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Mumia Abu-Jamal n'est toujours pas prêt à sortir du couloir de la mort

Condamné en 1982 pour le meurtre d'un policier blanc, dénommé Daniel Faulkner. La cour suprême des Etats-Unis avait décidé d'annuler la sentence. L'Etat de Pennsylvanie a fait appel.

L'Etat de Pennsylvanie a décidé de faire appel de la décision de la Cour suprême d'annuler la condamnation à mort de Mumia Abu-Jamal, icône de la lutte contre la peine capitale. Il s'agit pour l'Etat de renverser l'annulation de la condamnation de Mumia Abu-Jamal, dans le couloir de la mort depuis 27 ans, prononcée le 27 mars par une cour d'appel fédérale.

La Cour suprême a donné jusqu'au 19 novembre à l'Etat de Pennsylvanie pour rédiger sa motion, après quoi la défense répondra, puis les neuf sages décideront s'ils acceptent d'examiner l'affaire.

Le 27 mars, la cour d'appel de Pennsylvanie avait annulé la condamnation à mort de Mumia Abu-Jamal tout en confirmant sa culpabilité dans le meurtre d'un policier blanc survenu en 1981.

Les juges de Pennsylvanie avaient en effet estimé que lors du procès de 1982, les instructions données aux jurés avaient pu leur faire croire qu'ils devaient s'accorder à l'unanimité sur des circonstances atténuantes pouvant épargner au condamné la peine capitale, alors que la procédure est en fait moins restrictive.

"Nous sommes à la croisée des chemins"

Me Robert R. Bryan,l'avocat de Mumia Abu-Jamal est très explicite dans ses réponses: "Ce que l'accusation demande à la Cour suprême, c'est d'annuler la décision d'appel pour que Mumia puisse être exécuté, sans passer par l'étape d'un nouveau jury".

"Si l'Etat de Pennsylvanie gagne, que la Cour suprême renverse la décision de la Cour d'appel et que je perds pour ma requête, il n'y aura pas de nouveau procès, et il y aura une exécution, c'est là que nous en sommes", a détaillé le défenseur du condamné à mort. Si la Cour suprême rejette en revanche la requête de l'accusation, une nouvelle audience aura lieu devant un jury chargé de déterminer non la culpabilité mais la peine - prison à vie ou peine de mort - pour Mumia Abu-Jamal. Ce n'est que si la Cour suprême juge que la requête pour racisme est fondée que l'un des plus célèbres condamnés à mort obtiendra de recommencer la procédure au départ, avec un nouveau procès et un nouveau jury chargé de se prononcer sur sa culpabilité ou non".

Ex-journaliste radio et militant des "black panthers", un mouvement révolutionnaire afro-américain formé en 1966 aux Etats-Unis et aujourd'hui âgé de 55 ans, Mumia Abu-Jamal a été condamné pour le meurtre en 1981 du policier Daniel Faulkner. Il a toujours clamé son innocence.

Grâce à Desmond Tutu, il n'est plus menotté

Mumia Abu Jamal est dans le couloir de la mort de la prison SCI Greene (Waynesburg, Pennsylvanie), à 100 kilomètres de Pittsburgh. Depuis la visite de l'archevêque sud-africain, Desmond Tutu, prix Nobel de la paix et ses interventions, Mumia, comme les autres condamnés à mort, n’est plus enchaîné lors des visites.

En effet lors de sa visite à Mumia Abu Jamal, Desmond Tutu a passé son temps a regarder ses menottes, son attention a été focalisé sur celles-ci et il n'a posé des questions que sur le système d'enchainement de vie carcérale. A sa sortie de la visite, le prix Nobel de la paix a fait ce qu'il devrait: il a écrit au directeur de la prison et aux autorités américaines. Depuis aucun condamné à mort n'est ni menotté ou enchaîné lors de ses visites

Le dimanche 14 décembre 2008, Pierre Mansat, adjoint au Maire de paris et Claude Guillaumaud-Pujol l’ont rencontré. "Dans une petite pièce blanche aux murs capitonnés, une vitre épaisse nous sépare, pas de micro, de chaque côté deux fentes grillagées. À notre entrée Mumia, vêtu de la large combinaison orange, nous montre ses deux poignets : sans menottes !

Mumia est combatif, souvent souriant, mais sa situation est terrible. Il a souhaité nous confier un « message ». D’abord remercier tous ceux qui militent pour sa libération, les militants du combat pour les prisonniers politiques aux États-Unis. Et comme nous évoquions une possible adresse à Barack Obama sur la peine de mort, il a exprimé le souhait d’une double demande : d’abord « la situation économique des prisonniers est dramatique, leur droit au travail doit être réel ». Et puis « le droit à l’instruction doit être inscrit dans la Constitution américaine ».

Beaucoup des partisans de Mumia Abu-Jamal, dont les photos et les longues tresses rastas ont fait le tour du monde, estiment pourtant que le militant de la cause des Noirs a été victime d'un procès politique et de forts préjugés racistes.

Les juges ont en effet estimé que lors du procès de 1982, les instructions données aux jurés ont pu leur faire croire qu'ils devaient d'abord s'accorder à l'unanimité sur les circonstances atténuantes pouvant épargner au condamné la peine capitale, alors que la procédure est en fait moins restrictive.

Un procès sous fond de préjugés racistes?

Concernant la culpabilité, la cour d'appel, qui n'est pas chargée de se prononcer sur le fond mais sur la forme, a rejeté les arguments dénonçant des violations des droits de la défense.

Mumia Abu-Jamal contestait notamment le fait que 10 des 15 récusations de jurés potentiels prononcées par l'accusation aient concerné des Noirs. Le code de procédure pénale interdit en effet de récuser un juré potentiel en raison de la couleur de sa peau. Le jury final comportait dix Blancs et deux Noirs.

L'ancien journaliste radio et militant des "black panthers" Mumia Abu-Jamal, est devenu un symbole de la lutte contre la peine de mort en Amérique.