Les vérités de Martin Ziguélé
Par James Bénédict Ngumbu, jeudi 14 mai 2009 à 20:53 :: liens :: #384 :: rss
Martin Ziguélé, ancien premier ministre de Patassé et président du MLPC
« Dans tous les pays africains et même ailleurs, les opérations militaires sont gérées par le Président de la République, le chef d’Etat major de l’armée et le Ministre de la défense. Le gouvernement est informé par le canal du Ministre de la défense. Pourquoi deux poids, deux mesures dans le cas de la RCA ? » s’interroge Ziguélé
Comme nous annoncions au cours de nos précédentes éditions et après avoir respecté nos engagements pris auprès des partenaires du réseau «« Club Plus News» qui viennent de diffuser tous, cette interview dans leurs médias à Kinshasa, Bangui, Brazzaville et dans les médias de la diaspora, nous publions intégralement l’interview de l’ancien Premier Ministre du gouvernement Patassé.
Paris, 06 mai 2009 au Cape, la conférence de presse de Martin Ziguélé a été animée par deux professionnels des médias africains:James Bénédict Ngumbu (Appa) et Nicolas Abena (Ape). Une initiative très appréciée et encourageante
L’imbroglio politico-judiciaire dans lequel s’affrontent le procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI), Luis Moreno Ocampo et l’ancien vice-président congolais, Jean-Pierre Bemba Gombo qui est accusé des crimes de guerre, pour avoir envoyer ses hommes en Centrafrique en 2001, ne tarit pas l’actualité. Si l’on n’y prête attention, la justice internationale laissera ses plumes car les méthodes employées sont presque unanimement critiquées.
Et pour cause, au moment où nous mettons sous presse cet entretien, il ressort que l’accusation suggère de la manière la plus respectueuse qu’en vertu du droit international usuel, Jean-Pierre Bemba se serait engagé intentionnellement dans un plan criminel et que par conséquent, il faut qu’il soit traduit devant la chambre de première instance.
Par ailleurs, selon des sources proches de la CPI nous apprenons que Luis Moreno vient de dépêcher une équipe d’enquêteurs à Ituri, pour enfoncer davantage son « gros poisson ». On serait tenter de dire que quelque chose se trame contre le sénateur congolais.
La machine politique se met donc en marche ! Cependant, la défense dans ses conclusions en réponse à l’acte d’accusation amendé du 30 mars dernier, demande à la cour de dire pour droit, qu’il n’y a pas lieu de renvoyer le président du MLC devant ce tribunal, d’infirmer toutes les charges et en conséquence, d’ordonner sa mise en liberté immédiate parce qu’il n’est pas pénalement responsable en tant que chef militaire ou supérieur hiérarchique.
Cette confrontation ubuesque ne serait éclairée que par une personnalité neutre et ayant une interprétation différente des deux camps. Ses déclarations remettraient les pendules à l’heure du moins en ce qui concerne les responsabilités de François Bozizé et de la précipitation de la cour pénale internationale.
D’ailleurs, il l’a encore évoqué lors de sa conférence de presse tenue au centre d’Accueil de la Presse Etrangère (Cape), le 06 mai 2009 à Paris.
Martin Ziguélé se pose plusieurs questions d’ordre juridique, notamment la question de savoir si dans ce procès on n’a pas l’impression de passer à côté et pourquoi la CPI n’ouvrirait pas de tels procès ailleurs ?
A l’entendre, on a l’impression comme si ses récit corroborent la version soutenue par nombreux observateurs indépendants qui estiment que l’affaire Bemba est tout, sauf la manifestation d’une justice équitable.
1. Réveil-FM : Avant toutes choses, nous voudrions évoquer l’actualité liée à la crise financière mondiale. Vous êtes à la fois juriste, économiste et haut fonctionnaire international, quel regard portez-vous sur cette crise qui touche la communauté internationale ?
Martin Ziguélé : Merci beaucoup de m’avoir accordé cette occasion et cela me permet de m’exprimer sur tous les sujets qui intéressent mes frères africains. J’étais tout récemment invité à un séminaire international à Bruxelles pour évoquer cette question. Il faut rappeler que la crise est née parce que tout le monde s’est impliqué dans la pensée dominante.
