Patrice Emery Lumumba et le 30 juin 1960
Par Freddy Mulongo, lundi 1 juin 2009 à 23:06 :: radio :: #399 :: rss
Patrice Emery Lumumba
Né le 2 juillet 1925 à Onalua, petit village du district de Sankuru, dans le nord du Kasaï Oriental, Patrice Emery Lumumba, cadet d’une famille de quatre enfants vivant pauvrement de revenus agricoles amputés par les impôts de l’administration coloniale, entendît très tôt les « récits terrifiants » de ce qu’avaient été la conquête et l’occupation, puis l’exploitation sans merci du Congo pour le compte du roi Léopold, qui avait fait du pays sa propriété personnelle.
S’il est un héros tragique des indépendances africaines, c’est à coup sûr Patrice Emery Lumumba. Durant sa courte vie – assassiné à 36 ans – et sa plus courte encore « carrière » politique, si l’on peut, en l’occurrence, oser ce terme-six ans de militantisme et six mois au pouvoir-, il aura tout synthétisé : la prise de conscience de l’oppression coloniale dans ses aspects les plus brutaux, ceux de l’administration belge ; la volonté d’indépendance, exprimée dans un défi sans concession ; le refus de tous les particularismes régionaux ou tribaux ; la méfiance à l’égard d’une « bourgeoisie compradore nationale » trop prompte à se substituer au colonisateur ; le rêve d’une Afrique une solidaire des autres mouvements de libération des Autres du Tiers Monde ; enfin la coalition contre lui des petits traîtres locaux, des grands intérêts privés, d’une administration onusienne complice et d’une puissance américaine mobilisant la CIA pour assurer sa perte.
A chaque fois que les dirigeants Congolais sont aux abois, ils tentent d'enfiler les habits du nationalisme pour se dédouaner de leur incapacité à sortir le Congo de l'enfer.
Le 30 juin 2009, le discours de Joseph kabila à Goma ne ressemblera en rien à celui prononcé par Patrice Emery Lumumba au Palais de la nation à kinshasa. Il ne sera ni galvanisateur ni fédérateur.
Le Congo est occupé par les armées étrangères, 6 millions est le nombre des morts Congolais, certains compatriotes vivent en déplacés dans leur propre pays, les seigneurs de guerre sont les plus aimés au Congo, ils auront bientôt des maroquins gouvernementaux, la corruption des dirigeants atteint des cimes, comme Diogène à la lumière du jour avec sa lampe, Joseph cherche 15 personnes pour le seconder. La paix est une utopie au Congo de Lumumba et la sécurité des biens et personnes, un rêve. On imagine déjà son 9ème discours du 30 juin depuis sa prise de pouvoir au Congo-kinshasa: lénifiant, cynique, ronflant du type moine dormeur teinté d'un brin du nationalisme sans grande conviction pour tromper l'humanité souffrante que constitue la majorité de congolais. Alors que 49 ans après celui de Lumumba, on ne devrait plus se fourvoyer sur n'importe quels chantiers.
A Réveil-FM, nous nous décidons de vous proposer le texte intégral du discours de Patrice Emery Lumumba sur l’indépendance du Congo, six mois avant son assassinat, devant le roi Baudoin, roi des Belges.
« Combattants de l’indépendance aujourd’hui victorieux, Je vous salue au nom du gouvernement congolais. A vous tous, mes amis, qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez.
A vous tous, mes amis qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez ineffaçablement gravée dans vos cœurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que ceux-ci à leur tour fassent connaître à leurs fils et à leurs petits-fils l’histoire glorieuse de notre lutte pour la liberté.
Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique , pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal. Nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang.
C’est une lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force.
Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire.
Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres.
Qui oubliera qu’à un noir on disait « Tu », non certes comme à un ami, mais parce que le « Vous » honorable était réservé aux seuls blancs !
Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort.
Nous avons connu que la loi n’était jamais la même, selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres.
Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou, croyances religieuses : exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort elle-même.
Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les blancs et des paillotes croulantes pour les noirs ; qu’un Noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits « européens » ; qu’un Noir voyageait à même la coque des péniches au pied du blanc dans sa cabine de luxe.
Qui oubliera, enfin, les fusillades où périrent tant de nos frères, ou les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d’une justice d’oppression et d’exploitation !
Ensemble mes frères, mes sœurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur. Nous allons établir ensemble la justice sociale et assurer que chacun reçoive la juste rémunération de son travail. Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir lorsqu’il travaille dans la liberté, et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l’Afrique toute entière.
Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants. Nous allons revoir toutes les lois d’autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles.
Et pour tout cela, chers compatriotes, soyez sûrs que nous pourrons compter non seulement sur nos forces énormes et nos richesses immenses, mais sur l’assistance de nombreux pays étrangers dont nous accepterons la collaboration chaque fois qu’elle sera loyale et qu’elle ne cherchera pas à nous imposer une politique quelle qu’elle soit.
Ainsi, le Congo nouveau que mon gouvernement va créer sera un pays riche, libre et prospère. Je vous demande à tous d’oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l’étranger.
Je vous demande à tous de ne reculer devant aucun sacrifice pour assurer la réussite de notre grandiose entreprise.
L’indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le continent africain.
Notre gouvernement fort -national- populaire, sera le salut de ce pays.
J’invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants de se mettre résolument au travail, en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique. Hommage aux combattants de la liberté nationale ! Vive l’indépendance et l’unité africaine ! Vive le Congo indépendant et souverain ! »


Commentaires
1. Le lundi 1 juin 2009 à 23:28, par Kenavo Marie Claude, anticolonial
2. Le mardi 2 juin 2009 à 00:06, par Kalwangila
3. Le mardi 2 juin 2009 à 03:49, par RBS Kayan
4. Le mardi 2 juin 2009 à 09:46, par medard moke
5. Le mardi 2 juin 2009 à 11:10, par Arubaini, joséphiste enragé
6. Le mardi 2 juin 2009 à 14:26, par Wa Nzambi
7. Le mardi 2 juin 2009 à 21:55, par kabil ngwej
8. Le mardi 2 juin 2009 à 23:01, par Daniel MAYELE
9. Le mercredi 3 juin 2009 à 13:44, par katax
10. Le mercredi 3 juin 2009 à 20:39, par Dunia Mukunda Milemba
11. Le samedi 6 juin 2009 à 22:45, par Maurice-Blondel BOKOKO ELOLO
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