Iran, les élections présidentielles vont-elles marquer un tournant ?
Par Freddy Mulongo, mercredi 10 juin 2009 à 17:08 :: radio :: #404 :: rss
Franco-Iranien, avocat international, Ardavan Amir-Aslani est le conseil de groupes internationaux et de plusieurs États. Par sa connaissance du Proche-Orient, il est un observateur privilégié de l’évolution de la région. Ardavan Amir-Aslani a été, en autres, l’un des avocats de l’Irak qui a procédé à la saisie des avoirs de Saddam Hussein en Europe. Il est l'auteur de « Iran, le retour de la Perse » (Editions Jean Picollec, mars 2009).
Mardi 09 juin 2009, Ardavan Amir-Aslani et Freddy Mulongo, lors du petit-déjeuner de presse organisé à son bureau, 2 rue de Logelbach dans le 17è arrondissement de Paris
A bâtons rompus avec les journalistes, Ardavan-Amir Aslani a évoqué: l’élection présidentielle iranienne du 12 juin, ses enjeux et a abordé les grands dossiers du moment nucléaire, Israël, le risque pakistano-afghan…Homme de paix, avec conviction et un recul d'un humaniste non partisans, il déclare:"Je suis le premier à condamner toute forme d'appel à destruction et à condamner le fléau du négationnisme. Vous ne pouvez mettre sur le dos des Iraniens dans leur ensemble les propos d'un seul d'entre eux, fut-il le Président! L'Iran ne veut que la paix " leitmotiv de l'avocat international.
Ardavan Amir-Aslani a décrypté l'Iran d'aujourd'hui alors qu'Obama tente une ouverture avec Téhéran. D'entrée de jeu, on apprend que les Etats-unis veut la paix avec l'Iran. Il nous donne l'exemple que Washington a fait savoir qu’il inviterait peut-être les diplomates iraniens en poste à l’étranger partout dans le monde sauf aux Etats-Unis aux cocktails traditionnellement organisés par les ambassades américaines à l’occasion de la fête nationale du 4 juillet.
Pour donner toutes les chances de réussite à ce projet, Robert Wood, le porte-parole du département d’Etat, a précisé que l’invitation resterait essentiellement symbolique, « car les diplomates américains qui les recevront ne sont pas autorisés par la loi de discuter de questions de fond avec leurs invités iraniens." Pour détendre l'atmosphère les Américians ont proposé une rencontre amicale de foot : Usa-Iran. Ce match finira-t-il par se jouer ?
Aujourd'hui, le Président américain Obama souhaite et encourage un dialogue direct avec les Iraniens. Les Américains ont compris que l'Iran, seul État digne de ce nom de la région, pouvait être un allié majeur de demain. Un pays sans le soutien duquel l'Amérique ne pourra quitter le bourbier irakien et afghan, une des priorités de Washington.
La diplomatie américaine face à l'Iran sera t-elle muette ? Ardavan Amir-Aslani estime que la politique de la France est devenue, en revanche, un rappel de celle des néoconservateurs de jadis sans les moyens de ces derniers.
Freddy Mulongo posant ses questions à l'Avocat Ardavan Amir-Aslani.
Les élections présidentielles qui ont lieu le 12 juin 2009 détendront peut-être les relations entre les pays occidentaux et l'Iran. Ce dernier n'est pas un petit pays dans la sous-région.
la bombe de la République islamique d'Iran!
Etats-Unis et Iran ont trente ans de relations tumultueuses. Le gouvernement George Bush en voulant affaiblir l'Iran, l'aurait renforcé. En ostracisant le régime iranien pour sa volonté d'accéder au nucléaire, George W.Bush a fini par aurait par légitimer l'Iran ce pays chiite au sein des opinions sunnites. Si la non-prolifération est un principe, il faut l'appliquer partout a déclaré l'avocat international.
Comment voulez-vous que les Iraniens comprennent la question si la communauté internationale ferme les yeux sur des pays nucléaires déclarés comme le Pakistan, l'Inde, Israël, ou encore d'autres qui sont au seuil du nucléaire a déclaré Maître Ardavan Amir-Aslani.
Si l'Iran est très populaire dans la rue arabe, c'est également du fait qu'il a kidnappé la principale cause du monde arabe, à savoir le conflit israélo-arabe. Avec le Hezbollah et le Hamas, sans parler de la Syrie, allié de toujours, l'Iran encercle aujourd'hui Israël. L'incapacité d'Israël a vaincre le Hezbollah en 2006 a donné au monde arabe sa première «victoire» contre Israël.
Dans la rue arabe, le héros est aujourd'hui Cheikh Nasrallah et pas Hosni Moubarak. Dans le cadre d'une solution de paix au conflit israélo-palestinien, l'Iran de demain sera le partenaire naturel.
Les diatribes enflammées du président Ahmadinejad contre Israël, ses déclarations jusqu'auboutistes sur le nucléaire et ses annonces fracassantes à chaque inauguration de nouveaux missiles: "l'Iran, ce n'est pas la Corée du Nord. Une bande de guerriers n'a pas le droit de se permettre d'enfermer la civilisation millénaire de notre pays dans une boîte de conserve." font parfois peur.
