1. Réveil FM: Existe-t-il un décalage entre votre image publique - celle d'un jeune gardien de buts calme, posé, insensible à la pression - et ce que vous êtes réellement dans la vie ?

Steve Mandanda : " Je ne pense pas. J'ai toujours été comme ça, mes parents pourraient en témoigner. Je prends naturellement du recul par rapport aux événements, positifs ou négatifs. Il faut toujours s'efforcer de chasser les mauvaises ondes pour se concentrer rapidement sur ce qui va arriver.

Ce que vous dites s'applique à l'action sur le terrain pendant un match... S'il y a un secret, je crois que c'est celui-ci. Le plus important, c'est le prochain arrêt ou la prochaine intervention que je dois effectuer. Le reste, le passé, n'a que très peu d'importance.

2. Réveil FM: Pourtant, il y aurait de quoi péter les plombs parfois, non ?

Steve Mandanda:Plus rien ne me choque dans le foot. J'en ai déjà tellement vu. Prenez les cris racistes par exemple. J'étais à Madrid la semaine dernière avec l'OM pour la Ligue des champions et l'ambiance, de ce point de vue-là, était pourrie. Pourtant, il faut faire avec...

3. Réveil FM: Et donc faire comme si c'était normal ?

Steve Mandanda: Non, bien entendu ce n'est pas normal mais ce n'est pas surprenant. Il faut simplement savoir anticiper ce genre de situation pour que la colère reste à l'intérieur. Elle ne doit en aucun cas déborder. Sinon, c'est fini...

4. Réveil FM:Vous parlez déjà avec la sagesse d'un pro en fin de carrière...

Steve Mandanda: (Il sourit) Et pourtant, je n'ai absolument rien fait du tout. Mon palmarès est totalement vierge, contrairement à d'autres joueurs français, champions du monde, champions d'Europe ou vainqueurs de la Ligue des champions. Et je suis bien conscient de n'être qu'au début de la route.

4. Réveil FM: Au début de la route, peut-être, mais déjà dans la peau du gardien des Bleus. Est-ce que vous vous dites parfois que votre progression est un peu trop rapide ?

Steve Mandanda: Non, jamais. Il faut saisir toutes les opportunités. Il y a un an, en début de saison, j'avais le statut de gardien remplaçant à l'OM. Comme je venais du Havre, qui évoluait alors en Ligue 2, je n'avais aucune expérience de l'élite et aucun club de Ligue 1 ne voulait me faire confiance. À Marseille, on m'a proposé un poste de doublure. J'ai accepté parce que je savais que j'allais pouvoir disputer quelques matches de temps en temps, en Coupe de la Ligue par exemple.

Et tout s'accélère au moment où Cédric Carrasso, le gardien titulaire, se blesse gravement, à la fin du mois d'août 2007. Sinon, vous seriez peut-être encore gardien remplaçant de l'OM en ce moment... Ce n'est pas impossible. En tout cas, c'est le genre de scénario qui fait dire à certains que j'ai eu pour l'instant beaucoup de chance dans ma carrière. Mais ce qu'ils oublient de dire, c'est que lorsque tu te retrouves pour la première fois dans les buts de l'OM, tu es tout seul et tu ne peux compter que sur toi-même. Idem lorsqu'on est allé jouer et gagner à Liverpool. En réalité, au poste de gardien, le marché est tellement restreint qu'il y a quelques matches très importants à ne pas rater. Si ça marche, ta carrière est lancée, sinon, tu recules de plusieurs cases.

5. Réveil FM: Si il y a bien un poste sous pression dans le football, en dehors de celui d'entraîneur ou de sélectionneur national, c'est effectivement celui de gardien. Comment faites-vous pour évacuer le stress ?

Steve Mandanda: C'est toute la spécificité du poste de gardien. Notre ennemi, ce n'est pas la fatigue physique, c'est l'usure mentale. Depuis le début de la saison, il y a deux mois, j'ai déjà joué une quinzaine de matches. Tous les trois jours, il faut se remobiliser et ce n'est pas toujours évident. Pour couper entre les rencontres, je dors beaucoup et je passe pas mal de temps devant la télé.

6. Réveil FM: Qu'est-ce qui change lorsqu'on devient le numéro 1 des numéros 1 ?

Steve Mandanda: A l'OM, je porte toujours le numéro 30. On m'a donné ce maillot à mon arrivée au club l'an dernier, et je l'ai tout simplement gardé.

7. Réveil FM: Justement, en quoi votre vie et votre métier ont changé depuis que vous occupez le poste de gardien de l'équipe de France ?

Steve Mandanda: C'est le regard du monde extérieur qui évolue. Tout le monde attend tellement du gardien numéro 1 que ses erreurs prennent un relief tout particulier. C'est ce qu'il y a de plus compliqué à gérer. Surtout, quand je me prends un but que l'on peut qualifier " d'évitable ", cela prend désormais des proportions beaucoup plus importantes.

8.Réveil FM: En équipe de France, on ne peut pas dire que, pour l'instant, vous ayez goûté aux meilleurs moments...

Steve Mandanda: Faire partie de la sélection pour l'Euro a été une telle satisfaction que je ne peux pas en garder un souvenir malheureux. Oui, sur le terrain, on a échoué. Mais sur le plan personnel, j'ai acquis beaucoup d'expérience. Je connaissais la pression psychologique à l'Olympique de Marseille, j'ai découvert celle des Bleus et je peux vous dire que cela n'a rien à voir. Tout est plus grand en sélection nationale, tout va plus vite, et pourtant, au milieu de tout ça, il faut garder la tête froide.

9. Réveil FM: La chape de plomb qui pèse sur la tête du sélectionneur déteint-elle sur l'ambiance à l'intérieur de l'équipe ?

Steve Mandanda: Cela ne devrait pas, mais, en pratique, évidemment, c'est difficile de ne pas ressentir cette pression extérieure. Après, sur le terrain, notre métier consiste justement à tout donner et à faire abstraction du reste. Heureusement que l'on ne s'est pas arrêté de jouer face à la Serbie parce qu'il y avait des " Domenech, démission ! " qui venaient des tribunes.

10. Réveil FM: Avez-vous parfois la nostalgie du foot de votre enfance ?

Steve Mandanda: Pas du tout. J'étais très heureux dans mon club d'Évreux où j'ai joué jusqu'à mes quinze ans mais je ne vais pas commencer à me plaindre du foot professionnel alors qu'il m'a donné tellement de joies en si peu de temps !