Professeur Mawete Makisosila, du tropicalisme " kongo " à l'universel !
Par Freddy Mulongo, vendredi 17 octobre 2008 à 09:30 :: radio :: #202 :: rss
Pierre Kama, prof. Mawete Makisosila, Freddy Mulongo et Morel Matondo devant le stand Afrik en Ondes
Le professeur Jean Baptiste Mawete Makisosila est un intellectuel privilégié. Bardé de diplômes et d’expérience sur terrain, chercheur, homme de culture, consultant, écrivain et éditeur, il réfute le comportement d'un professeur perroquet répétiteur des expériences d'autres cultures et refuse le formatage des cerveaux. Mawete Makisosila part des réalités du grand kongo pour expliquer l'universel. Atypique, brillant et sympa, il est l'incarnation de la simplicité et explique simplement les choses. Il nous a fait l'honneur de venir à Afrik en Ondes lors de la fête de l'huma. Nous nous souvenons comme si cela était hier, orateur le samedi 28 avril 2007, à l'université de Paris-8, du thème: "prophète Simon Kimbangu et la problématique de la Renaissance Africaine : Identification de ses apports à partir de l’écriture Mandombe ", dans un amphithéâtre plein d' intellectuels, chercheurs, étudiants et autres venus de tous horizons, le professeur Mawete Makisosila après son exposé a été applaudi comme aucun orateur avant son intervention. Nous vous proposons deux de ses réflexions sur l'informel et la signification et l'importance des noms en Afrique. Ce qui vous donne l'opportunité de découvrir l'une des figures de l'intelligentia de l'espace kongo à Paris. C'est ici l'occasion de remercier les confrères qui sont venus à notre stand: Rorbert Kongo (Radio Vexin-les Mureaux dans les Yvelinnes), Pierre kama et Morel Matondo (FPP-Paris), les photos sont d'Afrik en Ondes.
Pathy Kobanghé et Morel Matondo
L'informel nourrit sans aucun doute l'Afrique d'en bas et d'en haut. Il nourrit également tous ceux qui profitent directement ou indirectement de ce continent. Ce constat fait dire à un universitaire congolais que cette situation anachronique est un hommage à la colonisation, qui est parvenue à faire de l'inacceptable, l'acceptable ; à une déviation, la règle ; et à un désordre mondial, l'ordre mondial. L'Afrique ne serait jamais si longuement exploitée sans le secteur informel.
Elle ne se serait jamais si bien défendue s'il avait sitôt détruit son secteur informel, au moment où l'on a commencé en s'en attaquer. Il symbolise à la fois complicité et résistance des sociétés dites sous-développées. A cause de ces contradictions si évidentes dont tout le monde semble ne pas percevoir et appréhender les contours, -par hypocrisie, par amnésie ou par résignation-, il nous semble opportun de postuler que le secteur informel constitue un enjeu stratégique pour l'Afrique. L'Afrique doit réapprendre à tirer meilleur parti de son secteur informel, qui, comme nous le verrons plus loin, est son vrai secteur formel.
Pour ce faire, Africains et Afro-Descendants doivent d'abord effacer l'image sociale constituée déformée, pessimiste, choisifiante qui leur est collée sur la peau et dans l'âme, et doivent construire une représentation réaliste dans l'esprit et l'action.
Tout ce qui marche encore en Afrique est dû à l'ingéniosité du secteur dit informel. Et pourtant, quelle autre controverse a la tête si dure que la critique et l'opposition frontale entre l'informel et le formel dont font échos les travaux et les actions des chercheurs africanistes et associés africains, des institutions de Bretton Woods (Banque Mondiale et Fonds Monétaire Internationale) et les coopérations bilatérales, en particulier entre les anciennes puissances coloniales et leurs colonies.
En bon fouineur de l'information, Pierre Kama a déniché le sosie de l'humoriste Coluche
Que représente réellement dans l'imaginaire occidental sur l'Afrique l'opposition entre le formel et l'informel ?
(a) Il nous paraît d'abord intéressant de savoir quant est-ce l'on s'est rendu compte qu'il existe une réalité informelle contrastant avec une réalité formelle en Afrique ?
(b) Ensuite, d'identifier le support et l'impact de cette approche.
(c) Nous considérons qu'en Afrique, l'efficience de l'informel est un secret de polichinelle. aucun autre management ou gouvernance ne peut donner meilleur résultat que l'informel. La mauvaise représentation actuelle de l'informel est due à un malentendu, plutôt, un contentieux culturel et historique.
