Gabon, l'ultime hommage au défunt président Omar Bongo Ondimba
Par Freddy Mulongo, mercredi 17 juin 2009 à 09:29 :: radio :: #415 :: rss
Dans les rues de Libreville, la capitale gabonaise, les portraits de feu le président Omar Bongo sont partout. Montés à la hâte, ces panneaux publicitaires ont chassé les affiches pour les téléphones portables et saluent la mémoire du «regretté chef de l'État », où plus simplement proclament "au revoir Papa"
Le corps de Bongo gardé au Palais présidentiel de Libreville
La plupart des chefs d'État d'Afrique francophone ont fait le déplacement jusqu'à la capitale gabonaise pour les obsèques de celui qui a passé 41 ans à la tête du pays.
Quinze chefs d'Etat ainsi que plusieurs chefs de gouvernement ont assisté, le mardi 16 juin 2009, aux obsèques du président du Gabon Omar Bongo Ondimba. Les présidents de République démocratique du Congo (RDC), du Bénin, du Burkina Faso, du Burundi, du Cameroun, de Centrafrique, du Congo-Brazzaville, de France, de Guinée équatoriale, du Mali, du Sénégal, de Sao Tomé, du Tchad et du Togo...
Au moment où l'Afrique entière et le monde se déplacent massivement au Gabon pour rendre un dernier hommage à l'une des grandes figures de l'Afrique, le président ivoirien, Laurent Gbagbo décide de se mettre en retrait, boudant ainsi les obsèques de celui qu'il a traité il y a peu de "rigolo". Il montre ainsi que la mort de Bongo n'a pu changer ses sentiments à l'encontre du président Gabonais.
Plusieurs Premiers ministres et de nombreux ministres ou responsables politiques étrangers ont également rendus un dernier hommage au président gabonais en même temps que des personnalités du monde culturel ou économique.
Lundi 15 juin, l'hommage des enfants de Bongo: Ali, Omar Dennis Junior, Yacin et Pascaline Bongo (de gauche à droite) veillent sur la dépouille de leur père. Si Ali, vice-président du Parti démocrate gabonais et ministre de la Défense semble favori pour prendre la tête du Gabon, Pascaline s'affaire en coulisses pour imposer deux autres candidats : son mari, Paul Toungui, l'actuel ministre des Affaires étrangères, et son précédent époux, Jean Ping, d'origine chinoise, secrétaire général de l'Union africaine
Un périmètre qui incarne la Françafrique
Le boulevard du bord de mer, le coeur de la capitale gabonaise, a été placé sous haute surveillance, des militaires ayant été postés devant le palais présidentiel, mais aussi le long de bâtiments voisins: l'ambassade de France, le siège local de Total et la caserne de la 6è brigade d'infanterie de marine (Bima), où sont stationnés 800 soldats français.
Le défunt président Omar Bongo, qui a régné pendant quarante et un ans sans partage sur le Gabon, pays qui regorge du pétrole, répétait dans un sourire: "Le Gabon sans la France, c'est une voiture sans chauffeur. La France sans le Gabon, c'est une voiture sans essence".
Si Léon M'Ba, le premier chef d'Etat gabonais, rêvait à voix haute de transformer le Gabon en un département français. Son successeur, Omar Bongo se contentera d'en faire un ami aussi fidèle que dangereux. Car, en quatre décennies de règne, Omar Bongo a aiguisé son flair politique rare et a montré qu'il n'avait pas oublié les leçons apprises comme agent de renseignements français. Il a lentement accumulé les dossiers, les informations sur les réseaux d'influences de l'ex-métropole, achetant aussi les silences et les amitiés politiques "à droite en général mais aussi malheureusement quelquefois à gauche".
Que le président français Nicolas Sarkozy ait été pris verbalement à partie lors de son arrivé pour assister aux obsèques du président gabonais, par une cinquantaine de personnes qui lui lancé "On ne veut plus de vous, partez!", «Bois, pétrole, manganèse, on vous a tout donné». Il est plus que temps de dépasser les émotions et de la sensiblerie pour entrevoir l'avenir et éviter le Gabon de sombrer dans le chaos. Comment envisager le Gabon sans Bongo ? Bongo était le maître à penser et à tout faire pour ce pays: il décidait tout seul.
