1. Réveil FM: Parlez- nous des activités de l’Upads, quel est le climat actuel qui règne en son sein ?

Ange Edouard Poungui : Depuis décembre 2006, l’Upads est sortie d’une longue léthargie en organisant son 1er Congrès extraordinaire qui a donné naissance à une nouvelle direction qui elle, s’attèle à restructurer le parti et à le positionner sur l’échiquier politique national. Parce que pendant plusieurs années l’Upads était absent du paysage politique congolais. Depuis, nous nous attelons à le faire vivre. Certes, notre parti qui a connu une longue période d’inactivité traverse quelques difficultés également. Ce qui est tout à fait normal pour une organisation politique qui se veut pluraliste. Le pluralisme est effectivement présent au sein de l’Upads, voila pourquoi on entend parfois plusieurs sons de cloches qui ne sont pas toujours concordants. Mais dans l’ensemble, le parti est rassemblé autour de son Président Fondateur, le Professeur Pascal Lissouba qui demeure aujourd’hui notre leader. L’Upads s’est déjà positionné au niveau national. Il est considéré par tout le monde comme le premier parti d’opposition au Congo. Nous avons quelques députés à l’Assemblée nationale, au Sénat, et plusieurs conseillers dans les communes et conseils départementaux. Donc l’Upads se porte bien et nous sommes prêts à engager les batailles politiques que le peuple congolais va affronter.

2. Réveil FM: M. le Président depuis le 30 novembre 2008, vous avez été désigné, candidat de votre parti à l’élection présidentielle du mois de juillet prochain, comment s’est passé cette désignation et pourquoi avoir accepté ce choix ?

Ange Edouard Poungi: Pour la première fois dans l’histoire des partis au Congo, un parti, l’Upads est le seul et le premier à avoir organisé des primaires en son sein, pour désigner son candidat à l’élection présidentielle. Cette désignation s’est faite de la manière la plus démocratique. D’abord, le bureau politique de notre parti s’est réuni au mois d’Aout et a arrêté le calendrier qui nous mène jusqu’à cette élection présidentielle. Le bureau politique a lancé un appel à candidature au mois d’aout et a fixé au 30 septembre de la même année, la date de clôture des dossiers de candidatures. J’ai personnellement répondu à cet appel et j’ai déposé ma demande à la direction du parti. Cette demande a donc été examinée par une commission technique constituée par le secrétariat national et la commission de contrôle conseil de discipline. Le Bureau politique s’est ensuite réuni pour examiner la conformité des dossiers de candidature avec les critères préalablement définies. Le scrutin s’est déroulé à bulletin secret et c’est quasiment à 90% que ma candidature à été plébiscitée par ces primaires. Voilà donc comment j’ai été démocratiquement désigné candidat de l’Upads à la présidentielle de 2009. J’ai accepté ce choix,

3. Réveil FM: Votre parti a été au pouvoir, qu’est ce que le Congo peut attendre de l’Upads et de vous en tant que candidat, une fois aux affaires ?

Ange Edouard Poungui: Pour ce qui est de mon parti, malgré les conditions difficiles dans lesquelles elle a dirigé le pays, l’Upads à travers le Président Lissouba a jeté les bases d’une relation plus équitable entre ceux qui exploitent nos richesses naturelles notamment le pétrole, et le Congo. C’est le fameux contrat de partage. Il a été initié par le Président Lissouba et c’est ce qui rapporte aujourd’hui au pays des ressources substantielles, qui malheureusement ne sont pas utilisées de manière rationnelle à bon escient en faveur de notre pays. C’est un aspect que personne ne peut nier car c’est la réalité. En ce qui me concerne modestement, oui, j’ai exercé les fonctions de Premier ministre mais dans les conditions du parti unique. J’ai par ailleurs assumé les fonctions de Directeur général d’une banque, la Banque Commerciale Congolaise, tout le monde sait que j’ai porté cette banque à un niveau tel que nous avons fait figurer la BCC au premier rang des banques associées au Crédit Lyonnais en Afrique. En termes de bilan nous avons atteint des niveaux record. Je suis hanté par un espoir de changement, c’est pourquoi j’invite le peuple congolais au changement. J’y suis personnellement engagé. C’est ainsi que je dis « C’EST LE MOMENT ! ». Nous ne devons plus être les derniers de la classe, nous devons avancer ensemble avec les autres nations. Mon peuple doit retrouver la confiance en soi et sa dignité. L’heure de la Rupture, de la Relance de l’Action a sonné.

4. Réveil FM: Quelles sont vos relations avec le Président Sassou ?

Ange Edouard Poungui: Le Président Sassou est à la fois un ami et un parent, puisque mon épouse est proche de la famille présidentielle. Mais il n’en reste pas moins que c’est avant tout un adversaire politique. C’est sur ce terrain là que je le combat, parce que je ne suis pas d’accord avec sa politique. J’estime qu’avec les moyens dont il dispose, il aurait pu donner à rêver au Congo, et donner des moyens plus décents au peuple congolais. Or, ce n’est pas ce qui se passe, le Président Sassou totalise plus de 25 ans au pouvoir, on peut faire son bilan. Et surtout, le plus important et je le dis avec gravité, Je crois qu’il n’était pas nécessaire de faire couler tant de sang des congolais pour revenir au pouvoir. Et ça c’est quelque chose qu’aucun congolais n’oubliera. Personnellement, je ne l’oublierais jamais. Le nombre de morts que nous avons eu pour un fauteuil n’était pas du tout nécessaire. Le nombre de morts que nous avons eu pour un résultat aussi minable n’était pas justifié. Tout comme le recul que nous subissons aujourd’hui. On ne pouvait pas poser des actes aussi graves quel que soit les raisons qui les ont motivé. Des raisons qui du reste ne sont en réalité que des prétextes. Voilà le point divergences que j’ai avec mon bel oncle et ami, le Président Sassou.