Celle qui consistait à déréguler les normes de l’économie mondiale, faisant fi de toutes les recommandations. On a introduit un loup dans un poulailler libre. Et un loup dans un poulailler libre, a avalé les poules. Qu’est-ce que cela veut dire ? Les Etats étaient poussés à supprimer toutes les recommandations nécessaires qui encadrent l’économie et cette bulle financière a favorisé la spéculation qui a atteint un seuil intolérable. Et lorsque les Etats-Unis ont été touchés en plein fouet, cela a entraîné toutes les nations dans la crise.
La faillite en chaîne qui a détruit l’économie américaine, nous a attiré de force vers le bas car nos Etats ont moins des moyens. Voilà donc un petit résumé que je peux faire sur la crise que traverse l’économie mondiale.
2. Réveil-FM : A vous entendre, l’Afrique qui vit souvent des aides, des coopérations bilatérales et des subventions étrangères, souffrirait-elle lourdement ou pensez-vous au contraire qu’il y a un peu d’espoir ?
Martin Ziguélé : Il ne faut pas se cacher le visage derrière les doigts. L’Afrique aura des conséquences dramatiques. Je le dis parce que d’abord nous ne vivons que des exportations et elles permettent à nos pays d’avoir des ressources budgétaires.
Aujourd’hui avec le ralentissement de l’économie américaine et européenne, bref de tout l’hémisphère nord, il y aura une réduction drastique des recettes pour nos pays. Les gouvernements agiront sévèrement en ce qui concerne leurs priorités budgétaires. On pense qu’ils commenceront par lancer les plans sociaux tout en créant le chômage partout.
Cela réduira profondément la consommation qui va en pâtir bien que nos pays sont déjà pour la plupart de cas, dans cette situation depuis des années.
Voilà les moments auxquels nous devons nous attendre.
Christophe Boisbouvier de RFI , dans un exercice dont il excelle, l'interview des acteurs politiques
3. Réveil-FM : Votre analyse paraît intéressante et on ne peut pas minimiser l’impact de cette crise. Cependant, on vient d’apprendre que les cours de l’or commencent à flamber malgré cette situation. Bon nombre des pays africains exportent de l’or comme ressource première. Serait-il un signe positif ?
Martin Ziguélé : Il existe en économie ce que nous appelons des valeurs refuges. Ce phénomène consiste à acheter les produits dont la valeur est intarissable, c’est le cas de tous les minerais et autres richesses. Ceux qui disposent des moyens en cette période de crise, achètent des valeurs réelles qui ne peuvent pas se déprécier à cause du temps et l’or est la valeur « symbole » du refuge.
Si vous regardez bien, les grandes institutions internationales en font également ces achats. C’est le cas du FMI et des banques centrales qui détiennent toutes, les réserves d’or comme actif de leur placement, en espérant qu’ils en bénéficieront au moment opportun.
4. Réveil-FM : Depuis quelques semaines, la rébellion refait surface à l’Est de votre pays et un mouvement armé le FDPR, s’oppose à l’armée centrafricaine, notamment à Sido et Kabo où l’on compte déjà plusieurs victimes. Que pensez-vous de la situation ?
Martin Ziguélé : Nous sommes attristés de la reprise des hostilités en Centrafrique. Nous pensons que tout cela est la conséquence de la mauvaise volonté du président François Bozizé.
Nous avons toujours dit que le dialogue politique inclusif qui était demandé par toute la société centrafricaine, était organisé pour chercher des voix et moyens de ramener définitivement la paix en RCA.
Laissez-moi vous dire que lorsque nous avons demandé ce dialogue, les gens mal intentionnés nous ont fait des mauvais procès en nous accusant de vouloir organiser un troisième tour des élections présidentielles.
Aujourd’hui, les faits nous donnent raison.
Le président Bozizé a fait les choses à sa façon. Tout le monde se rend compte que le chef de l’Etat est responsable de la dégradation de l’environnement politique centrafricain. Les décisions prises lors de ce dialogue auraient pu éviter ces malheurs à nos populations, si elles étaient appliquées par le régime de Bozizé.
En effet, il s’agissait de mettre en place un gouvernement de transition qui regrouperait toutes les parties concernées pour ramener la paix au pays. Mais hélas !
5. Réveil-FM : Parlons de votre formation politique le Mouvement pour la Libération du Peuple Centrafricain(MPLC) que vous dirigez. Vous avez été candidat malheureux en 2005 face à Bozizé. Avec un peu de recule peut-on savoir qu’est ce qui était à l’origine de votre échec et êtes-vous toujours candidat probable à la prochaine présidentielle de 2010 ?
