Le Kivu, charnière entre l’Atlantique et l’océan Indien

Cyril Musila, Docteur en sciences sociales de l'EHESS Paris, professeur-chercheur à l'Institut catholique de Paris ainsi qu'à l'Ecole internationale des sciences du traitement de l'information (EISTI, Cergy, France). Il est co-fondateur de l'Observatoire de la reconstruction post-conflit de la région des Grands Lacs

Depuis une quinzaine d’année, les Kivus sont la proie de violences qui ont conduit à des crises humanitaires de grande ampleur. Les mécanismes de prédation économique, les questions foncières, l’ingérence des pays voisins ou des logiques ethniques ont souvent été pointés du doigt pour expliquer cet environnement d’insécurité et le fait que les relations économiques entre l’Ouest et l’Est de ce pays continent qu’est la RDC sont désormais limitées. Dans le même temps, le dynamisme économique des pays de l’Océan Indien a été renforcé par une forte croissance interne et un nouvel essor des relations afro-asiatiques. Aujourd’hui, les commerçants de Goma, Bukavu ou Butembo sont intégrés dans cet espace commercial et les ports de Mombasa ou Dar Es-Salaam sont désormais les débouchés « naturels » des Kivus. Cette note vise à analyser l’évolution des Kivus dans la nouvelle géoéconomie de la région des Grand Lacs.

Candide au Congo. L'échec annoncé de la réforme du secteur de sécurité (RSS)

Sébastien Melmot, Focus stratégique n° 9, Paris, Ifri, septembre 2008.

De l'Afghanistan à la Centrafrique en passant par Haïti et la Guinée Bissau, les Etats « faillis » ou fragiles se révèlent finalement bien plus résistants que prévu aux RSS et autres réformes de gouvernance importées. Leur capacité à laisser s’enliser, bloquer ou dévier n'importe quelle réforme venue de l'étranger contraste fortement avec la faiblesse de leurs moyens humains et financiers. L'exemple de la République Démocratique du Congo illustre les difficultés inhérentes au concept de RSS.

Marcel Ngandu Mutombo, Mémoires lieux de savoir - Archives congolaises, Actualité Sociale et Politique, Questions de femmes, Religion Afrique noire, République Démocratique du Congo: Récits de vie mettant en lumière différentes femmes de Lubumbashi qui s'expriment en tant qu'actrices engagées dans le combat de leur temps, témoignent de leur propre inventivité et de celles de leurs soeurs, identifient les problèmes, proposent des solutions.

L'Afrique actuelle vit dans une grande pénurie, et le Congo ex Zaïre y ajoute la violence de guerres récurrentes. Le Katanga, province méridionale congolaise, a subi la mauvaise gouvernance forcenée des autorités du pays -tout son appareil minier et industriel s'est effondré -, avant d'être mis à genoux par la crise économique et financière mondiale. A Lubumbashi la capitale du Katanga, les hommes ayant baissé les bras, ce sont les femmes qui nourrissent, soignent, scolarisent au minimum leurs enfants. Elles se sont d'abord retrouvées pour prier ensemble - avec l'accord des maris - dans des associations chapeautées par les Eglises chrétiennes, dont l'Eglise Catholique Romaine, les Eglises protestantes Kimbanguiste et Méthodiste, ainsi qu'une myriade de nouvelles venues dites 'Eglises du Réveil'. Elles y parlent de la survie, des moyens de s'extraire du désastre social et souvent familial. Elles osent quitter l'espace privé pour l'espace public, auparavant réservé aux hommes, et se lancent dans de petits commerces de pas-de-porte ou au marché local.

Ces femmes nous racontent leur marche en avant, malgré toutes les avanies et violences qui leur sont faites par leurs proches, malgré les anathèmes et ensorcellements dont elles sont victimes quand elles prennent leur destin en mains, malgré aussi les conflits meurtriers, interethniques ou inter-communautaires, manipulés par des politiciens locaux et nationaux. Les plus vaillantes commencent à s'en sortir et prennent la parole...

La Chine, un nouveau partenaire de développement de l'Afrique

Vers la fin des privilèges européens sur le continent noir ?

Thierry BANGUI, originaire de la République Centrafricaine, est Architecte, Docteur en Urbanisme, titulaire d'un diplôme de 3e cycle de l'Ecole Supérieure de Commerce de Marseille… Il est aujourd'hui Consultant en Développement et par ailleurs Universitaire : il intervient dans plusieurs établissements d'enseignement supérieur français, notamment au Centre d'études financières, économiques et bancaires (CEFEB) à Marseille et à l'Université d'Aix-Marseille III, en 2e année de Master en Droit international et européen.

