La mémoire nationale congolaise en jeu !
Par Freddy Mulongo, lundi 25 mai 2009 à 11:17 :: radio :: #388 :: rss
Le mausolée M'zee Laurent-Désiré kabila est situé devant le Palais de la Nation dans la commune de la Gombe dans la ville de Kinshasa
Guy Lumumba qui vient de rentrer à Paris après un séjour de 6 mois aux Etats-unis est l'initiateur de la statue de son père qui est proche de la vraie physionomie de Patrice Emery Lumumba.
Le mois de juin sera marqué par des commémorations nettement moins joyeuses en République Démocratique du Congo:
4 juin 1969 - 4 juin 2009: 40 ans du massacre des étudiants de Kinshasa par la soldatesque de Mobutu. Les étudiants massacrés dont le nombre exact (10 ? 50 ? ou 100 ?) n'ont jamais reçu de sépulture officielle.
14 juin 1989 - 14 juin 2009: 20 ans du décès du Cardinal Albert-Joseph Malula, archevêque de Kinshasa. Le Cardinal Malula ne mâchait pas ses mots dans ses prises de position politique contre le régime dictatorial et prédateur de Mobutu. Humaniste, Visionnaire et Homme de combat, le Cardinal Malula fut le fondateur du christianisme authentiquement africain ; Son engagement politique précoce l’amena à participer en 1956 à la conception, et la rédaction du « Manifeste de conscience africaine » qui fut le premier document intellectuel congolais qui a littéralement ébranlé le pouvoir colonial belge.
Sa lutte frontale contre le pouvoir dictatorial de Mobutu lui a valu un exil à Rome, au Vatican, en 1972, pendant la période de « zaïrianisation » ou nationalisation sauvage des entreprises privées.
30 juin 1960 - 30 juin 2009: 49 ans de l'indépendance avec un bilan que l'on connait d'avance.
La transmission du passé est un enjeu fondamental pour le vivre ensemble d'une société. En République Démocratique du Congo, nous avons un grand problème avec notre passé, ce qui explique que notre présent patauge, et notre futur est incertain.
Pour aller à la sorbonne, depuis le quartier mouffetard Paris VIème, j'aimais bien passer devant le panthéon et lire son fronton "Aux grands hommes, la nation reconnaissante".
Les grands hommes (femmes) existent-ils pour le Congo ? Pourquoi ne pas les honorer ? Ignorer Diégo Câo, explorateur portugais avec sa découverte de l'embouchure du fleuve congo en 1483, c'est oublier que la guerre de l'eau est devant nous. Le fleuve congo est un enjeux mondial important.
Ignorer les indomptables Kimpa Vita et Simon Kimbangu comme précurseurs de notre indépendance arraché aux belges, est une erreur monumentale.
Avez-vous vu un stèle érigé aux martyrs de l'indépendance du 4 janvier 1959 ? Moîse Tshombe, Mulopwe Kalonji, Pierre Mulele, auront-ils aussi un jour des stèles à leurs noms ?
Evariste Kimba, Anany, Bamba, et Mahamba ou les pendus du pont Gabu, auront-ils n'est-fut-ce qu'un air de repos, une avenue qui portera leurs noms ?
Depuis la fin de la défunte transition 1+4=0 et le début de la tâtonnante IIIème République, Nzanga Mobutu est Ministre d'Etat à l'Agriculture, Pêche et Elevage mais la dépouille de son père Mobutu Sese Seko kuku Ngbendu wa za Banga est toujours à l'étranger, au cimetière chrétien de Rabat au Maroc. Etonnant, non ?
Les victimes des affres de guerre de l'Est: Makobola, Kasika, Mwenga, Makobola, Kamituga, Burhiny, Munigi, Kibumba....(Sud-Kivu); Luofo, Lubero, kasiki, Kanyabayonga...(Nord-Kivu); Kisangani, Bunia (Province Orientale) auront-elles un jour de sépulture officielle où un stèle commémoratif à leurs noms ?
A kinshasa, l'avenue Lwambo Makiadi (ex-Empereur Bokassa) est la plus défoncée et sale; au rond-point victoire la place des artistes est squatté par un container bleu-jaune de la police au vu et au su de tous.
L'histoire est une problématique de la vérité, elle cherche à représenter ce qui a eu lieu. La mémoire est une faculté au présent de se rapporter au passé. C'est quelque chose de vivant, qui est fidèle. Le problème de la mémoire, c'est plutôt la fidélité que la vérité.
L'histoire a aussi pour fonction principale de nous remettre dans un rapport au passé avec une pluralité des mémoires, un espace commun, au moins intersubjectif.
La mémoire est, elle, autant une manière de repousser le passé que de se l'approprier. Elle est sélective d'une certaine façon, ce qu'on retient du passé sert le présent. La mémoire est utile au présent. L'histoire honore réellement le passé et fait sa sépulture.
En quoi commémorer permet-il de maintenir une mémoire collective ?
Si la commémoration sert à rouvrir des promesses écrasées du passé qui peuvent développer d'autres choses dans l'avenir, il faut accepter cet anachronisme, le reconnaitre vraiment.
En revanche, si elle sert à se gargariser d'un passé factice, thésauriser une " mémoire musée" sous cellophane, il faut dire non.
Nous ne devons avoir tendance à nous replier dans le passé car nous aurions peur du futur.
Ne cédons pas à cette complaisance.
Il nous faut ouvrir un rapport plus ample, moins nerveux au passé et plus calme au futur, avec un horizon d'attente plus ouvert.
L'histoire est fondée sur la mémoire. Il ne peut pas y avoir d'histoire sans mémoire.
La preuve, c'est que si on supprimait tous les témoignages, il n'y aurait pas d'histoire possible. La mémoire joue un très grand rôle parmi les traces, les documents sur lesquels s'appuie l'histoire. Mais l'histoire ne se contente pas d'être le prolongement de la mémoire, pleine d'émotion.
Elle prend son autonomie. On cherche la vérité.
A travers, des critères d'objectivité interviennent dans la sélection de sources, dans le recoupement, dans la représentation. Il n'y a pas de mémoire unique, elle reste plurielle.
Le devoir de mémoire permet un appel, une injonction.
Sans devoir, il n'y aurait sans doute parfois pas de travail de mémoire.


Commentaires
1. Le lundi 25 mai 2009 à 11:48, par jack LOMBA
2. Le lundi 25 mai 2009 à 12:03, par Ntumua
3. Le lundi 25 mai 2009 à 13:01, par limabaza
4. Le lundi 25 mai 2009 à 14:24, par Yajovin
5. Le lundi 25 mai 2009 à 16:04, par KGB
6. Le lundi 25 mai 2009 à 16:54, par JM
7. Le lundi 25 mai 2009 à 17:57, par BATUMIKE Alexis
8. Le mardi 26 mai 2009 à 06:53, par R.B.S. KAYAN
9. Le mardi 26 mai 2009 à 11:55, par Alain
10. Le dimanche 31 mai 2009 à 04:45, par Papy Mombili
11. Le mardi 9 juin 2009 à 00:54, par Nambo
12. Le mardi 9 juin 2009 à 22:03, par Nambo
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