Jean-Pierre Bemba plus populaire que jamais !
Par James Bénédict Ngumbu, jeudi 9 juillet 2009 à 19:19 :: liens :: #445 :: rss
Jean-Pierre Bemba à son départ de l'Eglise après la messe
L’ancien vice-président congolais toujours détenu à La Haye a crée un événement hier à Bruxelles. Autorisé par la Cour pénale Internationale (CPI) de rendre un dernier hommage à son père (Jeannot Bemba Saolona), le «Gros poisson» de la CPI a démontré l’immense popularité qu’il jouirait toujours auprès des ses compatriotes. La cérémonie religieuse en hommage à Jeannot Bemba Saolona, sénateur et richissime homme d’affaires congolais, a eu lieu sous une pluie battante à la cathédrale Saints Michel et Gudule de Bruxelles. Jeannot Bemba Saolona qui est décédé le 2 juillet dans une clinique bruxelloise, à 67 ans, victime d’un arrêt cardiaque, était une figure emblématique au Congo. Self-made man qui a prospéré dans le commerce et proche du Maréchal Mobutu, il était depuis plusieurs années président du patronat de l’Association Nationale des entreprises Zaïroises (ANEZA). Sa mort inopinée a attristé beaucoup de personnes.
Léon Kengo wa Dondo, président du Sénat était présent à la messe pour assister la famille Bemba
Maître Aimé Kilolo Musamba Lubemba, l'un des avocats de jean-Pierre Bemba dans l'assistance
Des trajets risqués pour un rendez-vous hautement surveillé
Pour se rendre dans la capitale belge, tout moyen était bon. C’était un véritable parcours de combattant que nous avons vécu à partir de la mairie de Villeneuve-La-Garenne, point de départ de la délégation de Paris, conduite par le président «Lefils» Batomene. Les places étant très limitées abord des bus loués par des associations, notamment les Amis des Jean-Pierre Bemba et Alliées (AJPBA), l’opération s’avérait difficile pour satisfaire tout le monde. D’autres solutions étaient nées pour rendre un dernier hommage à papa Jeannot. Signalons que l’homme a été un interlocuteur attitré de toutes ces associations auprès de sa famille. Voilà pourquoi en dehors du chapitre « chairman Bemba », tous voulaient y être présents. On a vu des gens partir de Paris pour Bruxelles, dans des conditions véritablement difficiles. Certains s’agglutinaient à 6 dans une voiture devant contenir normalement 4 personnes. Ils ont eu à supporter ce calvaire pendant une distance estimée à plus de 300 km. Et aux dires des différents responsables, la scène se répétait partout ailleurs. Que dire de Bana Londres, ces militants résident en Angleterre (extrêmement opposés au régime de Kinshasa), qui se sont déplacés dans des cars en bradant parfois des normes de sécurité. Les Congolais savent s’en sortir dans la débrouille ! Heureusement pour les sympathisants et alliés de Jean-Pierre Bemba, tout s’est bien passé et on n’a déploré aucun incident parmi les voyageurs, hormis quelques interpellations furtives observées dans des frontières, dues notamment aux surcharges des voitures et personnes n’était arrêtée. La plupart des militants sont arrivés à Bruxelles aux alentours de 12 h00 pour se rendre à la Cathédrale.
A 13 h00, le cercueil de « Papa Jeannot » a été emmené dans l’enceinte de la cathédrale par le service funèbre sous des cris et chants religieux congolais d’autant que la messe était célébrée dans le contexte congolais. Derrière, les proches du défunt suivaient dans une ambiance lourde. Habillé en costume sombre, chemise blanche assortie d’une cravate noire, Jean-Pierre Bemba était là accompagné par une présence policière discrète à l’intérieur du bâtiment. Il s’est mis au premier banc entre deux femmes, Pierrette et Liliane, respectivement épouse de Jeannot et de Jean-Pierre Bemba.
