Réveil FM Livres 09: Les fanatiques !
Par Freddy Mulongo, samedi 25 avril 2009 à 15:18 :: radio :: #353 :: rss
Bombes humaines, kamikazes ou terroristes... Pour une vérité qu'ils croient détenir, ces fanatiques sont prêts à donner jusqu'à leur vie.
Aujourd'hui, le fanatisme a tendance à s' étendre et à se radicaliser. Des groupes politiques les plus extrémistes aux mouvements religieux les plus intégristes, la violence devient la règle coutumière. Pourtant, derrière ces actes meurtriers, derrière ces violences, des hommes et des femmes militent pour des valeurs plus au moins hautes, plus ou moins exprimées mais qui mettent toujours en avant une certaine idée de l'humanité.
Brosser le portrait du fanatique, c'est lui donner un visage, toucher la personne qui se cache derrière le masque, approcher les idées par les personnes qui les incarnent et leur donnent vie. Dans certains cas, le fanatisme n'est qu'une folie passagère, mais, dans d'autres, il devient un mode de pensée et un mode d'action qui se systématise. Vivre en fanatique devient non seulement un moyen, mais aussi un but, une fin dernière. Le fanatisme a des degrés et tous les fanatiques ne se ressemblent pas.
Le fanatique est l'homme du sacré, mais pas n'importe quel homme, ni n'importe quel sacré. Il est celui qui se voue corps et âme à sa cause, jusqu'à l'excès, jusqu'à la plus folle passion. Et le sacré dont il est question est un sacré qui s'idéalise, qui s'absolutise au point de recouvrir même le champ censé lui échapper, le champ profane.
Le fanatique ne fait plus de différence, il est devenu un être monolithique.Le problème de l'excès du fantique, ce sont les conséquences tragiques que ne manque pas de créer son comportement. Ce ne serait pas si grave au fond si de telles conséquences ne touchaient que lui, mais ses actes produisent des effets en chaîne qui sont immensément dévastateurs pour autrui.
Bernard Chouvier, psychopathologue n'abandonne nullement l'idée de dégager la structure psychique qui fait le fanatique et le distingue de l'idéologue, de l'utopiste ou autre instigateur idéal.
1. L'inspiré est le premier modèle du fanatique, celui qui représente la relation la plus archaïque à l'objet religieux. Il est tellement imprégné de la présence de son dieu, tellement soumis au feu sacré qu'il se manifeste dans des conduites spectaculaires. Pour montrer qu'il a été choisi et que le divin a pénétré en lui, l'inspiré va jusqu'à la mort symbolique et partielle.
2. Le modèle de l'exalté conduit à la possession. Par le biais de la transe et d'adjuvants externes comme la musique ou les drogues, l'adepte sombre dans l'aveuglement complet et ne s'appartient plus. Il est instrumentalisé par un meneur.
3. Le possédé est capable de passer à l'acte violent contre autrui. Et la mère est capable d'assassiner ses propres enfants, comme dans la pièce d'Euripide, "les Bacchantes", où Agavé, possédée par Dioysos, égorge son fils, croyant avoir affaire à un lion.
4. Avec Pythagore,on voit apparaitre un tout autre type de fanatique, non moins violent, mais plus insidieux:l'initié. l'initié est un doctrinaire, un homme épris de raison mais qui se laisse peu à peu dévoyer par les travers de l'emprise sectaire. Sous couvert de recherches rationnelles, l'initié se laisse embrigader par un maître imbu de sa puissance, qui veut construire un mouvement destiné à pérenniser sa gloire. L'initié est programmé pour mener à bien cette tâche par tous les moyens dont il dispose.
5. L'enragé, quant à lui, substitue l'engagement militaire à l'investissement doctrinal. Il est asujetti à un chef sans scrupule qui fait de lui un bras armé.
6. Un nouveau type voit le jour avec le terroriste. Maximilien de Robespierre théorise la Terreur et en fait un mode d'action politique redoutable. Le terroriste se donne pour vocation de frapper d'effroi les esprits par des actions spectaculaires et sanglantes.
7. Le sacrifice de soi est un mode opératoire du fanatique qui dure depuis l'Antiquité mais qui revêt diverses formes selon les circonstances. Tantôt le martyr reste passif et le sujet se résigne au supplice et à la mort pour servir de figure identificatoire capable de séduire les futurs adeptes. Tantôt le martyr est actif et le sujet tente de faire triompher sa foi par un acte destructeur qui accompagne son propre sacrifice.
8. Le Kamikaze est une figure moderne du martyr qui ajoute le sacrifice de l'autre au sacrifice de soi.
C'est généralement durant l'adolescence que se fait l'entrée dans le fanatisme. Certains, en quête de connaissance, trouvent dans les textes normés et immuables de la religion des "mythes cachés" et des histoires pour lesquelles ils se passionnent. D'autres puisent dans les dogmes de gourous divers de quoi pallier le manque - voire l'excès - d'autorité de leurs parents. Mais si les uns s'en tiennent à la seule pratique de leur religion, d'autres, après une lecture radicalisée de ces doctrines décident de mettre leur vie au service de la foi. C'est notamment le destin de John Walker Lindh. Fuyant une vie banale qui destinait ce jeune catholique blanc à devenir un monsieur tout le monde, il s'embrigade dans les camps pakistanais d'Al-Qaïda sous le nom de Sulayman al-Faris et suit un entraînement qui le destine à devenir une "bombe humaine ». Ces fanatiques sont parfois des individus isolés qui, incapables de trouver leur place dans la société, s'investissent d'une mission divine et décident de s'autodétruire en faisant le plus de dégâts possible. Le Coréen Cho Seung-Hui en est l'un des exemples les plus flagrants. Cet étudiant, fils d'une famille modeste de Virginie tue, en avril 2007, trente-deux "gosses de riches débauchés" de l'Université "Virginia Tech" au motif qu'ils vivaient "dans le luxe et la luxure".
Aujourd'hui, bien que l'islamisme constitue l'un des foyers les plus connus du fanatisme, d'autres mouvements radicaux semblent s'engager dans la même voie, depuis la politique jusqu'aux sciences humaines.
Bernard Chouvier est professeur de psychopathologie clinique à l'université Lyon-II. Il dirige depuis dix ans le centre de recherche en psychopathologie et psychologie clinique de cette même université.


Commentaires
1. Le samedi 25 avril 2009 à 15:31, par Yeh Meyi
2. Le samedi 25 avril 2009 à 20:55, par Nestor Bidadanure
3. Le lundi 27 avril 2009 à 14:42, par M.K.
4. Le vendredi 8 mai 2009 à 18:59, par Prince
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