française, Paris


Commentaires
1. Le mercredi 9 juillet 2008 à 16:07, par DOHKOT
2. Le mercredi 9 juillet 2008 à 18:40, par Germak
3. Le mercredi 9 juillet 2008 à 23:06, par Gustave Ngombi Kiyanda
4. Le jeudi 10 juillet 2008 à 10:54, par Birame
5. Le jeudi 10 juillet 2008 à 11:01, par SAID ACHIRAF charif Said
6. Le jeudi 10 juillet 2008 à 12:38, par MJ- Mbungaya
7. Le vendredi 11 juillet 2008 à 11:28, par kaciakacia
8. Le vendredi 11 juillet 2008 à 17:08, par tina Muzungu
9. Le vendredi 11 juillet 2008 à 17:19, par tina Muzungu
10. Le vendredi 11 juillet 2008 à 17:42, par jackson mandonga
11. Le samedi 12 juillet 2008 à 12:59, par Levy
12. Le dimanche 13 juillet 2008 à 12:45, par Delly MAWAZO SESETE
13. Le samedi 19 juillet 2008 à 12:27, par Marou AMADOU
Ajouter un commentaire