Réveil-FM Livres 07
Par Freddy Mulongo, dimanche 22 février 2009 à 16:14 :: radio :: #299 :: rss
Le petit travail bibliographique, où nous essayons d'expliquer certains goûts particuliers, certaines préférences, certaines délicatesses de l'esprit, certaines variétés de l'amour des livres, n'a nullement pour but de justifier la passion d'élite qui nous pousse à rechercher ces précieux témoins des accroissements de l'âme humaine à travers les générations.
L'amour des livres, dont les alléchements variés à l'infini se rattachent à toutes les glorieuses activités de la pensée n'a nul besoin d'être justifié, c'est glorifié qu'il faut dire, quand on réfléchit qu'aucun art, aucune science, aucune forme de protestation railleuse ou grave, réaliste ou mystique, battant en brèche l'ignorance et la sottise, n'échappe aux rayons de nos bibliothèques.
Grâce aux livres, le bibliophile traverse à son gré les mers et les temps ; il pénètre sans crainte d'y être coudoyé dans les foules de toutes les époques, et s'y choisit librement ses guides dans le nombre des esprits supérieurs qui lui ont légué les préoccupations de leurs contemporains. La masse n'assiste qu'à cette partie du grand drame terrestre qui se joue devant ses yeux ; pour le bibliophile, l'action se déroule entière depuis le lever du rideau, dans ses moindres épisodes historiques. L'enchantement des actes qui ont précédé l'heure moderne lui fait comprendre, d'une façon plus nette, le sens de la scène incomplète dont le hasard l'a fait acteur.
Là est le secret de cet appétit des livres qui affame les intelligences d'élite dont les rangs deviennent chaque jour plus serrés et plus nombreux. Cette passion a, d'ailleurs, mille manières d'envahir ceux qui passent à la portée de son influence ; aucune autre n'offre à ses adeptes un champ aussi vaste et des objets aussi merveilleusement variés. Tous ceux qui aiment ces glorieux trophées des siècles n'ont pas, à un même degré, le désir de surprendre la pensée de nos pères à sa source ; le goût du bibliophile a de nombreuses nuances tournant toutes au respect de ces vénérables épaves de la pensée.
On peut classer, tout d'abord, les bibliophiles en deux grandes catégories : ceux qui jouissent de la substance des livres, qui les traquent pour en extraire le contenu et s'imprégner de leur esprit, et ceux qui, les saisissant au passage pour s'en faire les conservateurs, en contemplent amoureusement la forme, les restaurent, les revêtent de pourpre et d'or et les sauvent des profanations du vulgaire.
Dans la première classe de ce vaste culte, on aime le livre pour ce qu'il contient ; on le recueille sous toutes ses formes et dans l'état où il se présente. Ces fervents investigateurs ne jetteront pas avec mépris le volume désiré, parce que les vers l'ont troué et dentelé ; ils ne s'offusqueront pas trop des taches d'encre et de cire, des annotations oiseuses, des mutilations de marges, ni des mouchetures rougeâtres produites sur le texte par l'humidité. La bonne condition est pour eux un point secondaire ; souvent même ils béniront l'accident qui a fait dédaigner une oeuvre rare, de l'opulent accapareur, pour la jeter entre leurs mains. Dans les rangs de ce groupe, les différences de goûts portent plus sur le fond que sur la forme.
Certains d'entre eux recherchent spécialement les oeuvres d'une langue déterminée, d'autres sont en quête de celles produites dans telle ou telle spécialité d'étude. Ceux-ci guettent les chroniques à légendes, les mémoires chaudement imprégnés de couleur locale, les compilations pittoresques, les commentaires historiques semés de savoureuses indiscrétions ; ceux-là s'attachent aux travaux des philosophes, aux poétiques rêveries des mystiques, aux hardiesses des penseurs prime-sautiers. D'autres récoltent les premiers efforts de la science sous leurs formes étranges et empiriques. Aux uns il faut des poètes et des conteurs ; aux autres, des satiriques et des pamphlétaires ou des hérésiarques avoués, heurtant audacieusement, au péril de leurs têtes, les idées de leurs temps.
