violences faites aux femmes, stratégie de guerre ou moyen de gratification politique au Congo ?
Par James Bénédict Ngumbu, mardi 31 mars 2009 à 21:45 :: liens :: #335 :: rss
Mme Bintu Mulongo, présidente de l'Afas lors de sa conférence de presse au Centre d'accueil de la presse étrangère (Cape)
Dans le cadre de la journée internationale de la femme décrétée par l’organisation des nations unies (ONU), plusieurs événements ont été organisés en France durant le mois de mars, par des nombreuses associations pour dénoncer les violences faites aux femmes. A Paris, l’association Action des Femmes Africaines Solidaires pour le Développement (Afas), a tenu ce 28 mars un important colloque dans la prestigieuse salle Carnavalet de l’hôtel Holliday Inn.
Au cours de cette rencontre, beaucoup de personnalités indépendantes (chercheurs, étudiants, musiciens, pasteurs, juristes, journalistes ou défenseurs des droits de l’Homme) et de toutes les origines, se sont exprimées sur cette calamité. Face à l’extrême gravité des violences sexuelles subies par les femmes en République démocratiques du Congo, la présidente de l’Afas, Mme Bintu Mulongo a voulu donner un impact considérable à son action.
« En organisant cette rencontre, notre objectif n’est pas seulement de sensibiliser les pouvoirs publics tant à Kinshasa qu’ici en France, car cela a été déjà fait. Aujourd’hui, nous devons agir tous ensemble pour mettre fin aux violences sexuelles qui sont devenues monnaie courante en République démocratique du Congo et plus précisément dans les provinces du Kivu». A-t- elle martelé.
James Bénédict Ngumbu, Secrétaire Général de l'APPA et Modérateur du Colloque; Mme Claire Mwanabiele (Ceaf); Mme Bintu Mulongo, présidente Afas; Mme Jacqueline Keita, Secrétaire-rapporteur Afas
M.Jean Jacques Ngangweshe, chercheur congolais; M.Ando Tshangatshanga orateur principal sur la situation géopolitique de la RDC et le secrétariat de l'Afas
En effet, il sied de noter que diverses tables rondes étaient prévues.
De l’action humanitaire au rôle des politiques, en passant par l’évangile, rien n’était laissé au hasard par les organisatrices. D’abord, il était question de parler de la place de la femme congolaise dans la société et dans ce chapitre, Mme Claire Mwanabiele de la communauté des églises d’expression africaine en France (Ceaf), une plate forme qui regroupe plus de cinquante églises de réveil, a su placer les mots convenablement pour encourager la femme congolaise. « En tant que femmes chrétiennes et Congolaises, nous sommes concernées par des viols qui se perpétuent au Congo. Laissez-moi vous dire que la femme a reçu tout de Dieu, pour créer une surprise car nous avons en nous, la force, l’équilibre et la puissance. Il faut que la femme se lève pour combattre l’inégalité et les violences dont elle est victime. Je voudrais vous signaler que l’église n’est pas en dehors de la société. Et comme Esther dans la bible, notre devoir est de dénoncer ces atrocités qui sont d’un autre siècle ». S’est-elle exclamé!
Il faut rappeler que depuis la signature de l’accord global et inclusif de Sun City, en 2002, en Afrique du Sud, la République démocratique du Congo connaît une série des conflits sanglants dans les provinces du Kivu et c’est dans l’indifférence générale de la communauté internationale que cela se passe. Le Nord Kivu où se situe la plus grande partie des conflits, est une région extrêmement riche en minerais. Ces ressources naturelles attirent la convoitise de nombreuses personnes et des multinationales.
L’intensification de ces conflits est l’occasion pour des belligérants de contrôler les zones minières et de commettre les pires atrocités sur les femmes et les enfants. C’est dans cet esprit que les femmes congolaises ont voulu attirer l’attention des participants, en se différenciant des hommes qui se divisent à cause de leurs appartenances idéologiques.
