Rutshuru: un journaliste tué, la Radio Communautaire Ushirika-Racou pillée !
Par Freddy Mulongo, vendredi 7 novembre 2008 à 11:35 :: radio :: #214 :: rss
une animatrice de la Radio ushirika-Radou à Rutshuru
A 75 kilomètres au nord de Goma, environ 5 000 familles de la cité de Kiwanja qui rélève de Rutshuru-Centre,ont fui des exactions des hommes du CNDP en représailles à l’attaque des combattants Maï-Maï. Alfred Nzonzo Bitwahiki Munyamariza, journaliste et animateur de la Radio communautaire Ushirika a été tué d'une balle à Rutshuru, pendant la débandade à la suite de l’attaque de mardi, dans la cité de Kiwanja. Agé de 27 ans, la victime était journaliste reporter, présentateur de l'édition en langue Kinyarwanda et animateur de l’antenne.Le directeur de cette radio Jean Baptiste Kambale Kiyana, directeur de Radio ushirika-Racou qui est en cachette indique que, 4 autres journalistes sont jusqu’à ce jour introuvable. D’après certaines personnes sur place, Ce journaliste, animateur de la Radio communautaire Ushirika, Racou, a été tué dans les affrontements de mardi et mercredi à Rutshuru entre le CNDP et des combattants Maï-Maï.Racou, n'émet plus, une partie du matériel a pu être sauvée mais l'essentiel a été pillé par le CNDP lors de l'attaque de Rutshuru et Kiwanja. Une autre radio, Dorika FM, "la radio des gorilles" située à Nyamilima, aux portes du parc de la Virunga, a préféré fermer son antenne en raison de l'insécurité qui règne dans cette zone.
De 2001-2007, j'ai été le Président national de l'Arco-Association des Radios associatives et communautaires du Congo. A plusieurs reprises, l'Arco fut contraint de plaider auprès Eugène Sérufuli (ex-gouverneur du RCD-Goma à Goma pour l'autorisation d'émettre de Radio Ushirika-Racou, alors que le gouverneur tenait mordicus à implanter sa propre radio à Rutshuru. Une attitude de juge et partie, inacceptable. Mais acceptable dans un pays comme la République Démocratique du Congo où la gouvernance des composantes et entités a laissé des séquelles. La victoire fut au prix de beaucoup de luttes. Et à deux reprises, j'ai eu l'occasion à visiter la Radio Ushirika en compagnie de jean Baptiste Paluku Kiyana, son directeur. La radio n'est pas riche mais grâce à ses volontaires, elle fonctionne. Cela fait de lustre que les populations de Rutshuru ne capte pas la Radio télévision Nationale Congolaise (RTNC). La RTNC-Goma couvre en FM et ne brave pas toutes les collines. Il faudra permettre aux radios associatives et communautaires du Nord Kivu, qui sont des véritables radios de proximité de continuer à informer, éduquer nos populations civiles abandonnées à eux-même.
La République Démocratique du Congo est un pays en guerre et non pas en post-conflit comme les experts autoproclamés nous font croire. Lorsqu'un gouvernement légitime bastonne, arrête arbitrairement, emprisonne pour faire taire et tue ses journalistes, que peut-on attendre d'un mouvement dit de rébellion ? Ce qui arrive à nos confrères de Rutshurur et kiwanja est une conséquence de la mauvaise gouvernance caractérielle de la République Démocratique du Congo. De Dominique Sakombi Inongo "Buka Lokuta" à Emile Bongeli, les ministres de l'information de la République Démocratique du Congo ont manifesté leur penchant pour la prédation de la liberté d'expression et de presse. La palme d'or revient à Toussaint Tshilombo, l'éphèmere ministre de l'information et communication du gouvernement Gizenga I qui a lui seul a fermé 40 radios et télévisions congolaises, pour des raisons politiques et non adminstratives comme il l'avait le culot de l'annoncer. Depuis son éviction, inconsolable,Toussaint Tshilombo est devenu un raseur des murs, il paraîtrait qu'il parle même aux poules pour expliquer sa situation de déchéance. "j'ai été utilisé ne cesse t-il de clamer. "
Comment peut-on continuer à réclamer 5.000 mille dollars aux radios associatives et communautaires pour l'obtention d'un récépissé, un papier administratif ? La liberté d'expression des radios associatives et communautaires gène-t-elle les gouvernants congolais et ceux qui prennent les armes pour les remplacer ?
Tout en affirmant notre solidarité avec avec nos amis des radios de l'Est victimes des exactions et tueries, nous nous souvenons qu'en 2005, en partenariat avec Journaliste en Danger (JED), l' International News Safety Institut avait organisé un séminaire au quartier Utexafrica, Kinshasa-Gombé. les 16 mesures de sécurité pour les journalistes en zone de conflit sont d'actualité mais à adapter selon les circonstances :
1. Préparez-vous physiquement et mentalement. Avant le départ en mission, suivez si possible un cours sur les environnements hostiles ainsi qu’une formation de base sur les premiers secours.
2. Dans la plupart des zones de conflit, vous devez être capables de courir, de marcher de longues distances et de supporter le manque de confort. Assurez vous que vous disposez deseringues propres et transportez une trousse de secours élémentaire avec des aiguilles stériles. Portez un bracelet reconnaissable internationalement avec le symbole du caducée et quelques informations sur vos allergies, votre groupe sanguin, etc.