Entre 2003 et 2005, la République du Bénin était en proie à toutes sortes de rumeurs relatives à la modification de la Constitution de décembre 1990 à des fins opportunistes. Une mobilisation citoyenne quasi inattendue a permis de déjouer cette perspective funeste et anti-démocratique. Cet ouvrage procède à une analyse et un décryptage méthodique des tenants et des aboutissants des confrontations militantes et intellectuelles, voire politiques, de cette période.
Ce troisième volume consacré à la période 1945-1960 est jalonnée par trois référendums (en 1945, 1946, 1958) et deux Constitutions (1946 et 1958). Des noms illustres l'ont marquée, ceux du général de Gaulle, René Coty, René Pleven, Pierre Mendès France, Gaston Defferre, François Mitterrand. Face à eux : Félix Houphouët-Boigny, Lamine Guèye, Ouezzin Coulibaly, Ruben Um Nyobé, Léopold Senghor, Mamadou Konaté, Sékou Touré, Gabriel Lisette, Jean Félix Tchicaya, Modibo Keita, Sylvanus Olympio, Barthélemy Boganda, Djibo Bakari pour ne citer que ces noms parmi une longue liste de bâtisseurs de l'Afrique.
Le Cameroun engage l'une des plus importantes mutations de son histoire institutionnelle et administrative. Replaçant la décentralisation au coeur des enjeux de la construction de l'Etat et de la Nation, et la mettant dans une perspective managériale moderne à l'ère de la mondialisation, l'auteur donne aux analystes et politiques les clés de compréhension et les outils de régulation d'une question complexe.
Peu de temps après sa reconnaissance en 1908, la colonie du Congo belge participe activement à la première guerre mondiale au terme de laquelle elle se lance dans un programme de développement économique du pays, bientôt contrarié puis interrompu par l'effet sur l'économie mondiale du crash financier aux Etats-Unis. La colonie se relevait à peine de cette épreuve qu'elle fut impliquée entièrement dans la seconde guerre mondiale, militairement d'abord, économiquement ensuite pour compenser, chez les Alliés, la perte des productions de leurs territoires d'Extrême-Orient. La guerre aura pour autre conséquence un exode significatif de la population rurale vers les grands centres, y créant des masses détribalisées.
Le remplacement dans ces centres du personnel européen mobilisé par des Congolais évolués, et la prise de conscience chez ceux-ci, de leur capacité à remplir ces charges occupées jusque-là par des Européens, va faire émerger, dans les grandes villes. A la sortie de la guerre, la colonie existe depuis 37 ans, et pour la première fois des plans de développement gigantesques peuvent être mis en œuvre et réalisés.
C'est le moment choisi par l'O. N. U et les deux grands Blocs pour attaquer frontalement la gestion du Congo. L'Etat belge n'est pas de taille à contrer pareilles attaques; il abdique et préfère laisser la place aux partis politiques congolais naissants. En 1960, la colonie du Congo belge n'existait que depuis un demi-siècle et était, de très loin, la plus prospère économiquement et la mieux gérée socialement de l'Afrique noire.
Petit lexique pour comprendre les notions.
Accord d'Abuja : Accord signé le 5 mai 2006 à Abuja (Nigeria), en vue de ramener la paix dans le Darfour, vaste région de l'Ouest soudanais ravagée depuis 2003 par l'un des conflits les plus violents de la planète, avec ses 180 000 morts et ses 2 millions de personnes déplacées. Les négociations de paix d'Abuja sur le Darfour ont débuté en août 2004...
Conflit informationnel : Le développement des technologies de l'information et de la communication ont bouleversé les conditions de la guerre. Elles permettent de nouvelles hégémonies et de nouvelles stratégies de domination. Nombre d'outils de communication sont devenus des moyens de perturbation et de manipulation...
