Les professionnels des médias savent quelque chose sur la personnalité ambiguë de Mira Ndjoku. En relisant les rapports de Journalistes en Danger (JED) et Reporters Sans Frontières sur la République Démocratique du Congo, on est vite prévenu.

Dans les éditions n° 20 du 15 au 21 septembre 2005 et n°181 du 16 au 19 septembre 2005, Pool Malebo et Le Journal avaient publié un même article faisant état « d'un don de 30 millions USD de la RDC remis au secteur éducatif de la République de Tanzanie au moment où un conflit de travail opposait en RDC le gouvernement aux syndicats du secteur de l'enseignement

Mira Ndjoku a été utilisé par le pouvoir pour attirer dans la gibecière Patrice Booto journaliste et éditeur de son journal. Après 45 jours de cavale, Patrice Booto, journaliste le plus recherché, est sorti de son trou et rattrapé un après-midi du mercredi 2 novembre 2005. Cet « exploit » fera sans doute date dans les annales des services secrets congolais.

Le film de l’arrestation du journaliste a deux versions. L’une contée par Booto lui-même et l’autre par son associé dans le supplément « Pool Malebo », le journaliste Alain Nkoy. Les faits sont les mêmes à quelques différence près. Booto affirme la main sur le cœur qu’il a été entraîné dans un traquenard par Nkoy. Ce dernier rejette cette thèse et parle plutôt d’un choix délibéré de Booto de négocier son retour en surface. A JED, Alain Nkoy a déclaré avoir reçu, fin octobre 2005, un appel téléphonique de l’ancien ministre de l’intérieur sous Kabila père, déjà super flic sous Mobutu, Myra Ndjoku dit « November ».

Ce dernier aurait eu le numéro d’appel du journaliste dans le journal « Africa News » qu’il a créé avec son ami, Mike Mukebayi, après son départ mouvementé du Soft International. Cette version est rejetée par Booto qui révèle à JED qu’un parent de Nkoy a été directeur de cabinet de Mira Ndjoku lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. C’est par ce lien de famille que le contact entre l’ancien ministre Mira et le journaliste Nkoy a été établi et le coup monté pour sortir Booto de son trou. Selon Nkoy, M. Mira lui a expliqué que le chef de l’Etat lui avait confié la mission de persuader Booto de mettre fin à sa clandestinité en présentant des excuses au chef de l’Etat et de travailler pour lui (Sic !). Une rencontre aurait même été envisagée entre le journaliste repentant et le président de la République.

Nkoy contacte alors son associé Booto et lui fait part des propositions du Ministre honoraire. Booto doute de bonnes intentions de Myra et décide de déléguer sa femme accompagnée de Nkoy et de son ami et journaliste Laurent Bwadikema. Myra reçoit la délégation à sa résidence de Binza et s’adresse principalement à la femme de Booto la suppliant de convaincre son mari de mettre fin à sa cavale en présentant personnellement des excuses et en indiquant la source de son information. A la question de savoir quelles garanties offre l’ancien ministre, Myra répond : « aucune, sinon ma parole. De toutes les façons, il n’ y a pas d’autres solutions ».

Avant de se séparer, Myra aurait, selon le témoignage, remis 200 USD à la femme de Booto. Les délégués font rapport à Booto qui se laisse convaincre par les bonnes intentions du ministre surtout qu’il avait lui-même pris l’initiative d’écrire une lettre de demande de pardon au chef de l’Etat. Ces lettres ne seraient jamais arrivées à destination, selon Nkoy. Un peu méfiant tout de même, Booto n’annonce pas son arrivée chez Myra. Il charge sa femme et ses amis de fixer un rendez-vous pour donner la réponse de Booto. Lorsque la délégation arrive, le 1er novembre 2005, chez Myra, Booto est de la partie.

L’ancien ministre lui confirme les conversations antérieures avec ses délégués et insiste sur le besoin pour le chef de connaître la source de cette information qui a failli basculer le cours de l’histoire en RDC et dont on était convaincu en haut lieu qu’elle n’était pas gratuite surtout en ce moment-là. Le Ministre et Booto se retirent dans un coin de la pièce pour discuter à deux. Nkoy rapporte à JED que c’est lors de ce tête-à-tête que Booto aurait cité la source de son information rocambolesque.