Et tout récemment, les différentes signatures des accords de paix qui ont eu lieu au Congo, notamment Amani, Goma, Nairobi 1 et 2 et autres, n’ont pas résolu la question. Les viols ne cessent de s’accentuer dans ces zones et les civils continuent d’être tués, enlevés ou torturés par des groupes armés et même par des soldats de l’armée gouvernementale.
Prenant la parole au nom de son association, Mme Jacqueline Tiencheu qui est venue spécialement du Cameroun, s’est montrée très critique à l’endroit de décideurs politiques.
« Il y a trop des contre valeurs dans nos sociétés. Il faut que les femmes se battent pour que la société africaine soit respectée. Quand j’entends tout ce qui se passe au Congo, je me demande que fait le gouvernement congolais pour défendre ses compatriotes ? Nous assistons à une barbarie indescriptible et il n’ y a pas un mot qui convient pour dire exactement ce qui se passe au Kivu». A-t-elle indiqué.
Le regard de la femme sur le conflit en République démocratique du Congo, était très intéressant d’autant que les femmes africaines ont montré leur solidarité à leurs consoeurs congolaises. Il convient de signaler que plusieurs nationalités étaient présentes dans la salle. On a noté la présence des Congolaises, Françaises, Camerounaises, Centrafricaines, Mauritaniennes, Sénégalaise etc…
Les interventions de Lucie Agbo (Centrafricaine) de la Cimade, ou celle de Maître Danielle Babin (Congo-Brazza), responsable de l’association Volte-face, étaient édifiantes. La première avait suggéré à l’assistance de transmettre un mémorandum aux autorités européennes et à l’Onu, pour éradiquer cette ’épidémie’. La deuxième a souhaité que des mécanismes juridiques soient crées pour traduire les auteurs de ces actes devant la justice internationale. Ces propositions ont été adoptées unanimement. Il en est de même avec d’autres participantes qui se sont exprimées brillamment dans différentes tables rondes. C’est le cas de Mme Aïssata Ba de GRDR, qui a souligné l’importance de la reconstruction après le conflit.
Mme Aïssata Ba, responsable-programme:migration,citoyenneté et développement de GRDR; Maitre Danielle Babin, présidente de volte-face qui s'occupe de jeunes filles prostituées au Congo-Brazzaville
On reconnait sur la photo: Bravo Mbumba, Carenne Mbumba et Helène de l'Association des Jeunes-Franco-Congolais
La jeunesse franco-congolaise a emboîté les pas à ses aînés. Les mots n’ont pas suffit pour expliquer ces crimes du côté des jeunes. L’une d’elle, Mlle Carenne Mbumba, qui est la présidente de l’association des jeunes Franco-congolais (Ajfc), a fustigé le silence de l’occident dans ce qu’elle appelle le calvaire congolais. « Notre étonnement est de voir que le crime et délit sont mutualisés par des organisations bien connues et que ces positions sociales des criminels, sont utilisées comme moyen courant d’accéder au pouvoir ou de s’y maintenir ». S’est-elle inquiétée.
Elle a évoqué aussi le rôle de la jeunesse dans ce combat tout en soulignant, les démarches entreprises en amont par cette association. Il s’agissait de la conférence de presse qu’elles ont organisé conjointement au Centre d’accueil de la presse étrangère (Cape), avec l’Afas, au début du mois. Ces observations prouvent encore une fois, que la République démocratique du Congo est aujourd’hui épinglée dans toutes ses facettes. Après la visite du président Sarkozy dans ce pays, on se demande si les autorités congolaises ont compris au moins le message et jusqu’à quand seront-elles complices des violences sexuelles qui détruisent leurs compatriotes ?