-5. Quelles sont vos chances de réussite aux élections présidentielles, sachant que l'ensemble des questions relatives à l'organisation n’est pas réglé? Allez-vous demander la restructuration de la commission électorale indépendante avant d'y aller?

Ange Edouard Poungui: Nous savons qu’à ce jour, il y a plusieurs questions qui n’ont pas été résolues, notamment le récemment des électeurs et la question de la transparence de la commission électorale indépendante. Je vous signale que certaines régions n’ont pas connues des recensements que le pouvoir a organisés, c’est le cas de la région du Pool. Dans ces conditions, les listes électorales doivent être révisées pour permettre aux Congolais de prendre part au scrutin.

En ce qui concerne la commission électorale (CONEL), elle doit être véritablement neutre, malheureusement elle n’est composée que des gens qui appartiennent au pouvoir. Peut-on parler d’une structure neutre avec tout ça ? Le pouvoir a peur d’échouer puisque M Sassou et ses sbires, les savent parfaitement. Voilà pourquoi ils ne veulent pas que les choses soient clairement établies. Croyez-moi, si cette élection est organisée dans les meilleures conditions et en toute transparence, nous serons indiscutablement vainqueurs! En effet, les Congolais ne ferons pas confiance au pouvoir qui les a chosifié et ruiné pendant 25 ans de règne. Eu égard à cette situation, nous avons beaucoup de chances de l’emporter. Je précise néanmoins que le cas où tous les éléments ne seront pas réunis, nous prendrons avec les autres formations de l’opposition, toutes nos responsabilités. Mais à l’heure actuelle, nous continuons à dialoguer avec le régime en place pour discuter les modalités pratiques, en vue de solutionner de cette épineuse question.

6. Réveil FM: M. Isidore Mvouba a indiqué sur le plateau d'une chaîne de télévision à Paris, que toutes les conditions sont réunies pour que ce scrutin ait lieu. Il a ensuite ajouté qu'ils n'ont pas peur de perdre puisque les Congolais leur font confiance. Pour emprunter sa propre formule, il a même déclaré : "qu'on ne change pas une équipe qui gagne". Quel regard portez-vous à ses déclarations?

Ange Edouard Poungui:Compte tenu de la gravité de la situation qui prévaut au pays, on ne pourrait pas s’attendre à des telles déclarations que je qualifie de fantaisistes. Le Premier Ministre M. Mvouba a toujours été contredit par les membres de son propre gouvernement, ses déclarations sont parfois contradictoires. Je suis déçu par ces genres de propos et nous demandons aux Congolais de se mobiliser pour former un bloc autour de l’UPADS, enfin que nous fassions partir cette équipe. Elle n’a rien gagné au contraire, c’est une équipe qui a fait perdre aux Congolais toutes les valeurs. Avec tous les moyens dont il dispose, le président Sassou aurait pu créer des meilleures conditions de vies à nos compatriotes. Hélas ! Ce n’est pas le cas.

7. Réveil FM: L'un de vos collègue et adversaire politique, j'ai cité Mathias NZO, vient d'être agressé pour des raisons peut-être liées à ses intentions politiques. On sait que vous allez bientôt entrer en campagne et visiter vos bases, à ce sujet avez-vous des craintes particulières?

Ange Edouard Poungui: Encore une fois, nous déplorons cette attitude qui témoigne l’angoisse et la peur du pouvoir. Au nom de quel principe doit-on attaquer tous ceux qui ne partagent pas les mêmes opinions que M. Sassou ? Malgré ces comportements, nous ne serons pas intimidés et nous lançons un appel aux Congolais pour qu’ils soient vigilants et prendre la destinée de notre nation en mains.

8. Réveil FM: Monsieur le président, on ne peut pas gagner les élections seul dans le contexte congolais et on que votre parti serait peut-être bien placé pour l'emporter, mais au cas où vous éprouverez des difficultés avec qui allez-vous composer?

Ange Edouard Poungui:Nous travaillons avec toutes les formations politiques pour que les alliances soient crées. D’ailleurs nous avons mis sur place une plateforme qui regroupe dix sept partis politiques. L’objectif de cette structure est de trouver une alternative au système actuel. Entre temps, chacun de nous se présentera seul devant les électeurs. Ce n’est qu’au deuxième tour si cela aura lieu que nos alliances seront concrétisées.

9. Réveil FM: Vous êtes du sud et on sait pertinemment que dans cette partie du pays, il y a eu beaucoup de divisions et guerres civiles. Quel message passerez-vous à vos compatriotes qui y habitent pour qu'ils fassent encore confiance aux politiques?

Ange Edouard Poungui:Cette région a souffert énormément des rébellions et guerres civiles qui ont endeuillés notre pays. Au nord aussi, il y a eu des victimes de ces situations. Pour mettre fin à ces guerres, il faut que nous ayons un pouvoir démocratiquement élu. Je demande à mes compatriotes de saisir cette opportunité afin que nous mettions fin à la dictature de M. Sassou.