En sortant de leurs cours, un groupe d’étudiants se bouche le nez en passant derrière la résidence des garçons, Boyoma II (BII) de l’Unikis, tellement l’odeur des fosses septiques et des matières fécales est insistante. Des nuées de mouches rôdent autour des poubelles, des flaques d’eau boueuse où baignent des sachets : le spectacle est repoussant.

“C’est un paradoxe de voir les étudiants et étudiantes qui sortent des chambres tirés à quatre épingles et exhalant un bon parfum”, constate ironiquement Patrick, un étudiant qui habite la cité.

Louis, un étudiant interne témoigne que, dans leur chambre, ils sont obligés de “partager la petite pièce avec des rats faute de propreté de notre part”.

A la résidence Wagenia, les cuves noirâtres des toilettes dégagent une odeur qui dégoûte un étudiant externe de se soulager. “Ce qui décourage”, confie un des pensionnaires de ce home, c’est que “ceux qui utilisent les toilettes ne prennent pas le soin de verser de l’eau”. Certaines cuves sont remplies, comme à la résidence Shaumba et d’autres n’évacuent presque plus car les conduits d’eau sont bouchés.

“Nous avons extrait des tuyaux de canalisation une dizaine des slips et des linges lors de l’entretien” témoigne Augustin Ayumba, gestionnaire du BI, “c’est ce qui bloque le passage de l’eau vers les fosses septiques”. En outre la tuyauterie date de 1970 et n’a jamais été remplacée comme le reconnaît Roger Onyumbe, Directeur des oeuvres estudiantines.

Il n’y a jamais eu de travaux de réhabilitation. “L’affaissement des bâtiments a coincé les tuyaux de canalisation au point que rien ne peut passer”.

Une surpopulation catastrophique

Destiné initialement à accueillir 900 étudiants, le campus en loge trois ou quatre fois plus, ce qui complique encore plus la situation.

Par exemple “la capacité d’accueil du BI est de 180 étudiantes pour 60 chambres. De nos jours, une chambre reçoit 3 étudiants régulièrement inscrits et 3 sous logées, faites le calcul…”.

“Mais nous n’avons pas le choix… c’est pour des raisons humanitaires que nous les maintenons, car certains n’ont pas où aller…” affirme le gestionnaire de BI. Dans ces conditions l’hygiène se dégrade peu à peu causant des problèmes de santé, comme en témoigne cette étudiante en terminale : “J’ai déjà été victime d’infections et les autres le sont mais il est difficile d’en parler”.

Une autre explique : “On attrape les infections des suites des contacts avec les cuves malpropres encore que on prend bain l’eau restante est versée dans les cuves”.

1 $ par mois de loyer

Certains pensionnaires font cependant des efforts. De petites organisations se font jour au sein des homes.

“Nous demandons 100 fc par pensionnaire pour engager un ouvrier qui assainira les alentours du home”, explique le vice maire de BII, Blaise Zagi. Avec les 9 agents prêts à la retraite dont dispose l’Université pour l’entretien de 5 résidences, il est impossible de les maintenir en bon état.

“Nous n’avons pas de subsides de fonctionnement de l’Etat, et le 1 $ de loyer par mois que les étudiants paient ne suffit pas, argumente le DOE, visiblement touché. Augmenter les frais de logement à 5 $ pourrait contribuer à améliorer la situation.” Des étudiants interrogés ne seraient pas opposés à cette augmentation si leurs conditions de logement sont améliorées.

Mais, rassure le gestionnaire de BI lors d’une visite guidée, “avec le peu qu’on a, on commence d’abord par le vidange des fosses septiques et le nettoyage des tuyaux de canalisation du BI suivra le tour des autres résidences”.

Cependant il est aussi nécessaire de faire prendre conscience aux étudiants de leurs responsabilités dans cette situation et de prendre des mesures punitives contre les contrevenants : exclusion temporaire du home, confiscation du matelas… “Nous pensons aussi que nous concerter avec les pensionnaires en vue de réfléchir sur un plaidoyer auprès de l’Assemblée provinciale pourrait changer la donne” conclut, confiant, le DOE.