La montée en puissance de la Chine en Afrique ces dernières années suscite beaucoup de polémiques : polémique entre Chinois et Européens d'une part, entre Européens et Africains d'autre part, et entre Africains eux-mêmes par ailleurs.

Que fait la Chine en Afrique ? Pourquoi la coopération sinoafricaine est-elle ainsi sujette à controverse contrairement aux relations presque exclusives qu'avait le continent noir avec l'Occident et notamment avec l'Europe pendant plusieurs décennies ? Ce sont les principales questions auxquelles ce livre apporte des éléments de réponse.

L'auteur analyse, avec documentation abondante, les enjeux économiques, énergétiques, diplomatiques, politiques et géopolitiques d'une coopération décriée. Il examine le style ou la nature de relation et l'apport – chiffres à l'appui – de 'Empire du Milieu à l'Afrique, en comparaison à ceux de l'Europe, le partenaire historique du continent.

Au cours des dernières années, Mathieu Petithomme a passé de longs mois à arpenter l'Afrique subsaharienne au contact de ses populations, principalement au Bénin, Togo, Ghana, Burkina-Faso, Niger, Mali et au Sénégal. Il a successivement étudié au sein des universités de Rennes, de Derby en Angleterre et de Mâlaga en Espagne. Il est aujourd'hui chercheur à l'institut universitaire européen de Florence en Italie, diplômé de relations internationales de l'université d'Amsterdam et de sociologie politique de l'institut d'études politiques de Paris.

Pourquoi l'Afrique subsaharienne semble-t-elle résister au développement ? Comment rendre compte du fait que se soient consolidés des régimes politiques forts, voire autoritaires, alors même que les États postcoloniaux d'Afrique subsaharienne demeurent si faiblement institutionnalisés ?

Quels rôles jouent les élites du politique dans la persistance du sous-développement de leurs propres pays ? Cet ouvrage contribue au débat scientifique sur les causes de la défaillance des États en Afrique subsaharienne.

L'auteur considère les principaux phénomènes explicatifs de la prévalence de ce phénomène au sein de systèmes politiques pourtant très différents.

La contradiction entre la défaillance des infrastructures étatiques d'une part, et la résilience des régimes politiques d'autre part n'est en fait qu'apparente, dans le sens où l'instrumentalisation du pouvoir peut se convertir en une logique politique à part entière.

La souveraineté par la reconnaissance internationale ne pourvoit pas pour autant de légitimité interne aux élites nationales.

Tout en considérant le poids historique du colonialisme sur la faible institutionnalisation des États subsahariens et les asymétries du commerce international, l'auteur souligne comment les dilemmes actuels du continent sont aussi intimement liés aux stratégies et aux jeux de pouvoirs des acteurs politiques.

Appropriation des richesses nationales, conservatisme idéologique et concentration du pouvoir demeurent des tendances dominant l'actuation de nombreuses élites postcoloniales, qui font jouer la politique contre le développement.

Gabriel Tchonang est prêtre du diocèse de Strasbourg et chargé de cours à la Faculté de Théologie Catholique de l'Université de Strasbourg.

En 1901, Charles Pahram, pasteur du mouvement de sainteté aux USA, fait avec ses étudiants de la « Bethel Bible School » l'expérience extraordinaire et surnaturelle du « parler en langues », telle que vécue par les apôtres du Christ au jour de la Pentecôte et décrite dans le livre des Actes des apôtres.

Cette expérience de 1901 signe la naissance officielle du pentecôtisme. Le pentecôtisme est aujourd'hui le phénomène religieux le plus fulgurant de l'histoire du Christianisme.

Il s'est imposé en un siècle comme la religion d'un quart des chrétiens de la planète. Il bouscule les Eglises instituées et provoque en leur sein une « hémorragie » des fidèles que rien ne semble arrêter, de sorte que le continent latino-américain, considéré comme le plus catholique, bas-culerait dans quelques années dans le pentecôtisme.

Le pentecôtisme semble occuper le terrain en friche d'un christianisme traditionnel en panne de solutions aux problèmes existentiels et concrets du plus grand nombre des chrétiens. Son extraordinaire expansion étonne et interroge.

Des raisons sociologiques, culturelles, économiques et même politiques ont été avancées pour tenter d'expliquer la puissance du phénomène. Si ces raisons sont fondées, il reste vrai que le pentecôtisme tire sa force de l'idée qu'il se fait du Christ et du salut qu'il opère.

Le Salut en Jésus-Christ prend radicalement en compte les problèmes existentiels, même les plus élémentaires du croyant.