L'Afrique malade de ses hommes politiques ?
Par James Bénédict Ngumbu, mercredi 4 mars 2009 à 10:40 :: liens :: #307 :: rss
L' ouvrage qui scrute profondément les conséquences de l’instabilité politique en Afrique sub-saharienne est écrit par Robert Dussey. Universitaire, ancien médiateur politique togolais en liaison avec la communauté Sant’ Egidio, Robert Dussey, est le conseiller diplomatique du président Faure Gnassingbé. Pour lui, les causes du malheur africain sont endogènes. S'inscrit-il dans l'afro-pessimisme ? L'auteur fait une autocritique de la gouvernance du continent africain dans une démarche d'afro-optimiste.
Ce livre n’est pas une interrogation ni un simple pamphlet, mais une nette affirmation parce que son auteur décortique en toute liberté, la situation globale du continent. Il établit un diagnostique de la gestion en pointant du doigt les chefs d’Etats africains.
Comment un conseiller d’un chef d’Etat peut-il porter un jugement critique sur cette question si délicate?
C’est pour répondre à cette interrogation que l’orateur s’est livré aux questions des chevaliers de la plume et a apporté librement des précisions additives à l’équation. Selon Robert Dessey, souvent l’Africain a tendance à stigmatiser l’occident en particulier et le monde extérieur en général pour les malheurs qui frappent les Africains. Certes le continent noir est connu grâce à son prisme calamiteux qui rythme son quotidien. Cela se résume aux épidémies diverses et surtout aux maux tels que la corruption, les guerres civiles qui brisent l’espoir des populations africaines.
Les difficultés que connait notre continent sont en réalité liées à la bonne gouvernance et au manque de responsabilité des élites. Une grande partie des dirigeants africains ne sont pas conscients des enjeux et mutations qui bouleversent le monde moderne. Ce livre tombe à pic en tout cas, pour certains Etats où la précarité et la misère des populations sont quasiment permenantes.
Le politologue togolais, divise les hommes politiques en trois catégories et chacun de cas est illustré par des exemples probants. La première partie est composée de ceux qui sont démocratiquement élus et dotés d’un bagage intellectuel conséquent, mais malheureusement ces gens ne sont là que pour s’enrichir. Il les qualifie des dirigeants inconscients, puisqu’ils ont tous les moyens et qu’ils n’arrivent pas à résoudre les problèmes du pays. La deuxième catégorie d’élites comprend les chefs d’Etats qui sont arrivés au pouvoir grâce à un coup de chance.
Ces piètres serviteurs de la nation sont soit moins formés, soit dans une moindre mesure, formé sur le tas et ayant un peu d’expérience. Là encore, les critiques à leur endroit sont remarquables. Ils sont souvent responsables d’une mauvaise politique et on les qualifie d’irresponsables.
La troisième partie est surtout décrie comme étant une classe des ignorants. Celle des dirigeants politiques qui n’ont reçue au cours de leur parcours, ni une formation adéquate ni encore moins une expérience professionnelle liée à l’exercice de hautes fonctions. Ce sont des gens qui ne sont pas à leur place et ils ignorent tout. Tous ces présidents ont une responsabilité de la vie politique de leurs pays. Ce qui est remarquable, c’est les précisons et les cas de figure que l’on retrouve dans l’ouvrage de l’universitaire Togolais.
Le déficit de leadership, source du sous-développement africain ? « L’Afrique est en tout cas en déficit de leadership et je me demande si aujourd’hui on peut encore parler des responsables politiques intègres ? Vers les années soixante, on parlait de l’Afrique de Nkrumath, de Lumumba, Senghor, Houphouet ou Modibo etc…. Pouvons-nous de nos jours citer ne fût-ce qu’un seul nom crédible ? » A –t-il déclaré.
Dans son analyse, l’auteur n’est pas aussi tendre à l’endroit des opposants africains car bon nombre sont dans la même situation. Il a donné l’exemple d’un opposant africain qui à ce jour, est devenu président et a reprit copieusement le schéma de son prédécesseur.
Cette attitude frise la comédie et la médiocrité !