Mme Charlotte Kaniki, trésorière Afas; Mme Odette Yowali Mamgbongase, Vice-présidente Afas; Mme Lucie Agbo de la Cimade; Mme Joelle Fodor d'Avenir Culture Stratégie Evolution et Développement (Acsed); Mme Jacqueline Tchiencheu, Afitex International, pôle Afas-Cameroun
Une vue partielle de l'assistance
A cela s’ajoute également les fameuses amnisties accordées aux seigneurs de guerres. L’opinion se rappellera que Joseph Kabila qui s’est exprimé devant la presse lors de l’arrestation de Laurent Nkunda, qu’il a souhaité « gratifier » les responsables du Cndp que de les extrader à la CPI pour répondre de leurs crimes.
Aux dernières nouvelles d’ailleurs, bons nombres de ceux qui ont commis des viols au Kivu sont devenus depuis janvier dernier, ministres et responsables militaires en RDC, grâce aux accords signés à Nairobi entre le gouvernement congolais et le Cndp, sous la bénédiction de la communauté internationale. Voilà, la recompose faite aux Congolaises par Joseph Kabila et son gouvernement !
Et comme si cela ne suffisait pas, le président congolais se moque éperdument de la gent féminine puisqu’il est sur le point de nommer Bosco Ntaganda (le chef de la rébellion congolaise et principal auteur des viols), au poste de chef d’Etat major de l’armée congolaise, alors qu’il est responsable des crimes et viols commis au Kivu. Cela prouve que le régime de Kinshasa, compte perpétrer les violences sexuelles donc sont victimes les femmes congolaises. Faut-il s’en douter encore ? Mais les autorités congolaises doivent savoir que quand la femme se lève, c’est toute une nation qui s’implique. Hormis, la détermination de la coordination d’Afas qui a déjà contacté l’association « Ni putes Ni soumises » et qui serait reçue par Rama Yade, les jeunes filles franco-congolaises qui ont répondu massivement à cet appel, sont déterminées à découdre avec les auteurs des violences sexuelles en République Démocratique du Congo. Il suffisait seulement de voir leurs motivations dans différentes tables rondes. Et à l’approche des élections européennes, en France et partout en Europe, leurs voix compteront pour se faire entendre, semble-t-il.
Cette rencontre a été animée par plusieurs groupes musicaux, tels que les jeunes de l’église « Arche » de la paix et bien d’autres. Tout cela sous les ovations des hommes qui ont voulu accompagner leurs épouses et filles dans ce long chemin.
Les jeunes franco-congolais dans l'assistance
Chants gospels pour la clôture du colloque sur les violences faites aux femmes congolaises
Cependant, il faut surtout saluer le courage des dirigeantes de cette organisation, notamment Mmes Odette Yowali, la vice-présidente qui était à la hauteur de ses responsabilités et Charlotte Kaniki, la trésorière qui a su coordonner avec rigueur l’aspect financier de cet événement. Beaucoup d’autres femmes ont apporté leur savoir, puisqu’elles se sont profondément impliquées dans cette manifestation. Chapeau bas, Mesdames !
En attendant, le rendez-vous est fixé au 31 mai prochain pour un concert de charité qui sera animé par plusieurs vedettes de la musique africaine et les recettes seront versées aux victimes des viols.


Commentaires
1. Le mercredi 1 avril 2009 à 00:23, par Julie
2. Le mercredi 1 avril 2009 à 09:24, par Jean-Paul
3. Le mercredi 1 avril 2009 à 11:58, par Joëlle Eskenazi
4. Le mercredi 1 avril 2009 à 13:52, par Lefils AJPBA-France
5. Le mercredi 1 avril 2009 à 16:25, par Claudine Mbuyi
6. Le mercredi 1 avril 2009 à 21:15, par Raphael Ngoma Tsasa
7. Le jeudi 2 avril 2009 à 10:38, par Marcel Yabili
8. Le jeudi 2 avril 2009 à 14:14, par Charlie Bondo
9. Le vendredi 3 avril 2009 à 03:22, par Yeh Meyi
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