Les soutiens des personnalités politiques présentés à la famille Bemba
Un grand nombre des acteurs politiques belges, congolais et africains ont rehaussé de leur présence cette cérémonie. Du côté congolais, plusieurs officiels dont le président du sénat Léon Kengo Wa Dondo et le nouvel ambassadeur Henri Mova Sakani étaient présents. On a également noté la présence des nombreux élus du MLC tels que ; Fidèle Babala, Ramazani Baya, Adam Bombole, Jacques Lungwana, Micheline Mbiye … Quant à la Belgique, elle était représentée par Johan Swanen, ancien ambassadeur de ce pays en RDC et certains élus.
En effet, la communauté africaine n’avait pas dérogé à la règle. Nombreuses personnalités politiques de la sous région ont soutenu la famille dans cette dure épreuve. Si bon nombre avait souhaité signer le registre des condoléances sur place à Bruxelles, d’autres par contre bien que empêchés, ont fait parvenir des messages de condoléances par le biais de l’entourage, c’est le cas de Martin Ziguélé, ancien premier ministre centrafricain et Nguila Moungounga Nkombo, ancien ministre de l’économie du Congo-Brazzaville. Tous ont fait parvenir des mots d’encouragement à la famille de l’illustre disparu à travers leurs proches qui étaient présents. Cet événement a attiré plusieurs médias dans l’enceinte de l’église, focalisant leur optique sur Jean-Pierre Bemba.
L’ombre de Mobutu renaît à Bruxelles
Dans le rang des dignitaires Mobutistes, la fraternité est restée invraisemblablement intacte malgré les différences idéologiques qui caractérisent cet ensemble. Une grande partie de la salle a vu défiler, des anciens cadres et ministres de Mobutu. Parmi eux figuraient, Baramoto, Eluki, Bolozi, Kikunda, Cdt Diasolua, Kimbulu, Mbiye, Nlando et bien d’autres.
Loin des yeux prêts du cœur dit-on, cet adage a confirmé le principe. Les absents du système Mobutu ont daigné aussi apporter leur solidarité à l’illustre disparu. Le témoignage touchant de Honoré Ngbanda, président de l’Apareco représenté par son ami Alphone Ebama, a émit plus d’un Congolais. Son site étant devenu en quelque sorte une vitrine de la résistance congolaise, faisait déjà diffusé un message citant les actions de « Ya » Jeannot. Et ce message était relayé via certains réseaux! Par ailleurs, Bosco Kasogbia Binga, ancien directeur de protocole de Mobutu qui vit à Londres a par le canal de son ami Likimba Te Nzengi, livré un message de condoléance à la famille.
Enfin, la mort de Jeannot Bemba était aussi une occasion pour les Congolais de l’étranger de revoir, les deux clans biologiques de la famille Mobutu assis presque côte à côte, pourtant divisés cyniquement par les enjeux politiques et matériels. D’abord le camp de Nzanga Mobutu, le fils du maréchal qui a épousé Cathy, la sœur de Jean-Pierre Bemba et qui par la suite a rejoint le bateau du kabilisme pour devenir vice-premier ministre et fervent allié de Joseph Kabila, était bien présent pour rendre hommage à sa belle famille. Il a été représenté à cette occasion par sa mère, Bobi Ladawa, appuyée par certains enfants dont Toku Mobutu, la fille du maréchal qui vit à Paris. De l’autre bord, figurait l’aile gauche du mobutisme, celle qui a choisi Jean-Pierre Bemba (et par dévers lui, le peuple dit-on à Kinshasa) depuis longtemps et qui a élu domicile à Bruxelles. Cette délégation composée des enfants de la première femme de Mobutu, maman Antoinette, était encadrée par Zemanga Mobutu-petit fils de Mobutu (fils aîné de Niwa), plus connu sous le nom de Kokosé.
Apparemment, ce camp serait plus applaudi par l’assistance car la présence de Yango et Marie-Louise, filles du maréchal devant la porte où étaient amassés des militants qui voulaient voir Bemba, a suscité un encouragement et de la compassion à leur égard. Pour preuve, on se rappellera des paroles prononcées par une dame âgée, à l’endroit de Kokosé « Ye koko atikela ye lingenda na yé, ako zala nkumu. kolanda bango te, Yo nde ! ». S’est exclamée –t- elle presque en sanglot. Traduiser par : filston, ton grand-père t’a laissé sa canne magique et ses pouvoirs, souviens-toi de cette bénédiction et sois du côté du peuple. Tu es le dignitaire attitré du clan ! Ce qui n’est pas le cas de la mère de Nzanga que les Congolais regardaient avec indifférence et mépris injustifiés peut-être.