(d)
a - Dans l'approche occidentale de l'Afrique et du Tiers-Monde (1), les notions de formel et d'informelle représentent une opposition mécanique, juridique, politique, stratégique et intellectuelle entre le légal/illégal, l'efficient et inéfficient, l'ouverture et l'obstacle ; bref l'affirmation de l'occidentalisation et la résistance à l'occidentalisation.
Depuis l'époque coloniale, c'est ce qui vient de la puissance coloniale qui constitue le légal, et la légalité. Le formel est donc une manière de conceptualiser et de pratiquer à l'occidental. C'est bien cette approche qui fait des Etats postcoloniaux, des Etats légitimes, malgré leurs incompatibilités criantes avec la vision du monde des Africains et leur volonté politique.
Dans la réception des notions de formel et de l'informel par les élites africaines, c'est l'opposition entre la modernité et la tradition, le développement et la stagnation, l'avenir et le passé ; ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut plus faire.
Les populations africaines ne pouvant penser et faire que tel que cela s'est passé de génération en génération, depuis plusieurs siècles. Le formel et l'informel reflète la longue expérience sociale de chaque groupe social ou de chaque société. C'est l'expérience qui a rendu possible tous les impossibles rencontrées au cours de leur trajectoire historique.
(b) - La prise de conscience de l'efficience de l'informel en Afrique et dans la plupart des pays du Tiers-Monde a déclenclé des études, recherches et des actions institutionnelles globales au milieu des années 1980. L'informel, parce que culturellement efficient partout les autorités ont d'une manière ou d'une autre favorisé son expansion, une solution pour face à la crise économique dont l'Etat devenait de plus imcapable de juguler, s'apparente dans l'imaginaire occidental comme une forme de résistance à son expansion du modèle économique et social dominant. soit comme une solution pour se donner le temps nécessaire pour se consacrer au développement et à la croissance du secteur formel.
(c) - C'est la culture qui constitue le socle du débat sautour du forme et de l'informel. Longtemps, la culture africaine a été considérée comme un obstacle au développement. Une abondante littérature rapporte sur cette thèse, plutôt cette tendance, qui a été un moment admise jusqu'au sein de l'Unesco, avant d'être balayée à revers de la main.
Le formel et l'informel correspondent à la culture qui sous-tend l'action et son impact. L'Afrique demeure un continent à la recherche d'un modèle de développement efficient Celui qu'il a hérité du colonialisme faisant preuve de son incompatibilité et de son inefficience. Son vrai problème est son regard sur sa propre culture et sa propre histoire.(2)
N'est-il pas raisonnable, alors, de procéder à un véritable dépôt de bilan du formel actuel face à l'informel ? L'Asie et l'Amérique du Sud, qui prospèrent, nous donnent une leçon sur l'importance de la culture dans la renaissance d'un groupe social donné. En retrouvant leurs racines culturelles, les peuples de ces régions du monde ont bouleversé toutes les prévisions faites en Occident de décennie en décennie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Freddy MULONGO et Marisa Quiles, peintre d'origine argentine
Qui a le droit de décider ce qui est formel, légal et ce qui est informel, illégal ? La décision de codifier le formel et l'informel est hégémonique. Cette distinction est idéologique, elle n'a aucun fondement scientifique, c'est-à-dire qu'elle n'est fondée aucune quelconque expérience sociale de longue durée des groupes sociaux concernés. Ainsi donc, au nom de la quête de l'efficience dans l'expérience politique, économique, sociale ou autre, c'est à chaque peuple de décider et de codifier ce qu'il considère comme formel, c'est-à-dire conforme, compatible, efficient, efficace, légitime, etc...
La distinction entre le formel et l'informel a privé l'Afrique d'énormes possibilités de se reconstruire et de renaître. D'abord au niveau de la créativité et de l'innovation. On a constaté qu'aucune situation nouvelle n'a manqué de solutions appropriées de la part de ce que les étrangers considèrent en Afrique comme du secteur informel. Ensuite, au niveau de la création d'emplois. L'Afrique précoloniale ignorait le chômage à cause de la formation au cours de la vie et du partage du travail.
Le développement fondé sur la communauté, quitte à ce qu'on le considère comme du communautarisme avait l'avantage d'apprécier le progrès comme le déclin comme la conséquence de l'intelligence collective de la situation et de l'action. En ce sens, comme le disait Durkheim, le management à l'africain faisait du groupe social un intellectuel collectif. C'était donc une société fondée sur la responsabilité et la responsabilisation de tous.