Martin Ziguélé : Il faut rappeler qu’en 2005 la désignation du candidat à l’intérieur était très laborieuse. J’ai été désigné comme candidat de précaution au cas où le président Patassé serait empêché par ses tombeurs. Sa candidature ayant été recalée, j’ai été désigné mais comme candidat assez indépendant.
Cette opération n’a pas entraîné la mobilisation de tous nos sympathisants. Ensuite, nos adversaires ont joué de l’amalgame en nous divisant pour dénaturer l’objet de la campagne présidentielle. On a occulté le projet de société faisant un faux procès du régime Patassé.
Secundo, je voudrais toutefois souligner que le processus électoral était biaisé. Savez-vous que je n’ai pas voté ni au premier ni au second tour, alors que j’étais candidat à la présidentielle ?
Mon nom ne figurait sur aucune liste électorale et je n’avais pas une carte d’ électeur. Bref, ces élections étaient tirées par les cheveux. En effet, nous aurions pu les contester, mais il a fallu éviter le pire à nos compatriotes et j’ai accepté les résultats dans le souci d’épargner une situation dramatique aux Centrafricains. C’est la leçon que j’ai tirée de ce scrutin et là nous nous battons pour que cela ne se répète plus jamais, croyez-moi.
6.Réveil-FM : Puisque vous citez Ange-Felix Patassé dans vos propos, je profite de cette occasion pour savoir quelles sont vos relations actuelles avec l’ancien président dont vous avez été son Premier Ministre et l’un de ses fidèles ?
Martin Ziguélé : Je n’ai aucun contentieux avec l’ancien président de la République à titre personnel. Nous avons des divergences au sein du parti que je reconnais mais cela n’envenime pas nos relations.
Je veux cependant, faire remarquer que quiconque se plierait contre un individu dans le contexte centrafricain actuel, perdrait le combat. Il faut que nous arrivons à travailler dans l’unité et nous concentrer sur les valeurs importantes.
les confrères journalistes lors de la conférence de presse de Martin Ziguélé au Cape
7. Réveil-FM : Le leader de l’opposition congolaise, Jean-Pierre Bemba est arrêté par la CPI depuis plusieurs mois, suite aux crimes qu’auraient commis ses troupes lors que votre régime était attaqué en 2003 par les hommes de François Bozizé. Il faut rappeler que cette affaire a été présentée à la CPI par le gouvernement centrafricain. Peut-on savoir votre version des faits et que pensez-vous de cette arrestation?
Martin Ziguélé : D’abord je voudrais saluer votre initiative et votre courage d’autant que cette question me touche profondément. Je sais que votre émission(NDR, l’interview était télévisée) est suivie à Kinshasa et je ne manquerai pas de saluer aussi le peuple frère de la République Démocratique du Congo, un pays que je connais bien pour y avoir été plusieurs fois.
Je fais remarquer d’abord que lorsqu’en 2001 nous avions été attaqué par les troupes du général André Kolingba, notre régime a été sauvé en partie grâce à l’intervention des hommes de Jean-Pierre Bemba.
Ils nous étaient présentés par François Bozizé qui fut à cette époque, chef d’Etat major de l’armée centrafricaine. Je précise bien ce détail car il est important….
Le même Bozizé reprendra les armes en 2003 cette fois là pour attaquer un régime démocratiquement élu. Quelques mois après, il saisit la cour pénale internationale pour porter plainte contre les militaires du MLC de Jean-Pierre Bemba au motif qu’ils ont commis les crimes en RCA.
Permettez-moi de vous signaler que moi-même j’ai été accusé par Bozizé de 24 chefs d’accusations allant du détournement aux crimes et autres accusations. Il en est de même pour mes principaux collaborateurs. Après plusieurs mois, les tribunaux centrafricains ont conclu à u non lieu pour toutes les personnes que Bozizé avait accusé.
Je suis bien placé pour le dire. Pour revenir au cas Bemba, je constate qu’il y a un procès dans un procès et j’ai peur que l’on passe à côté. C’est un gâchis pour les victimes centrafricaines.
Je pense que ceux qui crient plus dans ce procès ne sont pas ceux qui devraient avoir raison. Pourquoi y a-t- il un tel acharnement ? François Bozizé et ses amis font de cette affaire un fond de commerce de sa politique.