Surveillance, engouement et timides débordements
La fin du culte était le point d’orgue de cet événement d’autant que c’était l’unique occasion où les gens rêvaient toucher les deux Bemba. L’un mort, enseveli dans un cercueil couvert du drapeau congolais, symbolisait la fin tragique d’un être adoré. L’autre vivant, incarnant une chaîne d’espoirs d’une grande partie du peuple congolais, mais qui malheureusement est privé de liberté et demeure en détention.
A la fin du culte, un message d’adieu a été lu par les petits-fils et les petites filles du Sénateur Jeannot Bemba Saolona. Les paroles du petit Jonathan (fils cadet de Jean-Pierre), ont fait couler les larmes de plus d’un. «Koko -grand-père en lingala- tu nous quitte au moment où nous avons grandement besoin de toi. Je ne réalise jamais que tu es mort. J’espère que nous nous reverrons là haut un jour. » A-t- il déclaré presque pleurant dans sa voix.
Ensuite, la biographie du défunt sera retracée depuis sa naissance jusqu’à son décès en passant par sa carrière d’homme d’affaires et terminant par son implication politique dès la CNS jusqu’à son élection en tant que sénateur. Ces messages étaient lus par un cousin du défunt.
A l’issue de l’office, la famille a accompagné le corps pour un dernier hommage en groupe restreint dans une salle de la cathédrale. C’est devant cette salle que s’est dirigé Jean-Pierre Bemba et tout le monde voulait le voir en criant : « Bemba président ! Libérez Bemba ! ou Igwe Ba longa yo te ! » Cet exercice était très ardu pour les forces de l’ordre et le service protocolaire de l’AJPBA. Des agents de police aussi bien en uniformes qu’en civil ont eu du mal à contenir la foule.
Signes inquiétants, les élus du MLC dans le collimateur des résistants londoniens
Le parti de Jean-Pierre Bemba n’a pas toujours une bonne presse auprès des Congolais de la diaspora. Entre les élus du MLC et les Congolais de l’Europe, on commence à se regarder parfois en chien de faïence. Le climat malsain frise parfois le ridicule et si l’on n’ y prête guerre attention, les relations pourraient se dégrader. Dommage pour la démocratie et la nation ! Ce qui s’est passé lors de cette cérémonie mérite davantage des explications. D’abord, les quelques personnes rencontrées, n’ont pas apprécié la présence timide des cadres du parti aux diverses actions menées par les congolais, ne fut-ce qu’en terme d’encadrement ou lors de la prise de parole en mémoire du sénateur Bemba Saolona.
«Comment voulez-vous qu’aucun député du parti, aucun sénateur n’ait pu prendre la parole pour remercier les gens lors des oraisons funéraires? Et pourtant ils auraient pu gagner la sympathie des Congolais venus de partout pour encourager celui qui les a donné l’occasion de devenir ce qu’ils sont. Cela aurait pu éviter la longue file qui traînait derrière Jean-Pierre» a indiqué le professeur, Jean-Clément Ilunga venu pour la circonstance, rendre hommage au disparu.
Quant aux combattants de Londres, l’ennemi de Bemba est dorénavant connu. En dehors du régime en place, quelques cadres de sa famille politique sont indexés fréquemment. « Bino bozela Bemba abima. Toko silisa bino lolendo ou attendez que Bemba soit libéré, vous serez humiliés » Pointait du doigt accusateur, l’un des militants à l’endroit d’un sénateur du MLC qui était assis à côté de Jean-De Dieu Moleka (ancien ambassadeur de la RDC à Paris). Ce sénateur serait connu comme quelqu’un qui flirte souvent avec Joseph Kabila. Charly Esalo n'a pas hésité à interpeller un groupe de députés MLC "Bozo sala nini na parlement wana ? "
Personne ne peut nier la tristesse qui se lisait sur les visages des élus du MLC. Dans cette épreuve, les amis politiques de Bemba que nous avons rencontré, attestaient leur consternation. On ne peut pas mettre tous les œufs dans le même panier. Agir ainsi, c’est encourager une certaine haine de notre part. Jacques Lungwana, député du parti cher à Bemba, était même programmé dans l’émission que « Club Plus News » organise. Pour prouver sa solidarité avec le défunt, il a décommandé sa participation.
