Club de Paris et crise mondiale à Bercy: " Les éléphants maigrissent et les gazelles meurent " !
Par Freddy Mulongo, dimanche 28 juin 2009 à 17:52 :: radio :: #431 :: rss
Christine Lagarde, Ministre de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi a inauguré la rencontre du Club de Paris et Institute of International Finance (IIF)
Bercy, le Centre de conférences Pierre Mendès France d'où est sortie cette expression de la part de Christine Lagarde pour caractériser la crise: "les éléphants maigrissent et les gazelles meurent "
A Paris-Bercy, le jeudi 25 juin 2009, une grande rencontre du Club de Paris s'est tenu au Ministère de l'économie, de l'industrie et l'emploi, au Centre de conférences Pierre Mendès France, sur le thème: " La crise mondiale et ses implications pour les pays émergents et en voie de développement ".
Plusieurs éminents financiers- économistes se sont exprimés. La première table ronde: " Les facteurs macroéconomiques et financiers sous-jacents à la crise" a eu pour intervenants: Christian Noyer, Gouverneur, Banque de France; John Lipsky, Premier Directeur Général adjoint FMI et Jean Lemièrre, Conseiller du Président, BNP Paribas.
La deuxième table ronde:" L'impact de la crise sur les marchés émergents: crise de liquidité et vulnérabilité des balances de paiements ", avec Sri Mulyani Indrawati, Ministre des Finances et de la Coordination des Affaires économiques, Indosie; Rintaro Tamaki, Directeur général du Bureau International, Ministère des Finances, japon, Bill Brummitt, Directeur général, Division d'Economie Internationale, Trésor , Australie
La troisième table ronde: " Les nouveaux défis du financement des pays à bas revenus "
M. Lazare Essimi Menye, Ministre des Finances du Cameroun.
Il est passé par Washington où il représentait l'Afrique francophone au conseil d'administration du FMI; mais dès son retour dans son pays, comme ministre délégué au Budget, il s'est replongé dans le bain camerounais, avec une intelligence des situations et des dynamiques de pouvoir. Ses compatriotes disent de lui qu'il est rusé voire très rusé, humble, rigoureux et silencieux, Essimi Menye maitrise parfaitement les arcanes de la finance, de la dépense publique et de la politique. Il sait rester avant tout concentré et discret.
"La crise, cela fait plus de 20 ans que mon pays vit dans la crise. L'actuelle on ne l'a pas arrivée car lorsqu'on est déjà fatigué lorsqu'on vous pousse, cela ne change pas grand chose." telle a été sa première phrase à la tribune. Le Cameroun dont la dette extérieure équivaut à 15 % de son PIB, avait bénéficié de l'annulation de sa dette en 2006. Certains observateurs parlent d'un Plan Marshall pour l'Afrique pour faire face à la crise. Les questions demeurent: Est-ce que les ressources sont- là ? Les pays africains doivent-ils se réendetter ? La réponse à cette dernière est oui. "Car les engagements pris par les bailleurs de fonds ne sont pas tenus; les financements additionnels et financements concessionnels plombent les pays africains "
Dr.Paul A.Acquah, Gouverneur du Ghana.
En 2008, à Washington, le Dr Paul Acquah, a reçu le trophée de Meilleur gouverneur de banque centrale lors des « African Banker Awards », les trophées des milieux financiers et bancaires africaines, pour avoir mieux reformé, stabilisé et aidé à la croissance des marchés.
Tous les pays africains souffrent de la crise, mais au Ghana, le noix de coco a défié la gravité ", "L'économie ghanéenne est encore un peu "robuste et résistante", malgré la crise financière ". Les effets de cette crise ont été minimes au Ghana, notant toutefois que l'économie du pays pourrait être affectée à moyen et long termes, quand il y aura une baisse de la demande des matières premières avec la récession mondiale et la spirale des prix du pétrole. Il a reconnu que l'on craignait également une baisse de l'aide des donateurs et des transferts de fonds des Ghanéens installés à l'étranger ainsi qu'une réduction des investissements dans les pays en développement.
"Tout cela aura des implications sur les prix, les équilibres macroéconomiques et les perspectives de croissance", a-t-il expliqué. ajoutant que l'évaluation actuelle pour l'année 2008, "est que l'activité économique continue de se développer raisonnablement avec une forte croissance des exportations tout en étant soutenue par l'augmentation de la demande locale et la politique de relance budgétaire".
La communauté internationale subit ces derniers temps les effets de la crise qui secoue les marchés financiers internationaux, ce qui fait craindre une récession dans les pays industrialisés avec des conséquences mondiales, ce qui a poussé les gouvernements à adopter diverses mesures, y compris d'énormes injections de liquidité, la capitalisation et la nationalisation partielle de banques et l'offre de garanties par les gouvernements pour rassurer les déposants. "Nous avons examiné les éventuelles chaînes de transmission de la crise à l'environnement local. D'après notre évaluation des récentes performances de l'économie, l'effet de la crise est jusqu'ici limité", a insisté Dr Acquah.