Booto, dans sa version de cette entrevue, nie avoir donné une quelconque source à Myra. Le chef de l’Etat était à Lubumbashi. Toutes les tentatives de l’ancien ministre de le joindre directement s’avèrent vaines. Les services du chef à Lubumbashi auraient demandé à Myra de s’adresser à un Conseiller juridique du chef de l’Etat. Myra s’exécute et rendez-vous est pris pour le 2 novembre 2005 au restaurant « La Villa » à Kinshasa/Gombe. Il est convenu de se retrouver à la résidence de l’ancien ministre avant d’aller ensemble rencontrer le conseiller juridique au restaurant. Selon Nkoy, avant de se séparer, Booto aurait demandé de l’argent à son hôte qui lui aurait tendu deux billets de 100 USD.

Patrice Booto, éditeur de deux journaux « Le Journal » et « Pool Malebo », attiré dans le piège tendu des services spéciaux par Mira Ndjoku

Le 2 novembre 2005 vers 11H00, Myra arrive à « La Villa » avec ses invités au grand complet à bord de sa Jeep. Ils s’installent en attendant le conseiller juridique. Le temps passe et le juridique n’arrive toujours pas. L’attente devient pesante et Myra sort souvent pour téléphoner au juridique. Peu après 13H30, le juridique annonce qu’il ne pourra pas être là comme prévu car le directeur de cabinet a convoqué une réunion urgente à laquelle il doit prendre part. Rendez-vous est pris pour le lendemain 3 novembre 2005. Ce dernier rendez-vous n’aura jamais lieu. Et pour cause : Myra fait chercher un taxi express pour ses invités qui rentraient pourtant dans la même direction que lui vers Kintambo. Le taxi démarre suivi par la Jeep de l’ancien Ministre.

Direction Kintambo/Magasin. A la hauteur de la Galerie Saint-Pierre sur colonel Mondjiba, profitant certainement du passage du cortège d’un des vice-présidents de la République, le taxi de Booto et sa délégation est pris en sandwich par les hommes des Services Spéciaux de la Police. Tous les occupants du taxi sont embarqués dans d’autres voitures en direction du Centre ville.

Myra assiste impuissant à ce scénario digne de Hollywood. Il tourne sa voiture et suit le « cortège » des hommes du colonel Raus Chalwe, patron des Services Spéciaux de la Police, qui roule en trombe. Lorsque Myra arrive à Kin-Mazière, siège des Services Spéciaux de la Police, Booto et sa délégation étaient déjà devant le colonel Raus lui-même. « Mais, colonel, c’est quelle méthode ça ? C’est trop facile de venir après que les autres ont fait tout le boulot », lance Myra à l’adresse du colonel Raus qui, imperturbable, lui rétorque que la même mission avait été confiée à lui aussi, et à beaucoup d’autres… « De toutes les façons, j’ai besoin juste de lui (désignant Booto).

Les autres vous pouvez partir », conclu le patron des Services Spéciaux de la Police.

Myra a-il lui-même été piégé ou jouait-il là son rôle en connaissance de cause ? Booto penche pour la deuxième alternative et le responsable de sa capture n’est rien d’autre que son associé Alain Nkoy.

A partir de cet instant, les choses se précipitent et le destin du journaliste bascule.

Menacé de mort, une arme à la tempe selon son propre témoignage, Booto est contraint de révéler la source de ses informations sur l’affaire des 30 millions de dollars. Moins d’une heure après des agents de la police auraient mis la main sur cette source qui est immédiatement mis aux arrêts.

A JED qui tenait absolument à connaître l’identité de la source citée par un journaliste à son corps défendant, ni Booto, ni l’officier de police qui l’a verbalisé ne veulent rien dire.

C’est longtemps après, à l’ouverture des audiences publiques, que JED découvrira que la source supposée d’information pour Booto serait un ancien fonctionnaire de la Présidence de la République. Il aurait travaillé là-bas à l’époque où Théophile Mbemba était directeur de cabinet de Joseph Kabila. Nzuka Mapengo, puisque c’est de lui qu’il s’agit, connu à Kinshasa sous le sobriquet de « Big Master », et passé, depuis, Directeur à l’Office des douanes et Accises (Ofida).