En réalité, l’échec du développement africain est en grande partie la manifestation de la défaite de ses élites. Dans un continent où moins de 10% de la population est scolarisée, on comprend aisément que cette élite incapable, s’accapare tous les leviers de commandes de leurs pays respectifs pour brimer et escroquer la population.
Chose curieuse et révoltante, c’est que ce continent regorge de potentialités minières, minéralogiques, agricoles, de façon inestimable. Comment expliquer que ce continent au sous-sol riche soit aussi pauvre ? C’est aux Africains eux-mêmes de répondre à cette question. Les coups d’Etats : action salvatrice pour redonner de l’espoir au peuple !
Il se dit également contre les coups d’Etats. Toutefois, s’il y a lieu de redonner l’espoir au peuple, alors les coups de forces deviendraient des actions salvatrices. « Le changement doit s’imposer par la force et pour cela il faut avoir beaucoup d’imagination en vue de permettre à la nation de se développer. Dans ce cas, ces genres des coups des forces auraient un rôle important puis qu’ils peuvent apporter le bonheur aux populations. » S’est indigné l’orateur.
"L’Afrique malade de ses dirigeants " n’épargne personne du moins dans ses critiques.
Le rôle nocif des intellectuels qui encadrent les dictatures en Afrique est également débattu dans plusieurs chapitres. « Ces pseudo intellectuels africains, au lieu d’amorcer de vrais changements dans la société et jeter les bases d’un développement vrai, ont préféré se contenter de distraire leurs peuples en montrant continuellement « l’homme blanc » comme la cause de tous leurs malheurs".
Cet exercice est un pari risqué pour l’auteur car dans la plupart des cas, les conseillers et éminences grises des hommes politiques africains, livrent leurs secrets quand ils sont déchus du système. Cela se passe presque partout en Afrique et en République démocratique du Congo, on en connaît tellement que la gymnastique, devient parfois une grosse ficelle pour attirer la sympathie de ses compatriotes ou un moyen de faire vivre sa famille, après être viré du pouvoir. Pour sa part, Robert Dussey le fait au moment où il est en fonction. C’est à la fois un acte courageux et une prise de conscience si pas une lucidité d’esprit, d’autant que l’ouvrage suscite un débat.
Et pour clore les débats, la RDC a été au sujet des discussions. Bien que n’ayant pas citer implicitement le Congo démocratique, certaines critiques seraient parfaitement liées au système politique que connait notre pays.
Du rôle d’ignorant de son président, Joseph Kabila- puisqu’il est classé parmi la catégorie de ceux qui n’ont pas beaucoup étudier et dont la gestion serait abandonné entre les mains d’un clan, mieux d’une bande des profiteurs- la RDC se retrouve bien dans l’analyse de l’auteur. Que peut-on dire d’un pays qui a organisé des élections et qui au même moment traverse des crises politiques à répétition ? Comment peut-on comprendre que le débat d’idées pourtant reconnu comme socle de la démocratie, soit verrouillé par le système politique ? La réponse appartient aux Congolais eux-mêmes ! Pour prétendre apporter un changement et créer des mécanismes du développement, nous avons besoin d’un pouvoir crédible et qui se soucie du bien être de la population. Autrement, la RDC qui a sombré dans l’autoritarisme risque de le vivre pendant longtemps encore.


Commentaires
1. Le mercredi 4 mars 2009 à 10:58, par Maurice Mouta GLIGLI-AMORIN
2. Le mercredi 4 mars 2009 à 12:01, par sichendje vindicien
3. Le mercredi 4 mars 2009 à 12:46, par Virginie
4. Le mercredi 4 mars 2009 à 13:43, par Maurice Mouta Wakilou GLIGLI-AMORIN, Bruxelles
5. Le mercredi 4 mars 2009 à 15:59, par Marie-Jacqueline
6. Le mercredi 4 mars 2009 à 19:43, par Musengeshi Katata
7. Le jeudi 5 mars 2009 à 17:53, par Tayo Bawa
8. Le samedi 7 mars 2009 à 17:29, par Musengeshi Katata
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