Cependant, les remarques évoquées sont réelles. Il suffisait seulement de lire quelques signes pour donner raison aux pourfendeurs. En effet, la longue file d’attente qui s’est dressée devant la porte où s’est recueilli le Président du MLC, était également signe d’une désorganisation. Cela serait-il permis d’être mis sous le compte du MLC ? Difficile à répondre. Cependant, on sait parfaitement que ces élus viennent de Kinshasa et ils ne sont pas doués dans ce domaine d’autant qu’ils n’habitent pas Bruxelles. Leur responsabilité serait attribuée sur d’autres registres. Le manque de coopération avec leurs sympathisants de la diaspora serait peut-être l’élément probant.
Tout le monde voulait voir Jean-Pierre Bemba et en dehors du président du sénat, Kengo Wa Dondo, personne n’est venu dire ne fut-ce qu’un simple mot d’encouragement aux sympathisants qui n’ont pas pu le rencontrer. Il y a eu aussi quelques mots de Jean-Jacques Mbungani, mais cela ne suffisait pas pour calmer la grogne.
Pour que le parti de Bemba pense à rendre service aux Congolais et même aux institutions démocratiques du pays, il convient à ses élus de se souder les coudes en ce temps de turbulences. Les échéances électorales s’approchant bientôt, il me parait logique d’attirer l’attention des cadres de ce parti qui sont souvent à tort ou à raison mal apprécié tant à Kinshasa qu’au sein de la diaspora congolaise. En politique, on ne se sépare pas de sa base autrement on foncerait directement vers l’abîme. Et dire que l’an 2011 serait un moment important pour une alternative en RDC, cela ne saurait se faire sans tenir compte de ses remarques. Si dans le pire de cas Jean-Pierre Bemba est déclaré non partant pour des prochaines élections, on aurait du mal à parier sur une probable candidature venant du MLC.
Cela deviendra très compliqué pour la famille politique de Bemba. La débâcle toucherait aussi ceux qui siègent aujourd’hui au parlement, au nom du MLC puis qu’ils risquent de perdre leur pari. Il en serait de même pour le pouvoir qui débauche les brebis égarées du Mouvement pour la Libération du Congo.
Un pouvoir n’est crédible que quand il y a une opposition constructive et utile. Dans le cas d’espèce, l’opposition congolaise (qui est paradoxalement le premier groupe parlementaire en Afrique, en terme des sièges) donne l’impression d’inhaler des gaz toxiques produit par l’établissement d’une pensée unique, qui naît au Congo.
Dans les deux hémicycles parlementaires (Sénat et parlement), les lois pouvant aider le pays à sortir de la corruption, de la dérive politique et du pillage systématique dont est victime la RDC se font rarement votées par les élus. Seraient-t-ils obnubilés ou tentés par autres choses que le bien être du peuple ? Rien n’est moins sûr en tout cas. Pourtant, la classe politique congolaise regorge des valeurs intellectuelles très pointues. Mais pourquoi les députés et sénateurs des nos institutions démocratiques ne décollent- ils pas ? Telle est la question principale.
En attendant, il faut espérer que le « chairman » absorbe de l’oxygène libre, celui de la liberté et c’est après que l’on se réglerait les comptes entre militants et dirigeants, entre résistants et opposants, sinon personne ne sortirait gagnant.


Commentaires
1. Le lundi 13 juillet 2009 à 10:16, par carla-thessya
2. Le lundi 13 juillet 2009 à 11:44, par Willy Maloba
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