Il a saisit la CPI au motif qu’il n’est pas en mesure de tenir un procès, pourquoi doit-il se précipiter en multipliant déclarations et autres gestes ? Il faut qu’il soit tenu en dehors du procès.
8. Réveil-FM : Vous développez une thèse assez intéressante parce que vous pointez du doigt François Bozizé. On se demande pourquoi lors du dialogue inter centrafricains n’aviez-vous pas traité cette question ? Nous avons remarqué que vous vous êtes réconciliés et plusieurs acteurs politiques ont bénéficié de l’amnistie générale, sauf Jean-Pierre Bemba qui était venue à la rescousse d’un régime démocratique qui a été oublié. Peut-on en savoir plus ?
Martin Ziguélé : D’abord en ce qui concerne l’amnistie, le parlement centrafricain ne peut pas amnistier un sujet étranger et elle ne concernait pas les crimes. Ce que nous souhaitons, c’est le rétablissement de la justice surtout pour les victimes.
En effet, le suspect doit jouir de la présomption d’innocence qui est un principe fondamental du droit au lieu d’en faire un tapage médiatique, il faut que cela soit respecter dans cette affaire.
Cependant, je rappelle que lorsque nous sommes en principe juridique et que les faits reprochés à Bemba étant toujours présents sur le sol centrafricain, il appartient à la CPI d’ouvrir une enquête pour savoir la vérité.
Ces faits là se reproduisent au vu et au su de tout le monde. Pourquoi la CPI qui poursuit Jean-Pierre Bemba ne s’intéresse-t-elle pas à cela? Pour que les gens fassent confiance à la justice internationale, il convient de dire le droit avec une impartialité et ne pas instrumentaliser le procès. Il se passe des crimes pires que ce qu’on attribue à Bemba, faut-il attendre encore autre chose pour s’en rendre compte ?
9. Réveil-FM : Avez-vous l’impression que ce procès est vraiment instrumentalisé ? Et quels sont vos arguments ? Et pour terminer, comment avez-vous gérer cette crise sur le plan administratif et militaire ?
Martin Ziguélé : ..(Rire) Il suffit seulement de voir la manière dont il est conduit. Pour que nous croyons à la justice internationale, il faut que celle-ci soit impartiale et intemporelle, autrement il y a de quoi à être inquiet.
Je note qu’il y a trop de précipitations et on risque de ne pas rendre un bon jugement ! Revenons à la chaîne de commandement militaire, je vous dirai que dans le dispositif militaire en RCA, le premier ministre n’est pas responsable militaire et cela se passe naturellement comme ça dans n’importe quel pays africain.
Ces genres de crise sont gérés par le chef d’Etat major de l’armée, le ministre de la défense et le président de la République. Bien entendu que le gouvernement est tenu informé par le ministre de la défense. D’ailleurs lorsque je vous ai parlé de la crise en 2001 tout à l’heure, elle était gérée par mon ministre de la défense, Jean-Jacques Demafout et l’ancien chef d’Etat major, François Bozizé.
C’est le même schéma qui se réalise partout dans nos pays en Afrique.
10. Réveil-FM: Nous avons couvert ce procès à La Haye et on sait que le nom du Président Patassé revient assez souvent aux débats. Il y a peut-être un risque de le voir comparaître devant la CPI. Vous qui étiez son ancien Premier Ministre, s’il vous était demandé de témoigner devant les juges, le feriez-vous sans crainte ?
Martin Ziguélé : J’ai dit mille fois à qui veut m’entendre. Pour ma part, en tant que sujet de droit, je serai disponible pour apporter ma version des choses si l’occasion m’était donnée. Croyez-moi, j’irai sans crainte et tête haute.
C’est qui est important pour moi, c’est la manifestation de la justice pour les victimes et surtout pour ceux qui croient ou qui font confiance à la justice internationale.


Commentaires
1. Le vendredi 15 mai 2009 à 00:17, par Dr MONZINGA robert
2. Le vendredi 15 mai 2009 à 00:42, par jose ode
3. Le samedi 16 mai 2009 à 09:12, par Pablo
4. Le dimanche 17 mai 2009 à 05:28, par Papy Mombili
5. Le dimanche 17 mai 2009 à 22:52, par Nelly Wato
Ajouter un commentaire