Devant la Cour de Sûreté de l’Etat (CSE) Nzuka jure, par tous ses ancêtres, ne pas être celui qui a donné l’information au journaliste.

Il reconnaît avoir rencontré le journaliste au Grand Hôtel de Kinshasa le jour de la sortie du journal et non avant. Par conséquent, il ne pouvait pas en être la source. Il sera entendu et libéré dès la deuxième audience. Exit donc l’affaire de la source, et donc de la « fuite » qui avait tant mobilisé comme jamais avant tous les services secrets et de police.

Mais pour le journaliste commence une autre affaire, celle de l’offense au Chef de l’Etat, de l’outrage au gouvernement et de propagation de faux bruit.

Ici aussi l’histoire seule dira un jour qui est le véritable plaignant, le vrai mobile ainsi que le vrai crime du journaliste. De l’article même, Booto dit qu’il a apporté les éléments d’information mais l’article a été rédigé par son ancien associé Nkoy qui n’aurait même pas daigné, contrairement aux habitudes, lui présenter l’écriture finale.

Ce dernier nie les faits et déclare que ce soir là, ils attendaient un papier sur la Banque centrale mais, en catastrophe, Booto a atterri avec le brûlot des 30 millions de USD et bus de l’Etat disparus.

« Le texte était déjà rédigé au manuscrit. Je l’ai relu et atténué en certains endroits. Là où on citait le chef de l’Etat, j’ai mis ‘une haute autorité du gouvernement’», affirme à JED Nkoy .

Booto est arrêté le 2 novembre 2005 vers 14H00. La même nuit, Franck Ngyke et son épouse sont assassinés. S’agit-il là d’une simple coïncidence ou d’un lien entre les deux affaires ? A cette question, JED a cherché des réponses tout au long de son enquête mais n’en a pas trouvées de façon catégorique.

Conduit au cachot des services spéciaux de la police, sis immeuble Kin-Mazière, Kinshasa/Gombe. L'interrogatoire, de notre confrère Patrice Booto qui avait commencé, vers 20h00, s'était passé sous torture.

En vue de lui arracher des aveux, un revolver serait resté braqué sur sa tête et une balle aurait été tirée en sa direction vers les pieds.

Patrice Booto Luafa fut transféré le 10 novembre 2005 à la Cour de Sûreté de l'Etat (C.S.E.) et ensuite au Centre Pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa où il est placé au pavillon 7 le 12 novembre 2005. La CSE retient contre M.Patrice Booto les griefs ci-après : « offense au chef de l'Etat, propagation d'une fausse information et outrage au gouvernement de la République ».

Comme le malheur n'arrive jamais seul, les deux journaux de Patrice Booto « Le Journal » et « Pool Malebo » ont été suspendus pour une période de trois mois allant du 19 septembre au 19 décembre 2005 par la Haute Autorité des Médias (HAM) de Modeste Mutinga, ce dernier étant propriétaire d'un journal, d'une radio et télévision. Concurrence quand tu nous tiens !!!

L'auto-annonce de son arrivée comme nouvel ambassadeur de la République Démocratique du Congo, tout Paris-kin en parle.

L'ancien Administrateur de l'Agence Nationale de Renseignements (ANR) est signataire d'un arrêté de recherche pour une arrestation éventuelle de plusieurs congolais résidents en France qui avaient dénoncé le 1+4=0. Est-il pressenti à Paris pour accomplir ses basses et obscures missions ? Les Congolais de la diaspora vont-ils se laisser faire ? Le pressenti ambassadeur est-il au courant que l'ambassade de la RDC à Paris depuis 1998 n' a pas d'attachés militaires. Le colonel Martin Iyongo, le colonel Buki mujinga, l'adjudant Kangalé, que sont-ils devenus ? Le service de détachement militaire exercé par le colonel Shamariwa Shibanji (basé à Bruxelles) pour 5 pays de l'Union européenne: France, Belgique, Royaume-Uni, Allemagne et Espagne, n'est-ce pas beaucoup trop pour une même et seule personne ? Ce ne sont pas que les civils congolais qui ont de problèmes avec l'ambassade de Paris y compris les militaires.Wait And See !