la fin des journaux et l'avenir de l'information !
Par Freddy Mulongo, lundi 18 mai 2009 à 14:41 :: radio :: #355 :: rss
Ce livre est un encouragement pour Lambert Opula "Hinterland", Guy De Boeck "Congoforum", Guy Makutu "Le Fouineur de la RDC", Candide Okeke et Rolain Mena "Apareco", Pascal Madika "Congotribune", Jean kalama-Ilunga "Ucdp-rdc", Udpsonline... Les forums comme Congo-uni, Le cri des opprimés, la politique de la RDC etc. Mais aussi aux penseurs libres et électrons libres de la diaspora congolaise que sont: Djamba Yohé, Jean Pierre Mbelu, Cheik Fita, Madimbadier, Liliane Lubaki, Jeanne Muanza, Kadari Mwene-Kabyana, Basile Diatezwa, Kuelo Florent, Philippe Lutete, Kikombo Ngoy, Evariste kapiamba, Placide Nzenza et tous les internautes congolais de la diaspora qui aiment l'internet et s'expriment à travers lui.
Dans un pays de 65 millions d'habitants comme la République Démocratique du Congo, avec sa capitale Kinshasa qui regorge plus de 13 millions d'habitants,troisième plus grande agglomération du continent par sa population, aucun journal dans la capitale ne tire à plus de 2500 exemplaires. Les journaux ne sont pas distribués en provinces et les 11 provinces actuelles n'ont pas des quotidiens régionaux. Ceux qui apparaissent les sont à l'improviste. Dans un pays où les médias sont bâillonnés, muselés, confisqués, caporalisés appartiennent en majorité aux acteurs politiques, et les journalistes "coupagistes" sont transformés en attachés de presse et thuriféraires d'un régime décadent-tortionnaire, pour faire bouillir la marmite, l'internet est le seul à pouvoir donner des informations alternatives.
"A l'avenir, il n'y aura que deux catégories de journaux: les survivants et les morts", annonçait l'an dernier Dean Singleton, cador de la presse américaine. les carottes sont cuites et les journaux aussi ? Aucun doute pour Bernard Poulet ( rédacteur en chef à L'Expansion, en charge de la rubrique Idées. Il est également l'auteur d'un livre sur Le Pouvoir du Monde. Quand un journal veut changer la France, publié à La Découverte en 2004).
Aux Etats-Unis, les plus glorieux monuments de la profession s'enfoncent lentement sûrement. Les jours du "New York Times" semblent comptés, c'est l'exode sur le net et les éditions sur papier ne seront bientôt plus , selon la formule de Robin Sloan, qu' "une lettre confidentielle pour les élites et les personnes agées". Le phénomène est mondial. En France, les journaux qui sont généralement subventionnés par l'Etat, font face aux gratuits et n'échappent pas à cet "inévitable et lent effondrement".
Un des virus est identifié, il s'appelle "Internet", cette pompe qui siphonne les journaux intoxiqués à la publicité. Fini l'âge d'or pour les journaux, adieu petites annonces émigrées elles aussi vers la Toile, et bienvenue dans "un monde où les annonceurs veulent payer au clic et les consommateurs ne veulent rien payer du tout".
Mais internet n'explique pas tout. Bernard Poulet insiste sur la crise morale du journalisme, métier en perte de crédibilité. Naguère chercheurs de vérités, héros dérangeurs et preneurs de risques, les journalistes sont perçus comme "embedded", c'est-à-dire embarqués dans le char des puissants. La cassure date de l'invasion de l'Irak, quand les médias américains les plus réputés appuyèrent la doctrine de Bush sur les armes de destruction massive. La faillite morale a donc précédé la faillite économique qui pointe aujourd'hui.
Même cassure en France lors du référendum de 2005 sur la Constitution européenne: les grands journaux avaient prôné le "oui", rejoignant le choeur des élites et des maîtres de Bruxelles, mais ce fut le "non" qui l'emporta, au grand dam des éditorialistes. Poussant la réflexion, Bernard Poulet pose la question vertigineuse: et si les nouveaux publics désiraient autre chose que de l'information, s'il suffisait dorénavant au citoyen d'être au courant plutôt que d'être informé ?
