Il y a deux ans aux Tuileries, le Festival des mensonges des mêmes studios Kabako offrait une veillée conviviale, cabaret critique et politique à plus d'un niveau: des textes sur la vie à kinshasa rythmaient la danse, la musique d'un groupe de ndombolo et en bande-son, les menteries systématiques des dirigeants succéssifs du Congo.

Cette année Faustin Linyekula revient avec une autre histoire, qui dépasse encore davantage le cadre du spectacle, pour toucher au rituel. Il était une fois trois amis à Kisangani, qui faute de maillot pour jouer au foot, s'en dessinaient sur le dos à la craie, mais une chose était sûre: ils révolutionneraient la littérature et le théâtre africains. "On en revient toujours à mon retour au Congo, plus particulièrement à Kisangani. Que sont devenus mes amis, ceux avec qui j’ai rêvé de changer la littérature et le théâtre africains ? Vumi est en prison, Kabako est décédé, les autres sont partis. J’ai aussi rencontré à Kinshasa un jeune danseur hip-hop, surnommé Dinozord. Il a aujourd’hui dix-neuf ans, il en avait seize à l’époque. Un jour, je lui ai demandé pourquoi il s’appelait ainsi et il m’a répondu : « parce que je suis le dernier de ma race ! Le point de départ de Dinozord était de revenir à Kisangani pour donner des funérailles à Kabako, mort de la peste il y a des années dans un petit village non loin de la frontière avec l’Ouganda, j’ai pensé à des rituels funéraires, des pratiques traditionnelles qu’auraient pu faire mes grands-mères, mais aussi aux rites catholiques.Le foot a toujours fait partie de l’institution familiale, mon père jouait, pendant les vacances scolaires, nous organisions des équipes, comme on n’avait pas de maillots, on les dessinait sur le corps à la craie. En repensant à cela, j’ai proposé aux acteurs en répétition de passer la journée à écrire les numéros et les noms de tous ceux qui nous ont fait rêver, Pelé, Zidane… À partir de cette histoire de craie, les maillots peints avec leur numéro m’ont renvoyé aux rituels, lesquels dans l’imaginaire occidental évoquent encore et toujours l’Afrique"déclare Faustin Linyekula.

Il y a treize ans, celui qui a donné son nom à l'aventure de Faustin Linyekula est mort de la peste près de la frontière ougandaise. Un autre croupit en prison, condamné à mort pour des raisons politiques.

Si le troisième revient au pays, après avoir visité le vaste monde, c'est pour y construire quelque chose qui dure, pour évacuer les mauvais départs et " le champs de ruines qu'on a dans la tête". Mais il faudra traverser le deuil des devenirs rêvés, seul accès au présent et donc à l'avenir, et pour cela le troisième se fait ici conteur. Entre autobiographie et autofiction, la cérémonie exorcise l'histoire, la grande et la petite, tandis que l'ami en prison épelle de loin ce qui reste de poésie. Dans leur présentation, ils ont recours à des corps peints, masqués, à des signes et des objets et à des gestes parfois intrigants.

Les photos ont été prises par Agathe Poupeney