Ce qui est aujourd'hui admis comme l'informel est le formel africain. Evidémment, source de tous les problèmes irrésolus set irrésolvables, le formel issu du colonialisme est l'informel africain, parce qu'il est à l'origine du manque d'efficience des institutions africaines contemporaines.
En réalité, il n'existe pas d'économie formelle universelle, étant donné qu'avant l'expansion de la mondialisation et de la globalisation, telles que nous les connaissons présentement, chaque société avait historiquement connu sa propre expérience du développement économique et social. La situation de domination occidentale qui a dépassé le cercle étroit du continent européen pour atteindre le monde entier a bouleversé les réalités locales.
Le monde actuel a été reconfirguré à la suite des grandes "découvertes" géographiques commencées au XVème siècle. Le progrès scientifique et technique a fait du monde un village. Mais, malgré la prise de conscience de cette nouvelle approche géographique et géostratégique, tout le monde résiste, à sa manière, à l'hégémonie d'une partie du monde, qui se bat en vue d'imposer une culture unique, qui, paraît-il, aurait le monopole de l'universalité. L'universalité d'une seule manière de penser et d'agir pour tous est la base du nouveau désordre mondial.
Julie, la mascotte d'Akrik en Ondes
Tout spécialiste des sciences sociales qui n'est pas idéologique sait que toute culture est science. La culture est, en effet, comme nous l'avons précédemment souligné, une longue expérience sociale d'un groupe social donné. Elle résulte de ses découvertes, des expérimentations, ses applications, de sa validation, de sa réévalutation de ses défis et de ses enjeux dans le temps et dans l'espace. Est scientifique, c'est qui est expérimenté. Or, la culture est légitimement et durablement expérimentée.
- Le formel et l'informel : une division internationale mafieuse du travail ? C'est essentiellement après les indépendances que l'Occidental a sérieusement pris conscience d'étudier scientifiquement la culture africaine. Il a prit trop de retard, ce malgré une proximité culturelle et historique de cinq siècles. On ne peut pas vraiment parler de communauté de culture et d'histoire, comme le démontre cette distinction forcée entre le formel et l'informel. Que reste-t-il à faire pour que l'informel africain devienne du formel ?
A ce niveau de cet exposé empirique, nous ne pourrons attirer l'attention du lecteur que sur ces quelques points :
- d'abord, l'occidental ne comprend pas la vision africaine du monde, qui est holistique, globale. Un projet qui ne démontre pas ses fonctions utilitaire et unitaire ne correspond pas à la mentalité africaine ;
- ensuite, il paraît que c'est depuis longtemps, l'Occident a mystifié le progrès scientifique et technique, et sa conséquence : le progrès économique ; dans cette optique, une seule culture, universalisée, est encore considérée comme celle qui peut sauver l'humanité ;
- enfin, la distinction entre le formel et l'informel vise simplement la banalisation des pratiques sociales mal comprises ou faisant obstacle à l'expansion de l'occidentalisation du monde.(3)
A titre de conclusion : il s'agit d'une opposition entre micro-économie contre macro-économie, de la résistance de la micro-économie face à la domination de la macro-économie.
Le débat autour du formel et de l'informel reflète la frontière entre la culture africaine et ses influences extérieures. Un de ses traits les plus caractéristiques est l'existence de ces économies d'échelle entre l'artisanat et l'industrie, les besoins fondamentaux légitimes et les besoins artificiels. La micro-économie est essentiellement nationale, et la macro-économie est étrangère.
Les conflits des logiques qui subsistent entre ces deux approches et réalités surviennent du fait que les Occidentaux n'ont pas encore compris que l'économie est une dimension de la culture. De ce point de vue, aucune pratique sociale admise comme formelle par une communauté, dans la mesure où elle permet de maintenir une grande harmonie en son sein ne peut être considérée comme néfaste, obstacle, illégal, etc. Surtout pas par une culture étrangère.
Notre communauté a un travail de renaissance à faire, qui commence par les noms que chacun portent. Ce n’est évidemment pas une distraction : le nom, en kikongo nkumbu ou zina, est la racine de l’Etre, comme RN, en égyptien pharaonique.
c’est donc une grande responsabilité de porter les noms de sa culture, car c’est par les noms que l’homme commence réellement à exister. Je voudrais seulement faire quelques observations concernant les demandes des prénoms féminins et masculins qui sont régulièrement faites sur ce site. Ces demandes, je le comprends, démontrent aussi comment une longue mauvaise habitude est difficile à enlever.
