Il sied de rappeler ici que l’illustre disparu, l’oncle maternel du Grand Kallé Jeef, était également un grand compositeur des chants liturgiques. Ainsi, Papa Wemba, en bon ancien chantre de la paroisse St Joseph de Matonge, avait pour la circonstance chanté des cantiques sacrés pendant la messe, entouré de plusieurs célébrités musicales dont le Poète Lutumba, Nyoka Longo, Manuaku Waku, Koffi Olomide, Werrason, Ilo Pablo, Tshala Muana, Marie Misamu, Jean Goubald et autres.

Cette effervescence autour du sexagénaire à la voix limpide lui a sûrement fait prendre conscience du rôle qui devrait désormais être le sien dans la musique congolaise, celui de rassembleur de tous nos aèdes pour tirer notre musique de son inadéquation saugrenue. Musique la plus dansée et la plus écoutée d’Afrique, elle reste malheureusement celle la moins vendue du continent, mettant ainsi nos musiciens dans une situation de précarité permanente.

Et pour donner l’exemple, Papa Wemba, en privé ou en public, n’hésite plus à aller assister aux prestations scéniques de ses collègues musiciens, comme ce fut le cas dernièrement avec Koffi Olomide et JB Mpiana, le jour de l’anniversaire de ce dernier.

Touchés par cette sollicitude, ses cadets comme ses aînés ont également commencé à lui renvoyer l’ascenseur en assistant de plus en plus à ses concerts, notamment celui acoustique livré le jeudi 11 juin 2005 au Black and White où on a noté la présence du « Quadrokoraman », le Grand Mopao de l’orchestre Quartier Latin et celle d’Adolphe Dominguez, le Prince de la Sape, du Wenge Tonya Tonya.

C’est ce nouvel état esprit positif qui explique d’ailleurs la présence massive de ses collègues musiciens à la cathédrale Notre Dame de Linguala le jour du son soixantième anniversaire, laquelle présence avait été chaleureusement saluée par Mr l’abbé Coco, le curé de cette paroisse, lequel a exhorté nos artistes à persévérer dans la voie de confraternité pour que notre musique ne perde pas son leadership africain actuel, malheureusement souvent laminé par leurs multiples et inutiles chicanes.

L’homélie de Mgr Laurent Mosengo Passinya qui a planché sur l’humanisme exceptionnel de son illustre prédécesseur, le cardinal Joseph Albert Malamu, a sûrement interpellé la conscience de nos stars présentes sur le lieu, lesquelles, la main sur le cœur, ont promis d’aller désormais dans le sens de la politique du « bon voisinage » prônée par M’zee Papa Wemba, lequel, toujours pour donner l’exemple, est parti souffler ses 60 bougies en partageant son gâteau d’anniversaire avec les habitués des aubades de Koffi Olomide chez Bibi à Kitambo, après son concert dit d’amitié livré le même soir au « Planet J ».

Espérons que ce dernier saura convaincre ses semblables parfois trop enclins à se croire sortis de la cuisse de Jupiter.

La deuxième responsabilité dont croit se donner le « Mwalimo » après ses soixante ans est celle de partager avec la jeunesse, voire avec ses pairs, sa riche expérience musicale. Il a commencé ce volet de sa nouvelle vision le 16 juin 2009 à l’Institut National des Arts où, à l’invitation des étudiants de première licence de la section Animation Culturelle/ Administration et Gestion des Entreprises Culturelles, il avait fait un exposé magistral sur la problématique des orchestres congolais et celle de leur management suivi d’un débat à bâtons rompus.

Après avoir donné le contenu du concept management des artistes ou d’un groupe d’artistes, Papa Wemba avait fait un commentaire judicieux en la matière sur son parcours personnel en avouant que dès le début des années 80, il avait toujours bénéficié des apports d’un management efficace dont le premier était celui de la maison Visa 80 du feu Luambo Makiadi qui avait fait tourner pour la première fois un orchestre des jeunes congolais à travers le vieux monde, en l’occurrence le Viva La Musica. D’après le communicateur, dans le monde du show-biz international, il était vraiment inconcevable d’agir efficacement sans pareil encadrement.

Mais si depuis lors, l’artiste Papa Wemba est toujours managé, son orchestre par contre évolue sous sa propre coupe avec le concours d’un bureau de supervision. Cette situation est imputable au fait qu’à nos jours, sans sponsoring ni mécénat, encore moins sans subventions de la collectivité, la prestation de différents ensembles musicaux congolais n’est plus à même d’inciter à un contrat de management rentable, encore moins bancable.

Et comme la plupart de sponsors ou de producteurs ne viennent solliciter que l’artiste Papa Wemba et non le groupe Viva La musica, il appartient alors à ce dernier d’inclure cette donne dans la réalisation de ses différents engagements.

En réalité, c’est l’artiste Papa Wemba qui cède 40 % de ses cachets à l’orchestre Viva La Musica, devenant de ce fait le manager de son orchestre. Pour corroborer ses dires, il a dévoilé que l’album « Tribune d’honneur » d’Apocalypse, une des coqueluches de son ensemble musical, qui va être bientôt sur le marché de disque, a été en grande partie financé par lui-même, conscient que ce garçon talentueux méritait qu’on fasse la promotion de ses qualités artistiques.

Pour le titulaire de ce cours, Papa Wemba avait fait avec maestria la démonstration de son savoir-faire et de son faire savoir dans le domaine du management à un auditoire médusé, laquelle démonstration devrait forcément avoir suscité l’admiration de l’assistance. Il avait par ailleurs émis le vœu de voir nos artistes faire recours aux divers spécialistes formés à l’INA dans la gestion de leurs entreprises culturelles.

Pour montrer son enthousiasme, l’assistante avait sollicité de l’orateur un chant a capela. Et sans se faire trop prier, celui-ci entama aussitôt la chanson Ndjamena qui fait partie du répertoire de son prochain opus world titré « Notre Père », initialement annoncé sous l’appellation de « Kemafumbe », une dénomination qui n’a pas rencontré l’assentiment de ses producteurs occidentaux.

La particularité de cette chanson sur fond de tango ayant ouvert le bal lors de son dernier spectacle au centre Wallonie Bruxelles est sûrement la subtile apologie de son auteur interprète à notre littérature, à travers notamment la vitalité créatrice de Yoka Lye Mudaba, voire celle de Feu Zamenga Batukezanga.

Sous les applaudissements nourris, les rideaux furent tirés sur cette séance académique de « Notre Père » à l’INA, lequel se dit prêt à récidiver chaque fois il y aura sollicitation dans divers domaines de l’art où il a excellé. Moins d’une semaine après son exploit académique, cet ambassadeur de la culture congolaise s’est envolé avec son groupe « Viva La Musica » à Mayotte, une île du territoire français d’outre-mer, toujours pour tenir haut levé le flambeau de la musique congolaise.

Eh oui! Tant que la musique lui donnera des frissons, ce jeune sexagénaire sera toujours son humble serviteur. Qu’il en soit ainsi !