Si au niveau international, le président sortant, trouble-fête agace, aux yeux des déshérités et des milices islamiques, il reste le favori des urnes.
Les iraniens issus des classes modestes disent apprécier les mots simples de cet enfant modèle de la révolution, originaire de la campagne, et vétéran de la guerre Iran-Irak. On apprend que Ahmadinejad, le président Iranien est monté dans le wagon de l'antisionisme deux ans après son élection, avec pour effet d'occulter l'échec de sa politique économique et exacerber l'opposition en l'acculant au silence. En Iran, constitutionnellement, le président iranien est tout au plus l'équivalent du Premier ministre français. Le dernier mot sur toute question est entre les mains du Guide Suprême.
Je me suis lancé dans la rédaction de mon livre non pas pour trouver de nouveaux clients, dit Ardavan Amir-Aslani, mais pour rectifier en France l'image d'un pays et de tout un peuple dont la civilisation est plusieurs fois millénaire.
L'Iran n'est pas le pays que l'on lit à travers les médias en France. C'est un pays moderne, stable, à des années-lumière d'autres pays de la région quant à son ouverture sur le monde.
Les Iraniens n'aspirent qu'à vivre dans la paix avec leurs voisins. Le pays veut retrouver sa place dans le concert des nations.
C'est le seul pays qui a la force et l'influence nécessaire, sans parler de la capacité d'user de son rôle, pour calmer l'Irak et l'Afghanistan, et de servir de contrepoids à la menace terroriste islamiste qui est sunnite.
L'Iran, autrefois connu sous le nom de Perse, a donné naissance il y a 2500 ans au premier empire à vocation universelle.
Depuis lors, les plateaux iraniens ont abrité des civilisations du plus extrême raffinement, qui n'ont rien à envier à l'Occident comme à l'Orient. À la différence de leurs voisins, les Iraniens ne souffrent d'aucune frustration à l'égard de l'Occident.
L'Iran se caractérise par l'altitude. C'est une forteresse naturelle qui domine à plus de 600 mètres de haut les plaines de la Mésopotamie, de l'Indus et de la mer Caspienne. Les plateaux iraniens, très arides, sont bordés au nord par la magnifique chaîne enneigée de l'Elbourz et à l'ouest par les montagnes du Zagros.
Les habitants se concentrent sur les versants de ces montagnes, en bordure du désert. Vaste comme trois fois la France (1,6 million de km2), l'Iran compte un peu plus d'habitants qu'elle (72 millions).
Diversité linguistique...Aujourd'hui comme au temps de Cyrus, le pays témoigne d'une très grande diversité de populations et de langues. Les Persans, héritiers des anciens Perses, constituent la moitié de la population. Ils parlent le persan. Le pays compte aussi une importante minorité turcophone (les Azéris et les habitants du littoral de la mer Caspienne) ainsi qu'une minorité arabe, au sud-ouest, autour d'Abadan. ... et religieuse.En matière religieuse comme en matière linguistique, l'Iran a jusqu'à ces dernières décennies témoigné d'une grande diversité.
Mais depuis les persécutions consécutives à la Révolution islamique, il ne subsiste plus que quelques dizaines de milliers de non-musulmans. Dans l'Antiquité domine le mazdéisme (de Mazda, Dieu, dans la langue perse), aussi appelé zoroastrisme parce que fondé par le prophète Zarathoustra (ou Zoroastre) au VIIe siècle avant JC. Il prospère sous les Achéménides (les héritiers de Cyrus) et va survivre jusqu'à l'approche de l'An Mil avant de s'effacer presque complètement face à la poussée de l'islam.
Le judaïsme est présent en Iran dès l'époque des Achéménides, Cyrus le Grand lui-même ayant accueilli des Hébreux après leur exil de Babylone ! Le christianisme arrive en Iran dès les premiers siècles de notre ère. Aujourd'hui, victime de persécutions, il n'est plus guère représenté en Iran. L'islam arrive quant à lui avec la conquête arabe, en 651, mais ne s'impose pas d'emblée. Au XVIIe siècle, l'Iran safavide (ou séfévide) accueille de nombreux Arméniens chrétiens chassés de l'empire ottoman. Leurs descendants sont encore quelques dizaines de milliers.
Plus récemment, au XIXe siècle, est sortie de l'islam iranien une nouvelle religion révélée, le bahaïsme. La Révolution islamique l'a presque complètement chassée d'Iran (elle compterait encore 300.000 fidèles dans le pays).
L'islam, religion dominante, est très tôt sujet à des frictions. C'est que les Iraniens, forts d'un sentiment de supériorité sur les Arabes, encaissent assez mal la langue et la religion des envahisseurs. Ils finissent par rejeter la première et n'acceptent la seconde que sous sa forme factieuse, le chiisme duodécimain.
Le chiisme devient religion d'État sous la dynastie nationale des Safavides, au XVIe siècle. Aujourd'hui, il est officiellement pratiqué par 90% des 72 millions d'Iraniens, mais aussi par la majorité des Irakiens et plus de 40 millions de Pakistanais ! C'est également la principale confession religieuse du Liban...


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