Le Ghana pourrait être affecté par l'exposition des banques, la baisse de la demande des matières premières, particulièrement l'or et le cacao, la baisse de l'aide des donateurs et des transferts de fonds de nos ressortissants à l'étranger et la réduction des apports d'investissements.
Le Dr Acquah a révélé que l'exposition des investissements des banques ghanéennes à l'étranger restait dans des limites acceptables et qu'ils étaient détenus par les institutions financières honorables.
En outre, la mesure du risque de change indique que le système bancaire n'est pas trop exposé tandis que les emprunts extérieurs par les banques pour financer leurs activités s'élèvent à moins de cinq pour cent du total de leurs besoins en matière de financement, ce qui indique qu'elles se reposent essentiellement sur les dépôts locaux.
"Par ailleurs, étant donné les niveaux actuels des emprunts non remboursés seul un rappel d'une proportion significative en excès de 50 pour cent dans des circonstances exceptionnelles aurait un impact matériel sur le coefficient de suffisance du capital des banques", a expliqué M. Acquah.
Donald Kaberuka, Président, Banque Africaine de Développement (BAD)
Il a parlé en français et anglais simultanément. Au début de la crise, l'idée d'un découplage entre les économies nanties et celles des pays à faible revenu était souvent avancée mais s'est avérée très rapidement prématurée. la BAD était consciente que cette crise toucherait tôt ou tard l'économie réelle de nos pays. la question était de savoir à quel moment et quelle en serait la profondeur. Il s'avère aujourd'hui que la crise économique s'est malheureusement manifestée dans plusieurs pays d'Afrique plus tôt que prévu et que son impact est assez profond dans certaines régions.
Il est vrai que dans un premier temps, au moment où la crise financière touchait de plein fouet les économies développées, les pays à faible revenu ont généralement bénéficié de la baisse du cours du pétrole et des denrées alimentaires. Cette baisse du cours du pétrole et des denrées alimentaires. Cette baisse a permis pendant un certain temps de relâcher la pression qui pesait sur les comptes courants et le budget des ménages des pays fortement dépendants des importants en produits agricoles et parallèlement, la chute brutale des cours des cours du pétrole bénéficie aux pays importateurs de pétrole. En outre, l'état embryonnaire du secteur financier, combiné au rôle prépondérant joué par les échanges agricoles sous-régionaux ont permis de protéger les pays à faible revenu des premiers impacts de la crise.
A l'heure actuelle, les performances économiques d'un grand nombre de pays africains à faible revenu demeurent mixtes. l'Afrique sub-saharienne affichera, en moyenne, un taux de croissance de moins de 3%. Ceci dit, une dizaine de pays éligibles au FAD devraient afficher une croissance supérieure à 5% en 2009. Une autre dizaine de pays va probablement enregistrer une croissance économique supérieure à la poussée démocratique estimée à 2-3%. mais en même temps, 26 pays devraient subir une contraction assez inquiétante de leurs revenus par habitant en 2009, causée soit par la forte dépendance vis-à-vis de l'activité économique d'un pays voisin jouant le rôle de moteur sous-régional de croissance (A titre d'exemple, l'entrée en récession de l'Afrique du Sud a eu un impact fort sur les recettes fiscales et les transferts de fonds des migrants du Lesotho et de la Namibie), soit par la structure des exportations, celle des flux financiers ou une capacité de réaction interne assez limitée.
De façon prévisible, la balance commerciale de la plupart des pays exportateurs en ressources naturelles telles que le pétrole et les produits miniers s'est fortement dégradée avec la chute du cours. Au Nigeria, par exemple, les recettes publiques constituées à 80% par les recettes du pétrole, avaient déjà baissé de 25% au début de 2009 par rapport aux niveaux de 2008.
Les flux de capitaux à destination de certains pays ont également été sérieusement touchés surtout pour les grands projets d'infrastructures et les investissements dans le secteur des mines. les exemples dans ce sens sont nombreux. En Guinée, en République Démocratique du Congo et en Zambie, des investissements dans le secteur minier ont été reportés.
La baisse des flux d'investissements, la chute des exportations, l'affaiblissement des transferts des migrants ont fortement pesé sur les réserves de change de nombreux pays tels que le Malawi ou la République Démocratique du Congo qui disposent désormais de moyens assez limités.
le tourisme qui a été un important moteur de croissance pour certains pays africains tels que le maroc, la Tanzanie ou le Kenya est fortement touché. bref, même les secteurs manufacturiers, tels que le textile à Madagascar, ou le secteur de la construction connaissent des difficultés.
La durée de cette crise, toujours inconnue et le fait que l'ampleur de son impact sur les économies africaines n'est peut-être pas encore entièrement visible.
Avec quelques exceptions, la capacité des pays à faible revenu à faire face à une crise prolongée reste très limitée. Leur marge de manoeuvre budgétaire et leurs réserves de change restent généralement faible, contraignant ainsi la mise en oeuvre de plans de sauvetage.


Commentaires
1. Le dimanche 28 juin 2009 à 20:02, par Musengeshi Katata
2. Le lundi 29 juin 2009 à 11:04, par BWANDOPVU
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