10 Questions à Tiken Jah Fakoly
Par Freddy Mulongo, dimanche 5 octobre 2008 à 17:00 :: radio :: #193 :: rss
Je l'ai rencontré à deux reprises à Bamako au Mali, pays de son exil et enfin à Paris. Réveil FM a été la première radio, à kinshasa en République Démocratique du Congo, à jouer ses chansons engagées, de ses albums: Mangercratie (1996), Cours de l'histoire (1999), le Caméléon (2000), françafrique (2002) et coup de gueule (2004) sur ses antennes. Le chanteur ivoirien Tiken Jah Fakoly est le messager du peuple Africain, il s'est naturellement forgé une identité musicale reggae. Ses textes et sa musique sont engagés dans un langage simple et direct. Ses cibles sont précises et il n'en rate aucune: les politiciens véreux qui attisent la haine ethnique, s'étonnant ensuite qu'il y ait des massacres, ceux qui pratiquent la corruption à tout va. Son audace, sa pertinence, son acharnement ne lui vaut pas que amis. Tiken Jah Fakoly joue une musique pour « éveiller les consciences ». Les paroles de ses chansons parlent de beaucoup d'injustices, il explique que les peuples qui vivent sous l'oppression sont des humains au même titre que les autres, qu'ils ont les même droits que tout être humains et qu'ils ont leurs cultures et leurs valeurs. Tiken Jah Fakoly est le porte étendard d'un continent appauvri, dont les oppresseurs sont d'abord les propres fils de ce continent. Il a valablement représenter l'Afrique en jouant sur la grande scène de la Fête de l'huma. Son grand souhait, est de panser les plaies de notre continent.
1. Réveil FM: Pourquoi avez-vous choisi l'Africain, comme titre de votre dernier album ?
Tiken Jah Fakoly: C'est une manière d'affirmer mon africanité et de dire à la jeunesse d'être fière d'être africaine parce que ce continent est un continent d'avenir. Il a été " esclavagisé ", colonisé. Les Africains ont connu les travaux forcés. Nous n'avons pas encore une liberté totale puisque l'armée française est encore sur notre territoire. mais l'occident n'est pas le seul responsable. les Africains ont aussi une grande responsabilité dans l'état de l'Afrique. cependant, ce continent mérite plus de respect et de considération. ceux qui y vivent doivent être fiers car l'Afrique a beaucoup d'humanité. En dépit des problèmes, même si tout reste à faire, je suis un Africain optimiste.
" Plus rien ne m'étonne ", Tiken Jah Fakoly, à la grande scène de la fête de l'huma
2. Réveil FM: Quel est le sens de votre chanson " Ouvrez les frontières " ?
Tiken Jah Fakoly: Il n'est pas normal que les Occidentaux viennent en Afrique où et quand ils veulent, alors qu'ils ferment leurs portes aux Africains parce qu'ils sont pauvres. Mon intention n'est pas d'inviter la jeunesse africaine à partir. C'est à nous de changer les choses et de rester à la maison. Mais les Africains ont le droit de bouger. La seule solution serait que l'Afrique arrive à trouver le chemin du développement avec le soutien de tout le monde. Nous sommes dans un processus qui prendra du temps car on a imposé une civilisation qui n'est pas la nôtre. Il faut combattre la dictature mais la question la plus importante est celle de l'avenir de nos enfants.
3. Réveil FM: Que pensez-vous des annonces d'engagements financiers accrus, pris lors du sommet de l'alimentation, en juin dernier, à Rome, afin de lutte contre la faim dans le monde ?
Tiken Jah Fakoly: J'espère que ces engagements seront respectés. Si la crise continue aujourd'hui, c'est parce que certaines promesses n'ont pas été tenues. Le monde est comme un corps: quand une partie val mal, tout le corps le ressent.
4. Réveil FM: Pourquoi parlez-vous de l'excision et du mariage forcé ?
Tiken Jah Fakoly: Ce sont des sujets rarement abordés par les hommes. Pourtant, ce sont des affaires de femmes imposées par les hommes. L'excision est un complot des hommes contre les femmes visant à diminuer leur appétit sexuel. Fait-on quelque chose pour diminuer l'appétit sexuel des hommes ? J'ai décidé d'aborder ce sujet car les femmes ont besoin de croire en ma modeste voix sur le continent, et que personne ne viendra changer l'Afrique à notre place. Ma mission est de bousculer les mentalités, de mener des combats très importants jamais abordés sur notre continent.