Differend : Dans le domaine des relations internationales, un différend signifie tout conflit entre deux ou plusieurs Etats, ou tout conflit à l'intérieur d'un Etat constituant une menace grave à la paix et à la sécurité, ou une rupture de la paix et de la sécurité à l'intérieur d'une organisation internationale ou régionale regroupant plusieurs Etats...
Génocide : Un génocide est qualifié comme tel sur une analyse juridique de critères définis par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide du 9 décembre 1948 de l'ONU. Cette convention définit qu'un génocide est commis dans l'intention de détruire, tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel. Le nombre de morts n'est donc pas le critère déterminant. Après le génocide...
RMA(A : Revolution in Military Affairs) : Révolution dans les Affaires Militaires. Propositions contenues dans l'agenda du président Georges W. Bush, parmi lesquelles la sortie des traités ABM, le programme de défense anti-missiles, la transformation de la doctrine stratégique et des forces US. La RMA est l'un des concepts centraux...
Ce lexique est une mise à jour d'un travail réalisé pour le compte du Département des Affaires du Désarmement du Secrétariat général de l'ONU, lorsque l'auteur y séjournait en 1987. Il avait alors obtenu l'autorisation du Sous-secrétaire général chargé du département pour sa publication, après le succès connu auprès des délégations américaine et soviétique.
L'absentéisme au travail constitue l'une des préoccupations actuelles majeures de nombreux chefs d'entreprise, notamment en Afrique où les Etats se sont engagés dans la lutte pour la réduction de la pauvreté. Ce livre renvoie à la nécessaire prise en compte des valeurs croyances et besoins des travailleurs comme préalable à la compréhension des motifs d'absence et donc à l'élaboration de toute politique de réduction de ce comportement. De nombreuses analyses de cas africains ont servi à illustrer les théories explicatives de ce dysfonctionnement.
Etatisme, libéralisme, bonne gouvernance. Après 50 ans de développement, retour à la case de départ. Comment peut-on expliquer, après tant d'années et tant de recettes proposées, l'échec des politiques de développement assorties d'une pauvreté massive dans les pays du Sud ? L'objectif de ce livre est de rendre compte des mutations profondes dans les trajectoires économiques des pays en développement et, plus particulièrement, des pays les moins avancés via l'analyse des fondements des paradigmes du développement expérimentés de 1950 à la fin des années 1970.
L'auteur explique ainsi les raisons pour lesquelles les institutions financières internationales (Banque mondiale et Fonds monétaire international) interviennent aussi intensément dans la vie économique des pays dits pauvres et plus spécialement en Afrique. Au-delà des effets d'annonce et des grands discours au niveau international sur les bienfaits de la bonne gouvernance depuis le début des années 1990, l'auteur discute aussi de la nature économique de ce concept pour mettre en évidence les faiblesses des mécanismes politiques et économiques mis en œuvre. Ce livre s'adresse aux enseignants et aux étudiants en économie et sciences politiques.
Le développement est avant tout un problème de civilisation. C'est pourquoi le développement de l'Afrique impose une réflexion profonde sur la civilisation africaine, dans ce qu'elle a de fondamental. Qui sommes-nous ? D'où venons-nous ? Il faut continuer à creuser, à diffuser et nous ne le faisons pas. Nous trouvons toujours une justification apparemment convaincante à notre démission : nous sommes pauvres... L'afropessimisme trouve ses racines les plus profondes dans ce type de démarche. Il faut donc tout reprendre à zéro.
Dans la nuit du 6 au 7 avril 1994 commençait, au Rwanda, le dernier génocide du XXè siècle et le plus rapide de l'histoire qui, en une centaine de jours, a emporté plus d'un million de vies. Cédric Ngoga attendait son tour parmi une foule de Tutsis en train de se faire tuer par les génocidaires lorsqu'il vit ses assassins se sauver. A 16 ans, il rejoint alors l'armée rebelle qui venait de lui sauver la vie... Dix ans après, désormais installé en Belgique, il décide alors de s'asseoir et d'écrire son histoire.