Il n’existe pas des noms propres aux femmes ou aux hommes dans la culture africaine. Les noms reflètent les voeux et les circonstances dans lesquelles la naissance était attendue. Ils reflètent aussi, précisément, une certaine description des missions que les porteurs auront à accomplir, pour le bien de la communauté, tout au long de leur existence. S’il vous plaît, ne demandez plus des prénoms ou noms pour les filles ou les garçons seulement. Je peux apporter les détails si nécessaires sur cet aspect précis de notre culture.
Au sujet de réponses données sur certains noms, je voudrais préciser ceci :
1 - Zimi, doit être précéder de la lettre n, il s’agit donc de nzimi, celui qui éteind ; du verbe zima, éteindre. Comme le veut la tradition kongo, le nzimi est un personnage important dans la société. Dans une Afrique qui connaît tant de conflits actuellement, celui-ce est le conciliateur, celui qui éteint les conflits. C’est donc important de ne pas enlever, par fantaisie ou pour faciliter la tâche à ceux qui ne font pas des efforts pour prononcer correctement les noms africains. En effet, l’absence du n a fait perdre le sens profond à un concept important. Pour m’exprimer autrement, zimi ne veut pas dire quelque chose. L’auteur de la réponse, Fulele, a répondu correctement, mais sans faire allusion à ce détail capital.
2 - Les informations données au sujet de Ngola sont justes. Mais, pour respecter la profondeur de la pensée et de la mentalité kongo, ngolo, n’est pas force, c’est l’usage de la force, c’est la puissance attestée. La force, qui apparaît comme le sens usuel, cache le sens profond qui est la puissance. D’autre part, ngola, est parfois utilisé pour dire nkula, symbole du sang placentaire, signe de vie, et qui est le signe de puissance politique. Les habitants de Luanda, où vécu Ngola Kiluandji, père de Nzinga, sont des A - ngola. Angola veut donc précisément dire : les Ngola, comme on dirait les Français, issus de Francs. On peut même prolonger le débat pour sur n’zimi, qui éteint (le feu, qui brûle, et les conflits, par zima, éteindre, action d’éteindre et ziami, cimétière, tombeau, lieu où l’on enterre la vie ou les conflits qui ont pris fin.
3 - Sur Nzinga elle-même, on peut commencer par dire que ce nom est tiré de zinga. Zinga, c’est vivre. Or, comme cela se fait en kikongo, qui à partir d’un concept en tire naturellement des implications philosophiques et pratiques, de zinga, vivre, on tire aussi le concept de lier, sceller. Nzinga, signifie entraîlles. Nous savons anatomiquement que les entrailles sont structurellement caractérisées par leur enchêvestrement à l’intérieur du ventre. Cela correspond dans la mentalité à la structure de la nation, une entité biologique solidaire... Nzinga, c’est ce qui est du même ventre, donc de la même ascendante.
Ces quelques éléments démontrent la grande richesse philophique et pratique de la culture africaine, lorsqu’on la connaît ou la découvre.
Les termes bonne année, prison et esclave n'existent pas en langues africaines.
Effectivement, les recherches que nous menons sur les langues et cultures africaines confirment ce point de vue. Il y a déjà de nombreuses années que je ne cesse personnellement de douter de l'effectivité des résultats auxquels aboutissent les chercheurs panafricains et africanistes qui ne maîtrisent pas les langues africaines. La principale conclusion à la quelle on aboutit est qu'il est pratiquement impossible de traduire de nombreux concepts courants. Les usagers, savants ou communs de mortels, procèdent alors à des simples interprétations. Ainsi, on a beaucoup d'à peu près, préjudiciables en tout état de cause, que l'on soit animé ou non de bonne volonté dans la manière dont les travaux sont conduits, et surtout de leurs finalités immédiates ou lointaines.
La pratique de voeux propre aux Africains n'est pas annuel, mais occasionnelle. C'est surtout les cycles de saison, à l'occasion des récoltes, naissance, rites de passage, offrandes des prémices, etc... que l'on présente les voeux. Les voeux ont pour finalité de souhaiter la renaissance, le renouvellement des événements heureux, dans la vie des individus et des communautés concernées. Ainsi, bonne année, c'est bonne pluie ou bonne inondation. La saison de pluie est la saison de l'inondation. Toujours bienfaisance, le retour de la saison de pluie est l'occasion de compter les années : l'âge. Combien de pluies avez-vous ? est le système africain qui correspond à quel âge avez-vous ? (en lingala, ozali na ba mbula boni ? combien de pluies avez-vous ?).