5. Réveil FM: Que vous inspire l'accesion d'Ellen Johson Sirleaf à la présidence du Libéria ?
Tiken Jah Fakoly: C'est une grande victoire car les femmes sont la base du développement en Afrique. Elles ont beaucoup de responsabilités. Après leurs études, les hommes ne trouvent pas de travail. Les femmes se débrouillent avec les petits commerces emmènent les enfants à l'école, vont aux champs. Si aujourd'hui, en Afrique, on donnait le pouvoir aux femmes, beaucoup de chose changeraient. Le calme reviendrait. Avec les hommes, le bilan est négatif. Je souhaite que les femmes prennent le pouvoir car elles réfléchissent avant de décider d'une guerre, pour protéger leurs enfants. Ellen Johon est l'une de ces femmes, et je souhaite qu'il en ait d'autres.
6. Réveil FM: Comment vivez-vous votre exil au Mali, à cause des menaces que vous avez reçues en Côte d'Ivoire ?
Tiken Jah Fakoly: C'est un exil enrichissant. Il m'a permis de comprendre certaines choses. Il a fait de moi un Africain. Au Mali, j'ai été accueilli comme chez moi. Cet exil est le prix à payer pour mon opposition au régime. Je ne le regrette pas puisque j'ai pris des positions conformes à la philosophie du reggae. Bob Marley ou Nelson Mandela auraient fait comme moi. je n'ai aucun regret. D'ailleurs, je suis revenu en décembre en Côte d'Ivoire plus fort et plus déterminé que jamais à lutter contre l'injustice et l'inégalité.
7. Réveil FM: Est-ce votre complicité avec Sting qui vous a poussé à reprendre Englishman in New York, transformé en Un Africain à Paris ?
Tiken Jah Fakoly: L'idée m'a été soufflée par Mike, le chanteur de Sinsemillia. Ma maison de disques a demandé la permission à celle de Sting. C'est un morceau qui parle de l'actualité, des conditions de vie des Africains à Paris. Il n'est pas normal que la France ne donne pas des papiers à des Africains pourtant utiles à ce pays. Ces gens travaillent, cotisent, payent des impôts. Toute politique qui s'oppose à la mixité est inutile. la mixité va arriver tôt ou tard.
8. Réveil FM: Quels sont les thèmes du livre Tiken Jah Fakoly: l'Afrique ne pleure plus, elle parle (1) ?
Tiken Jah Fakoly: C'est ma biographie relatée par un journaliste de Marianne. Je n'ai pas débarqué en France. Il y a eu toute une procédure, un parcours, un soutien. On parle aussi de l'Afrique non connue, de la première constitution de l'empire malien au XIIIe siècle. Cette Afrique a eu une civilisation perturbée par quatre cents ans d'esclavage, plusieurs années de colonisation. Les jeunes Américains et les Français nous regardent comme d'anciens esclaves, colonisés. Nous devenons des sous-hommes à leurs yeux. Il faudrait leur expliquer que nous étions tranquilles chez nous et que lorsqu'on était malade, on avait des solutions pour se soigner. Il faut expliquer aux gens qu'il y a une autre Afrique qui existe et que c'est un continent d'avenir où tout reste à faire. C'est vrai que nous partons avec certaines difficultés mais la France a aussi ses problèmes. Le combat doit être mené pour que nous puissions arriver à un niveau avancé.
9. Réveil FM: Quels souvenirs gardez-vous de vos différents passage à la Fête de l'huma ?
Tiken Jah Fakoly: De très bons. C'est le festival des guerriers, des combattants. C'est le festival de la gauche dans lequel les gens viennent écouter de la musique mais surtout entendre des messages. Pour ma part, je fais une musique à message: le reggae. A la Fête de l'huma, je suis chez moi, à la maison. chaque fois que j'y ai été, je suis reparti avec les ovations du public, c'est très agréable.
10. Réveil FM: Quel message avez-vous envie d'adresser à son public ?
Tiken Jah Fakoly: Un message de prise de conscience pour dire aux gens de se bouger. Aujourd'hui, la droite est encore revenue au pouvoir et on voit le résultat. Je demande aux gens de se mobiliser pour que les choses changent en France.
1. Tiken Jah Fakoly: l'Afrique ne pleure plus, elle parle, de Frédérique Briard, Editions des Arènes, avril 2008


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