Succession de Bongo, la loi du sang ?
Dans la famille d'Omar, le fils. Ministre de la Défense, Ali Bongo tiendrait la corde. D'autant qu'après avoir conquis l'an dernier la vice-présidence du Parti démocratique gabonais (PDG), ce fêtard repenti et obstiné a su placer une poignée de fidèles aux postes-clés de l'appareil sécuritaire: l'état-major de l'armée, la gendarmerie, le Conseil national de sécurité, le renseignement militaire et la Garde républicaine.
En cas de tempête, un tel aréopage peut servir. Sur le front civil, Ali, prénommé Alain jusqu'à la conversion paternelle à l'islam, peut tabler sur les conseils de Guy Nzouba Ndama, le président de l'Assemblée nationale, et sur le rugueux savoir-faire de l'actuel ministre de l'Intérieur, André Mba Obame.
Pour autant, rien n'est acquis. Si la succession se joue au fond des urnes, l'aîné de la fratrie, ancien élève du collège Sainte-Croix de Neuilly-sur-Seine, devra déjouer diverses embûches, à commencer par son impopularité et l'aversion qu'inspire, au sein d'une société civile pugnace, le scénario dynastique.
Libreville a préparé les obsèques de "papa Bongo"
Union sacrée !
Au sein même du PDG, une intense guérilla oppose depuis plus d'une décennie les "Rénovateurs" -Ali-Alain en tête- aux "Appellistes", partisans du statu quo emmenés par Paul Toungui, titulaire du maroquin des Affaires étrangères après avoir longtemps détenu celui, ô combien stratégique, des Finances.
Il se trouve qu'à la ville, l'ancien grand argentier du régime est aussi l'époux de Pascaline Bongo, directrice de cabinet et femme de confiance du "boss". Lequel aurait volontiers, pour peu que le Gabon fut mûr pour une telle audace, transmis le sceptre à sa cette énarque bosseuse et d'un abord austère. C'est du moins ce qu'il chuchotait au soir de sa vie à ses confidents.
A en croire les gabonologues les plus aguerris, Ali et Pascaline, qui se sont relayés dans une clinique de Barcelone au chevet du père agonisant, auraient enterré leurs querelles et scellé un pacte de non-agression. Union sacrée dictée par l'intérêt supérieur du clan familial et l'impérieuse nécessité de préserver le fragile mécano ethnique et régional laissé en héritage par "papa Bongo".
C'est que plus d'un vétéran du marigot librevillois guigne un trône qui ne devait se libérer qu'en 2012. Les opposants, bien sûr, tels Pierre Mamboundou, le leader de l'Union du peuple gabonais (UPG), ou Zacharie Myboto, ex-baron de la planète Bongo saisi sur le tard par les démons de la dissidence et fondateur de l'Union gabonaise pour la démocratie et le développement (UGDD).
Reste qu'au sein même de la mouvance présidentielle, d'autres poids lourds rêvent le matin en se rasant du Palais du bord de mer: citons Jean Ping, diplomate chevronné, actuel président de la Commission de l'Union Africaine et... ex-conjoint de Pascaline Bongo, le vice-Premier ministre Paul Mba Abessole, un rallié de longue date, ou le ministre d'Etat Casimir Oyé Mba, en charge "des Mines, du Pétrole, des Hydrocarbures, de l'Energie, des Ressources hydrauliques et de la Promotion des énergies nouvelles".
Des énergies nouvelles: voilà bien ce dont la pays a le plus besoin. De là à imaginer un après-Bongo sans Bongo...


Commentaires
1. Le mercredi 17 juin 2009 à 10:06, par Nambo
2. Le mercredi 17 juin 2009 à 10:38, par Vanhoove
3. Le mercredi 17 juin 2009 à 11:53, par uhala diese
4. Le mercredi 17 juin 2009 à 14:11, par vérité
5. Le mercredi 17 juin 2009 à 18:18, par Freddy Mulongo, Réveil-FM
6. Le mercredi 17 juin 2009 à 21:13, par Nambo
7. Le jeudi 18 juin 2009 à 16:05, par mahdou
8. Le dimanche 21 juin 2009 à 05:43, par Un Zaïrois
9. Le lundi 22 juin 2009 à 17:39, par Gustave MATHONGO FERUZI
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