Intense émotion encore au moment ou le futur président arrive sur scène, accompagné de sa femme Michelle et de ses deux filles, Malia et Sasha. Barack Obama, devenu ce mardi 4 novembre 2008, le premier Noir élu président des Etats-Unis, a fait chavirer l'Amérique, à 22h00. Il a déclaré devant la foule : "Si jamais quelqu'un doute encore que l'Amérique est un endroit où tout est possible, qui doute encore du pouvoir de notre démocratie, la réponse lui est donnée ce soir"

Une immense clameur a fusé mardi soir (mercredi matin en France métropolitaine) dans le parc de Chicago où le candidat démocrate Barack Obama avait donné rendez-vous à ses partisans, à l'annonce de sa victoire à la présidentielle américaine.

Ce sont environ 65.000 personnes qui étaient présentes à Grant Park à Chicago

Parmi les nombreux supporters du sénateur Obama, un homme prend des photos. Il s'agit du réalisateur américain, Spike Lee

Scène de joie à Philadelphie

Le président élu qui prendra ses fonctions le 20 janvier prochain va hériter d'une situation économique extrêmement difficile. Les Etats-Unis, et le monde dans leur sillage, traversent la plus grave crise financière depuis celle de 1929. Le pays est engagé dans deux guerres, en Irak et en Afghanistan. Obama a promis de baisser les impôts pour 95% des salariés, d'engager une politique de grands travaux et de garantir une couverture santé pour tous. Sur le plan international, il a promis de retirer les soldats américains d'Irak "de façon responsable" dans un délai de 16 mois et de concentrer les efforts à la lutte contre Al-Qaïda et les talibans. La participation a atteint un niveau "sans précédent" dans plusieurs États clés. Certains experts estimaient qu'entre 130 et 135 millions d'électeurs pourraient avoir voté, contre 120 millions en 2004. Victoire écrasant dans les chiffres Non seulement, Obama a conservé les États remportés par John Kerry il y a quatre ans, mais il a conquis plusieurs fiefs républicains comme l'Ohio et la Floride qui avaient voté pour M. Bush en 2000 et 2004 ainsi que la Virginie qui n'avait pas voté pour un démocrate à la présidentielle depuis 1964. Il a également remporté les États du Nouveau-Mexique, du Colorado, et de l'Iowa, trois États remportés par le républicain George W. Bush en 2004. McCain est donné vainqueur dans le Kentucky, la Caroline du sud, le Tennessee, l'Oklahoma, l'Arkansas, l'Alabama, la Géorgie, le Dakota du Nord, le Wyoming, la Louisiane, la Virginie-Occidentale, le Texas, le Mississippi, Missouri, l'Utah, le Nebraska et le Kansas. Ambiance morose à Phoenix Avant même l'annonce de la victoire de M. Obama, l'ambiance était morose au Biltmore, un hôtel chic de Phoenix où les partisans de M. McCain s'étaient rassemblés. Les "McCain", "McCain", "McCain" répétés en boucle au début de la soirée avaient cédé la place au fil des heures à un sentiment mêlant calme, résignation et anxiété parmi la foule de plus d'un millier de personnes, composée dans une écrasante majorité de Blancs. Les Américains étaient aussi appelés à renouveler un tiers du Sénat et la totalité de la Chambre des représentants. Selon des résultats partiels, les démocrates avaient ravi quatre sièges mardi soir aux républicains au Sénat américain ce qui leur permettrait d'être majoritaires. Les démocrates étaient également donné majoritaires à la Chambre des représentants.

Une puissante clameur s'élève au-dessus du Grant Park, un vaste jardin public cerné de buildings au bord du lac Michigan. Les résultats viennent de tomber: Barack Obama est élu président, et quelque 240.000 personnes, rassemblées pour fêter l'événement, laissent éclater leur joie.

Certains s'embrassent, dansent, d'autres applaudissent à tout rompre. Les larmes de joie coulent sur des dizaines et dizaines de visages. "Votre cœur palpite, palpite", explique Shirley Vaughn, peinant à trouver les mots pour exprimer sa joie de voir un Noir parvenir à la plus haute fonction élective de son pays. "C'est vraiment un moment historique, d'être ici avec tous ces gens", ajoute-t-elle.

"Je veux être capable de regarder en arrière dans 20 ou 30 ans et me dire que j'y ai pris part", affirmait Michelle Culpepper, 40 ans, arrivée sans billet mais ravie d'être là, à l'unisson d'une foule joyeuse.

A Chicago : "Le premier jour d'un nouveau chapitre"

Dans tout le pays, les mêmes scènes de liesse se répètent. A Seattle (Washington, nord-ouest), Philadelphie (Pennsylvanie, est) ou encore Atlanta (Géorgie, sud-est), des foules envahissent les rues.

A Hollywood (Californie, sud-ouest), la fête a des airs de jour de l'An: les gens s'embrassent et dansent au son des klaxons des voitures qui retentissent dans toute la ville.

"Ce soir, c'est le premier jour d'un nouveau chapitre de l'histoire de notre grand pays!", exulte John Richardson, un homme de 43 ans. Dans la banlieue ouest de Hollywood, bastion de la communauté gay en Californie, des centaines de personnes défilent dans une ambiance de carnaval.

Sur Times Square à New York, le carrefour le plus animé de Manhattan, ils sont des milliers à crier leur joie, devant les écrans géants qui relaient la victoire de Barack Obama. "Obama, Obama !": par des cris, des chants, des danses et des slogans, les Américains saluent chaque nouvelle. A Times Square :

"C'est un moment étonnant, historique pour l'Amérique. J'ai connu des périodes bien sombres pendant ces huit dernières années", commente Andrew Bernard, un producteur de film venu participer à la liesse avec son fils de 10 ans, Lincoln. "Je voulais que mon fils vienne et voit la lumière", dit-il.

La liesse à Brooklin : "L'Amérique lui a donné le meilleur job du pays!"

Tish Howard, 50 ans, une femme noire qui a grandi dans l'Etat d'Alabama et a connu la ségrégation : "Cette nuit veut dire beaucoup pour moi. Les Noirs à l'époque étaient laissés en dehors du processus politique". "Dans un grand nombre de communes rurales, les noirs ne pouvaient même pas voter", rappelle-t-elle.

Au "Body", un bar lounge de Harlem au nord de la ville, la victoire, annoncée sur des écrans plasma, libère la tension et toute l'émotion contenue. Une femme d'une trentaine d'années lâche: "L'Amérique lui a donné le meilleur job du pays!".

"En une génération, nous sommes passés d'esclaves à un président noir", dit-elle en décrochant son téléphone pour "appeler sa grand-mère de 95 ans" qui n'en revient sûrement pas.

"C'était génial"

Un dernier moment de recueillement pour le discours du vainqueur Obama, et une voix langoureuse entame "Yes we can" (le slogan d'Obama) version R'n'B. Le rythme s'accélère, la soirée continue sur la piste de danse.

A Washington, des jeunes scandant "Obama, Obama" sont rassemblés par centaines devant la Maison Blanche. Venus pour la plupart des universités proches, agitant des ballons aux couleurs américaines, ils reprennent le slogan de la campagne d'Obama: "Yes, we can !" ("Oui, nous pouvons !"). Une jeune femme, Laura Kiefer se réjouit d'être originaire de l'Ohio (nord), un Etat qui a joué un rôle essentiel dans la victoire de Barack Obama. "Tout le monde m'est tombé dans les bras. C'était génial", raconte-t-elle.