Bernard Poulet ne veut pas jouer l'ordonnateur des pompes funèbres. Il examine toutes les pistes, explore la jungle d'internet. Hélas, l'actualité récente donne raison à son pessimisme. Il y a plus d'un mois le groupe du New York times" et le "Washington Post" annonçaient des licenciements et des baisses de salaires. Ce n'est pas le "Titanic", mais cela y ressemble.
Et les journaux de la RDC ?
3 propositions concrètes:
1. Il faut encourager voir veiller au pluralisme médiatique. Il faut se doter des moyens pour sauvegarder les journaux déjà existants. Il n'est pas normal dans un pays comme la République Démocratique du Congo de remarquer que seuls les journaux dont les propriétaires siègent au Palais du Peuple où sont membres du gouvernement (Uhuru, le potentiel, l'Avenir, le Soft...) aient accès à l'internet. La prospérité, l'observateur sont sur le net. Mais il faut permettre aussi aux autres journaux tel que : Référence Plus, le forum des As, le Révélateur, la tempête des tropiques, le Journal, Demain le Congo... d'avoir avoir accès à l'internet. Comment ? Par une politique communicationnelle volontariste. Il faudrait que chaque média qui veut se connecter ait un tarif préférentiel voire detaxer auprès des opérateurs d'accès internet implantés en République Démocratique du Congo. Veiller à ce que le délestage électrique ne soit pas une arme de destruction massive contre les journaux. Garantir l'électricité de la Snel à tous.
2. Il faut éviter le mélange des genres qui existe actuellement en République Démocratique du Congo. Il est abhérrant, décrédibilisant de constater que ceux qui ont mordu et donné des coups de cornes à la liberté de presse durant la transition 2003-2006, qui sont devenu Sénateurs, Députés, ministres continuent à écrire et à signer par leurs noms les articles dans leurs journaux. Les journalistes américains sont montés dans des chars en Irak, les français ont cru influencé le oui au référendum de 2005, au Congo-démocratique les patrons des journaux écrivent dans leurs journaux sans gêne.
3. Il faut "une maison de presse et des citoyens" dans chaque grande ville du pays. Les journalistes vivent avec les citoyens, ils ne sont pas une caste à part. Ils informent les citoyens et sont informé par eux. La maison de presse et des citoyens permettra cette proximité. L'accès devrait être gratuit pour tous pour éviter une information à deux vitesses. Et incitera les Congolais à la lecture, on n'écrit jamais pour soi.
Jusque à présent, travailler dans un grand quotidien ou un news prestigieux vous conférait d'entrée une légitimité. Avec l'internet, cette légitimité, il faudra la conquérir. L'arrivé de la digitalisation a produit sur le journalisme le même effet que la mondialisation sur les classes moyennes. La révolution digitale dans la presse, c'est l'euthanasie à terme de la classe moyenne des journalistes. La profession de journaliste est en mutation. Avec internet, on voit grandir une masse d'os de l'info qui alimentent les tuyaux de l'information rapide. Et à côté de cela, on aura besoin des journalistes qui apporteront une plus-value, avec une véritable expertise et une grande qualité d'écriture.
"Même lorsque nous savons qu'une catastrophe est devant nous, nous ne croyons pas ce que nous savons. Ce n'est pas l'incertitude qui nous retient d'agir, c'est l'impossibilité de croire que le pire va arriver" disait Jean-Pierre Dupuy, philosophe des sciences.
Prendre des dispositions, soutenir et aider les journaux à mieux informer les Congolais, c'est éviter un tsumani aux journaux existants de la République Démocratique du Congo.


Commentaires
1. Le lundi 18 mai 2009 à 16:55, par ada
2. Le mardi 19 mai 2009 à 05:01, par Robert Bellarmin Kayan Sisi
3. Le mercredi 20 mai 2009 à 16:22, par Alphonse Mbulu -Ndjate
4. Le mercredi 20 mai 2009 à 19:07, par Freddy Mulongo, Réveil-FM
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