Au début du XXe siècle, sous l’impulsion d’un monarque exceptionnel, Menilek II, l’Éthiopie cherche à entrer dans la modernité. Le Roi des rois établit avec les nations occidentales en pleine expansion coloniale une relation d’égal à égal toujours ouverte, souvent chaleureuse, parfois houleuse. Avec le soutien d’un prince éclairé, le ras Mäkwännen, père du futur empereur Haylä-Sellasé, il met une jeunesse en situation de parfaire la relation avec les cultures ultramarines, notamment d’en intégrer les savoirs technologiques.
Progressiste avant l’heure, cette « Jeune Éthiopie » grandit souvent à l’ombre du clergé catholique, notamment les Capucins installés autour de Harär. Parmi eux l’oncle de l’auteur : Berhanä-Marqos Wäldä-Tsadeq. Curieux et sagace, industrieux et passionné, la première partie de sa vie d’homme se déroule dans l’enthousiasme patriotique de la modernisation et la joie de participer au mieux-être d’un peuple misérable. Cette trajectoire généreuse se trouve interrompue par l’invasion italienne qui vient changer le rythme de ces volutions et remettre en cause avec brutalité un ordre peut-être obsolète mais néanmoins séculaire.
Un livre attachant dont le plus grand mérite tient à ce qu’il nous offre la vision par un Éthiopien des premiers pas hésitants d’un grand pays vers la modernité.
Mickaël Bethe Selassié est né en 1951 à Diré-Dawa. Il fait ses études secondaires au lycée franco-éthiopien Gäbrä-Maryam où il obtient un baccalauréat scientifique en 1970. Il entreprend alors en France des études de physique-chimie qu’il abandonne au bout de trois ans pour se tourner vers sa vraie vocation, l’art. Il se consacre ainsi depuis 1981 à la peinture et à la sculpture. L’artiste vit et travaille à Paris.
« Autobiographie intellectuelle », selon l’expression de l’auteur, Le Germe et le terreau : quête identitaire d’un prêtre se veut holistique et récapitulatif de la vie de l’homme, du prêtre et de l’intellectuel soumis aux réalités de l’âme et du corps. Comment être prêtre en Afrique? Comment être prêtre africain en Occident?
L’oeuvre se lit en grande partie comme un livre de confidences, en forme de dialogue, technique qui a le mérite de circonscrire avec clarté les différents sujets abordés : l’amitié, le bénévolat, le célibat, la maladie mentale, le mariage, le racisme, le sport, etc.
D’une richesse à la fois humaine et pastorale où l’auteur brosse les multiples facettes de sa personnalité, nous dévoilant ainsi quelques aspects de son mystère, Le Germe et le terreau se déploie d’une façon sérieuse, parfois avec un humour tout africain qui ménage une belle place aux proverbes et aux dictons savoureux comme ce « On ne peut pas labourer, semer, récolter et manger le même jour ».
Philippe Mabiala produit un texte qui est l’essence même de l’enseignement de Jésus : ouverture désintéressée à l’autre, disponibilité envers l’humain, goût de fraterniser avec la différence. Les nombreuses références aux évangiles ajoutent au bonheur d’un récit analytique où la spiritualité du désir est confrontée à la « dramacité » de la vie. Un récit qui, vers la fin, emprunte une forme poétique touchante à bien des égards.
Philippe Mabiala, Ph.D, est prêtrecommunicateur congolais (de Brazzaville). Après une dense expérience pastorale en Afrique comme curé, il a parachevé sa formation intellectuelle en Occident.
Tout en exerçant son service pastoral au Québec (Canada), il s’est spécialisé en communications sociales de l’université Saint-Paul d’Ottawa et a soutenu une thèse de doctorat en théologie au Collège dominicain à Ottawa. Il est membre de l’Union catholique internationale de la presse (UCIP).
On peut le joindre à : kisinza@gmail.com


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