Catherine Néris expliquant les enjeux des relations UE-ACP. De droite à gauche: James Bénédict Ngumbu, secrétaire général de l'APPA, prof. Rodny Daniel, conseiller spécial, Cathérine Néris et Freddy Mulongo

On reconnait dans l'assistance: Nicolas Abena, Canal TV du cameroun (Ier à gauche), Jean Noél de la Dépêche de Brazzaville ( au centre).

En effet, fondée sur la base d'un désir commun de rapprocher les élus de la Communauté européenne et ceux des Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, l’organisation ACP est devenue une institution unique au monde regroupant environ 78 pays et dont la tâche majeure est de traiter les questions relatives aux accords de partenariat économique qui les unissent tous.

Cependant, ses actions sont souvent ignorées ou moins connues dans nos sociétés faute peut-être, du manque d’une réelle volonté politique pour ne pas dire d’une absence de la vraie politique de communication. Quelle est la place des ACP dans le concert des Etats-nations ? Combien des personnes seraient informées de son impact ou de son existence tant en Europe que dans les pays en voie de développement ? La réponse paraît assez difficile à donner aux citoyens des pays concernés.

Pourtant l’efficacité de son travail est là. A ce constat malheureux, il convient d’ajouter que cette organisation serait ensablée dans les méandres de la diplomatie. Et dans cette période de crise financière internationale, la tâche des élus n’est pas aisée.

C’est pour répondre à toutes ces interrogations que l’eurodéputée, militante de la cause des marginalisés s’est livrée à la presse pour tenter de colmater les brèches.

Catherine Néris qui est membre du groupe socialiste au parlement européen (PSE), siège aussi à l’Assemblée Parlementaire Paritaire ACP-UE. Hormis d’autres fonctions qu’elle remplit pleinement d’ailleurs, elle siège à deux commissions : celle du marché intérieur et de la protection des consommateurs ; et celle de l’agriculture et développement rural.

C’est sous ces multiples casquettes que les organisateurs l’ont invité pour débattre avec les médias. Au cours de cette conférence de presse, très soutenue du reste par un grand nombre de journalistes - certains étaient venus même de Bruxelles - l’eurodéputée qui se dit fière de sa triple identité (Martiniquaise, Française et Européenne), a abordé sans langue de bois la question épineuse de l’intégration régionale.

«Trop souvent l'Europe est perçue comme cherchant à imposer à tout prix des zones de libre-échange à des pays pauvres et aux conditions assez critiques. Elle fait fi des demandes de nos partenaires, en prenant parfois des décisions à leur place. Cela a mis en péril l'image et la crédibilité de l'UE dans ces pays ».

« Il faut sortir de l’impasse et changer de logique dans ces négociations pour préparer des accords de partenariat économiques fiables qui contribuent réellement au développement des pays ACP», a t- elle indiqué.

James Bénédict Ngumbu et Catherine Néris à son arrivée au Cape

Comment renforcer la stabilisation des institutions et organes des ACP ?

L’enfant de la Martinique a souligné aussi l’importance des différents accords et le respect des partenaires du Sud dans la prise des décisions. Celles-ci ont été évoquées pendant la session de Bruxelles et même pendant d’autres rencontres, notamment celle tenue à Kigali.

« Il faut que les rapports de force soient rétablis entre les membres des ACP et l’Union Européenne. Nous devons également réfléchir sur la question de la remise des dettes des pays pauvres et dans certains cas, il faut tenir compte des contextes économiques des ces pays là ».

« En ce qui concerne les conflits qui déstabilisent bon nombre d’Etats, il est souhaitable que leur résolution soit confiée aux pays des régions proches aux zones des conflits».

Evoquant la position de la France vis-à-vis de ses relations avec les autres partenaires non membre des pays ACP, elle a émis le vœu de voir naître une véritable solidarité. « L’intégration est le socle de la solidarité et un pays est fort, quand il est intégré. On a l’impression que les ACP sont concurrencés par les pays tiers », faisait-elle remarquer.

Quid des différents accords de Lomé ?

L’ambiguïté des différents accords de Lomé qui ont vu le jour depuis 1963, était relevée par les journalistes présents dans la salle.

Répondant à une question d’un confrère de la télévision camerounaise, qui voulait l’interpeller sur l’impact des divers accords de Lomé et leurs retombées, Catherine Néris a avoué que certaines mesures concernant l’Afrique sont prises par les autres pays et surtout avec l’influence de l’Union Européenne.

Point n’est besoin de rappeler que ces accords ne sont pas véritablement adaptés aux aspects économiques de bon nombre des pays africains et ceux des autres régions.

Il faut ici rappeler que la capitale du Togo a abrité plus de quatre sommets pour tenter de créer un vrai partenariat, mais jusqu’à présent les résultats escomptés restent très médiocres dans l’ensemble pour ne pas dire inexistants. Lomé 1, 2, 3 ou 4 sont de vrais slogans creux !

Freddy Mulongo et Catherine Néris au Cape

« Je me suis abstenue hier sur une résolution votée au parlement européen, malheureusement je ne vais pas m’y attarder là-dessus. Cette résolution a démontré que le parlement européen se positionne sur des questions relatives à l’Afrique et les ACP ne sont pas concernés. Le passage en force n'est pas une option saine pour les relations entre l'Europe, l'Afrique et les autres partenaires des ACP», concluait-elle en substance.

Cette donne doit être intégrée dans les accords de partenariat et tenir compte du rôle de l’interface que joue l’assemblée paritaire entre les institutions et les populations concernées. En dépit des bonnes volontés observées, il faudra que toutes les parties s’accordent dans la transparence pour aller de l’avant.

Dans ces perspectives, la prochaine session parlementaire qui se tiendra au mois d’avril à Prague, doit recadrer ses priorités et répondre impérativement aux différentes attentes, pour contribuer activement à la mise en œuvre et au renforcement des conventions successives ACP-UE.

Le regard tourné vers la gauche pour les surprises !

Rudy Antonin, artiste Guadeloupéen a chanté son texte sur la Lumière.

Marie Martias (slameuse) qui a exhorté les journalistes présents d'être "Attentifs à fric de mon Afrique".

Pour mieux servir les faibles, Catherine Néris et ses paires doivent encore batailler fort s’ils espèrent apporter un plus aux populations Afro-Caraïbo-Pacifiques. Et c’est sur le terrain de la communication qu’il faut affûter les armes !