3. Étudiez le contexte du conflit, de la population et du lieu de votre mission. Apprenez quelques expressions utiles dans la langue locale, principalement les mots : « presse étrangère » ou « journaliste ». Apprenez la signification de gestes locaux qui pourraient être importants.
4. Ne vous déplacez pas seul en zone de conflit. Si vous circulez sur les routes, faites appel à un chauffeur prudent et responsable qui connaît bien le terrain et les foyers de troubles. Identifiez votre véhicule comme faisant partie de la presse à moins que cela risque d’attirer les attaques. Voyagez en convois rapprochés si possible. N’utilisez pas de véhicules militaires ou de type militaire à moins que vous n’accompagniez une patrouille militaire régulière. Assurez-vous de la fiabilité de votre véhicule et veillez à faire le plein d’essence. Si la chaleur est intense, vérifiez régulièrement la pression des pneus car ce pourrait être un désastre si l’un d’eux éclatait.
5. Avant le départ, renseignez vous auprès des autorités locales et des résidents sur les dangers éventuels. Vérifiez la route devant vous à intervalles réguliers. Assurez-vous que vos quartiers généraux et vos collègues restés à la base sont informés de votre destination, votre HAP et le retour prévu. Donnez fréquemment des nouvelles. Prenez garde lorsque vous transportez des cartes avec des notes qui pourraient être interprétées comme militaires.
6. Donnez rendez-vous aux personnes de contact inconnues en des endroits publiques et informez votre bureau ou votre collègue de confiance de vos plans. Évitez de vous rendre seul dans un endroit potentiellement dangereux. Prévoyez un plan d’évacuation rapide et sûr avant de pénétrer dans une zone de danger.
7. Ne portez jamais d’armes et n’acceptez jamais de voyagez avec des journalistes armés. Soyez prudents lorsque vous prenez des photos et demandez l’accord des soldats avant de les photographier. Renseignez-vous sur les susceptibilités locales par rapport à la prise de photos.
8. Portez sur vous une carte d’identification avec une photo. Ne prétendez pas être autre chose qu’un journaliste. Déclinez clairement votre identité si on vous le demande. Si vous travaillez des deux côtés d’une ligne de front, ne passez jamais d’informations d’un côté à l’autre.9. Emportez des cigarettes et d’autres petits cadeaux qui peuvent servir de pot-de-vin. Restez calme et essayez d’avoir l’air décontracté si des troupes ou des gens du coin semblent menaçants. Comportez-vous en ami et souriez.
10. Dissimulez sur vous une réserve d’argent pour les cas d’urgence ainsi qu’une copie de votre carte d’identité, par exemple dans la doublure de votre ceinture. Gardez à votre disposition une somme prête à remettre en guise de gratification.
11. Gardez à la main les numéros de téléphone à joindre en cas d’urgence. Programmez-les par exemple sur vos téléphones satellite et mobile, avec si possible, un numéro joignable 24/24 en numérotation abrégée. Renseignez-vous sur la situation et la capacité des hôpitaux.
12. Familiarisez-vous avec les armes ordinairement utilisées dans le conflit, leur portée et pouvoir de pénétration afin de pouvoir vous mettre efficacement à l’abri. Sachez distinguer l’origine des coups de feux, les mines terrestres et les autres matériels militaires. Ne touchez pas aux armes abandonnées ou aux munitions utilisées.
13. Portez des vêtements civils à moins que vous ne soyez un correspondant de guerre attitré et que vous n’ayez à porter une tenue particulière. Évitez les vêtements de type paramilitaire. Évitez de porter des objets brillants et soyez prudents avec les objectifs. Les reflets de lumière vifs peuvent ressembler à des tirs de balles.
14. Préparez-vous à porter des gilets pare-balles, des armures corporelles, des casques, des masques à gaz et des survêtements de protection NBC suivant les besoins. Lors des manifestations, servez-vous d’équipements plus discrets tels que des casquettes de baseball endurcies et une protection légère sous vos vêtements.
15. Informez-vous sur vos droits internationaux et locaux. Renseignez-vous sur les Conventions de Genève car celles-ci se rapportent aux droits des civils en zone de guerre.
16. Les journalistes qui se sont trouvés en situation de danger grave et ont été témoins d’évènements épouvantables peuvent souffrir d’un stress traumatique durant les semaines qui suivent. N’hésitez pas à demander de l’aide psychologique.
Tout en présentant nos condoléances à la famille d'Alfred Nzonzo, à Jean Baptiste Paluku et toute l'équipe de la radio Ushirika-Racou.
Nous croyons que chacun à l'obligation d'évaluer les risques dans ce métier de communication, face à un gouvernement tortionnaire et un mouvement rebelle barbare, il faut choisir la liberté.


Commentaires
1. Le vendredi 7 novembre 2008 à 14:43, par Alpha Manzanza
2. Le vendredi 7 novembre 2008 à 15:21, par Néron
3. Le vendredi 7 novembre 2008 à 16:11, par Huit BALOWA
4. Le samedi 8 novembre 2008 à 17:50, par Junior Badila
5. Le lundi 10 novembre 2008 à 13:57, par Donat M'Baya
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