De même, prison et esclave sont des termes inconnus des Africains. Ce qui signalent que les pratiques d'emprisonnement et d'esclavage n'ont pas eu cours en Afrique précoloniale. la prison est un enclos où l'on garde les animaux. Prison voudrait dire enclos où l'éleveur isole ses animaux notamment les plus fragiles, précieux ou réservés à la consommation prochaine. En kikongo ou en lingala, prison se dit boloko. Or, le kikongo étant la langue mère de langues bantoues, en se fondant sur le fait que animal est bulu (lire boulou) et ko (semblable), nous obtenons de boloko, prison, la traduction parfaite semblable de l'animal. D'où, sans transition, dans la mentalité kongo, par exemple, la prison est la résidence de l'animal, du troupeau.
Nous savons aussi, parfaitement, que le terme animal ne s'applique jamais à l'identification de l'homme, qui est un Dieu (Muntu i Nzambi kwandi = l'Homme est un Dieu). Animal est le pire des insultes que l'on puisse faire à un homme. Cette insulte le diminue, l'exclue du domaine de l'homme, muntu (mountou), qui veut dire Pensant par excellence. Le terme esclave évoque le serviteur. Nous avons constaté qu'il y a un dangereux abus d'usage de ce terme, qui est à la base de la chosification (terme introduit par aimé Césaire dans la Discours sur le colonailise) de l'homme noir et de son humanité.
Même dans la Bible, Agar, est traitée de servante, ce qui a incité les exegètes chrétiens modernes à la considérer comme esclave d'Abraham, alors que le même ouvrage parle de l'esclavage par les Anciens égyptiens d'un autre peuple... Cela doit laisser réfléchir. Le serviteur est un être de confiance, dévoué dans la mission qui lui est confiée, à cause des grandes compétences qu'on lui reconnaît.
Les serviteurs de l'Etat d'aujourd'hui n'ont pas souvent ces qualités. Le serviteur est donc un valeureux, pas un esclave. Les ecclésiastiques se font souvent appelés "serviteurs de Dieu". Sont-ils pour autant des esclaves de Dieu ? Ceux qui oeuvrent en toute honnêteté pour le bien de notre communauté devrait dès maintenant se presser de se faire appeler serviteur des biens de Dieu (ainsi que j'ai été moi-même consacré).
Le terme esclave est interprété en kikongo ou en lingala comme mowumbu (lire mowoumbou). Il voudrait aussi pratiquement dire : "celui à qui ou pour qui je dépends" (Dieu, mon bien-aimé). Il y a pas de pratique sans théorie (Edgar Morin, La Méthode). Il n'existe pas une théorie de l'esclavage dans la vision africaine du monde. Ce qui contredit l'existence de cette pratique subie pendant cinq siècles par le Noir.
Les institutions nées de la post-colonie ne répondent pas aux attentes des panafricains à cause, entre autre, de leur incapacité de correspondre ontologiquement et sémantiquement à la mentalité muntu. L'homme est élevé au niveau de démiurge en Afrique profonde. Cette situation exceptionnelle l'empêche d'être le contraire de ce qu'il est au sein de la société.
Il y a un nombre considérable des contraintes psychologiques et matérielles nées de ce que les Panafricains sont incapables de parler d'eux-mêmes comme d'eux-mêmes, c'est-à-dire, dans des termes qui correspondent à leur vision du monde. Tout le monde peut constater que la simple évocation de ces 3 termes à des implications qui dépassent tout entendement. Et pourtant, nous n'avons seulement tenter que de donner quelques illustrations qui sautent aux yeux.
Bibliographie indicative.
(1) - La distinction entre le formel et l'informel est d'origine occidentale.
(2) - Cf Armand Mavinga Tsafunenga : A la recherche d'un modèle de développement culturellement durable. Pour bâtir une Vraie et Nouvelle République démocratique du Congo. Pyramide Papyrus Presse, Paris 2008. La préface que Mawete Makisosila a écrite pour cet ouvrage s'intitule : "Gouverner, c'est marquer culturellement son temps". Comment l'Afrique sortira-t-elle de sa crise actuelle si elle ne prend pas en compte son héritage culturel ?
(3) - Serge Latouche : L'occidentalisation du monde. La Découverte, Paris


Commentaires
1. Le vendredi 17 octobre 2008 à 13:32, par Tundanonga
2. Le vendredi 17 octobre 2008 à 19:28, par Alpha manzanza
3. Le samedi 18 octobre 2008 à 05:37, par A Ku Ema Na Ku Malengye
4. Le lundi 20 octobre 2008 à 13:00, par Marie Muana Congo
5. Le lundi 20 octobre 2008 à 16:32, par willy Muka
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