Reportage en période électorale à Mbuji-Mayi dans le Kasaï Oriental

Avec Christophe Boisbouvier, nous sommes logé à l'hôtel "Equinoxe" de Mbuji-Mayi, chef lieu de la province du Kasaï oriental, un monsieur tiré à quatre épingles se présente au journaliste de RFI dans un seul objectif de lui arracher une interview.

Christophe Boisbouvier est un icône en République Démocratique du Congo, sa notoriété le poursuit partout en Afrique.

Venu dans la capitale du diamant pour animer un séminaire de formation, d'une semaine avec 15 journalistes des radios associatives et communautaires sur le reportage radio en période électorale, sa pédagogie conviviale a mis aussitôt les stagiaires de Mbuji-Mayi, Mwene Ditu, Kananga, Tshikapa, Senge et Kamako sous la magie de son charme. Il n’a fallu d’ailleurs à cette icône de la radio mondiale que deux jours pour connaître les noms de tous les séminaristes.

Homme d’une très grande simplicité, le journaliste interviewer patenté de l’invité de RFI des éditions africaines est très cordial.

D’un abord facile, il répondait avec sollicitude à toutes les préoccupations de ses confrères congolais.

Par souci d’intégration et de solidarité journalistique, il accepta d’organiser à l’issue du séminaire de Mbuji-Mayi une causerie radiophonique axée sur « les élections en RDC : pièges et dérapages à éviter par les professionnels des médias ».

Pour ce faire, M. Auguy Ilunga de la Radio Télé débout Kasaï, à l’étonnement général, loua une salle pour que tout son personnel puisse participer à cette entrevue.

L’interviewer vedette de RFI se livra alors à coeur ouvert pour examiner avec ses pairs toutes les implications de la donne électorale congolaise. Et trois heures durant, Christophe Boisbouvier se prêta sans broncher au jeu des questions - réponses.

Durant la formation, avec un brin de dérision, subjugués par les matos up to date de leur maître, les séminaristes congolais qualifièrent leurs matériels d’enregistrement désuets « d’Antonov ». En effet, ces enregistreurs démodés de marque asiatique utilisés par les stagiaires pour leur reportage faisaient plutôt des bruits au lieu de donner un son approprié.

Et le reporter se trouvait obligé d’expliquer lui-même le contenu de son reportage, le son de son vieil arsenal étant souvent inaudible.

Mais cela n’était souvent qu’une façon de détendre l’atmosphère. D’ailleurs, cette cocasserie n’épargna personne.

Se moquant de la guimbarde qui servait de moyen de locomotion à Christophe Boibouvier, la multitude la surnomma « voiture amphibie », parce que prenant eau de toutes parts lorsqu’elle passait au travers des mares abondantes des rues de Mbuji-Mayi wa Balengela après les averses tropicales.

A Mbuji-Mayi, Christophe Boisbouvier a fait montre d’une bravoure étonnante. Par exemple, il repoussa poliment l’offre du vice-gouverneur de la province du Kasaï Oriental (sous la transition) qui tenait à lui pourvoir une garde prétorienne lors d’un déplacement vers Mwene-Ditu, ville ferroviaire située à 132 Km au sud de la capitale du diamant. « Je ne veux pas être encadré », dira sans ambages le Reporter RFI, comme pour dire, « je ne veux pas être surveillé ».

Christophe Boisbouvier est de nature un peu timide, habituellement réservé, mais dès qu’il ouvre son micro, une illumination certaine le met en transe. Est-ce là le secret de sa production exceptionnelle ? En tout cas, une fois au travail, Christophe Boisbouvier se transfigure, au sens propre comme au sens figuré.

M. Ngoy Kassanji, aujourd'hui gouverneur du kasaï Oriental, un de ses fervents admirateurs, pensait beaucoup de biens de RFI qui l’avait soutenu dans sa lutte pour récupérer son gros diamant convoité par le régime Afdélien. Ayant alors compris l’importance de l’audiovisuel dans la défense des libertés individuelles et collectives, ce diamantaire s’était mué en promoteur de la Radio Télé Océan Pacifique (RTOP) de Mbuji- Mayi, Et son rêve, à l'époque lorsque nous l'avions rencontré, était d'avoir un Christophe Boisbouvier local dans son équipe.

Mais avec les vingt-sept ans d’expérience radiophonique de ce dernier, ce rêve risque d’être une vraie gageure.

A chaque fois qu'un média est fermé, c'est une atteinte flagrante contre la liberté d'expression. Après une fermeture en lot (40 médias) par Toussaint Tshilombo, le ministre de l'information le plus éphémère de la République, Lambert Mende emboîte les pas de ses prédécesseurs qui ont excellé dans le musèlement des médias en République Démocratique du Congo. Comment un pays qui a l'appellation de "Démocratique " peut-il penser que ses citoyens ne sont pas assez adultes dans le choix des informations dont ils ont besoin? Pourquoi le ministre s'arroge-t-il le droit de sectionner le son d'une radio, notamment RFI. Cette dernière n'est pas nocive pour les Congolais, elle fait partie du paysage médiatique congolais (Pac).

Se taire aujourd'hui, c'est choisir le camp des prédateurs qui écrèment la classe politique congolaise. Chaque ministre qui arrive au ministère de la communication et presse a une une seule ambition: bâillonner les médias pour se croire et se faire plus important alors même être ministre, c'est pour servir son peuple, son pays. Le peuple a le libre arbitre d'écouter ce qu'il veut, de regarder ce qui l'intéresse, le gouvernement " démocratique" n'a pas le droit d' imposer, quoi que ce soit au peuple. oublier cela , c'est prendre une pente dangereuse qui mène à la dictature.

Hier alors qu'ils étaient en rébellion, les seigneurs de guerre étaient tous heureux que RFI les interrogent sur leurs avancées; aujourd'hui au pouvoir après avoir tronqué leurs trellis militaires en costume trois pièces, salaires mirobolants et 4X4 Prado, ils coupent le signal de RFI début mai 2009 à Bunia (chef-lieu du district d'Ituri, dans la Province orientale) et le 10 juin 2009 à Bukavu.