Arrivé à 13h00 à l’Elysée avec une forte délégation, Paul Biya été accueilli chaleureusement par Nicolas Sarkozy qui l’attendait devant le perron de l’Elysée face à un parterre des journalistes tant africains que français. Ils se sont entretenus à huis clos pendant 1h 20 sur divers sujets.

Selon des sources proches du dossier, Nicolas Sarkozy a demandé à son hôte de poursuivre et approfondir ses efforts pour la démocratie et des droits de l’homme, au cours du déjeuné qui lui était offert.

Il était aussi question d’évoquer la situation intérieure camerounaise, y compris les sujets liés à la bonne gouvernance, à la démocratie et des droits de l’homme. Le président français, Nicolas Sarkozy a rappelé que « la bonne gouvernance » était un critère essentiel de développement et il a également émit les vœux de voir le Cameroun organiser des élections libres.

En effet, Nicolas Sarkozy a assuré que la France maintiendrait son aide au Cameroun malgré la crise. Il a confirmé les 537 millions d’Euros promis sur cinq ans dans le cadre du contrat de désendettement et développement (C2D), qui prévoit une annulation de la dette bilatérale en échange d’investissement dans des secteurs prioritaires.

Au sortir de l’audience, le président Biya a répondu aux questions de la presse qui voulait s’enquérir de la situation. « Nous avons évoqué plusieurs questions relatives aux accords bilatéraux que nous entretenons. Cette visite était surtout l’occasion de faire un tour d’horizon sur divers sujet. » A révélé le président camerounais.

Devant la presse où nous avions pris part, Paul Biya a surtout confirmé sa volonté de prendre la succession de Omar Bongo. Répondant à la question de notre confrère Jean-Noël de la Dépêche de Brazzaville, s’il peut jouer un rôle important après la mort de Omar Bongo ? Il a indiqué que : « Le Cameroun est prêt à jouer un grand rôle dans la sous région. Nous sommes disponibles et nous allons coopérer avec tout le monde en Afrique Centrale pour apporter notre expérience ».

Le moins que l’on puisse, il vient de déclaré tout haut tout ce que l’on imagine déjà en Afrique. Cependant, cette mission paraît difficile car deux prétendants se battent pour prendre la tête du leadership en Afrique Centrale. Il s’agit du congolais, Denis Sassou Nguesso et de Paul Biya lui-même.

A cela s’ajoute les intentions de Obiang Nguema, le président Equato-Guinéen qui lorgne le fauteuil laissé vacant par son défunt voisin parce qu’il estime avoir. Si Omar Bongo avait remplit cette mission avec doigté, il convient de rappeler que ce n’est pas parce qu’il était le plus âgé. Loin de là.

D’ailleurs il ne s’est pas autoproclamé et il n’a pas été élu doyen des chefs d’Etats africains. Son rôle a été reconnu unanimement à la fois par ses pairs et par la communauté africaine en générale, parce qu’il a été à la hauteur de ses tâches en mettant en avant sa sagesse. Au-delà de ça, il intervenait dans tous les conflits continentaux, tout en laissant la place aux opposants tant Gabonais que d’ailleurs.

Voilà tout ce qu’on demande aux prétendants à la succession du défunt président gabonais. Ce n’est pas certainement les déclarations de bonnes intentions qui arrangeront les choses en Afrique. Il sied de noter que cette visite a été très critiquée compte tenu des réactions assez virulentes, observées tant du côté de la communauté camerounaise de France et que du côté de l’opposition française.

Les Camerounais vivant en France ont vivement protesté contre la visite de M. Biya à Paris pour sa longévité au pouvoir. On lui reproche également le fait d’avoir modifié la constitution qui lui permettrait de briguer un nouveau mandat en 2011.

Le collectif des Camerounais souhaitait que Nicolas Sarkozy exige de Paul Biya, la mise sur pied d'une commission d'enquête indépendante internationale au sujet des massacres de février 2008.

Signalons que lors de ce mouvement social contre la vie chère et la révision constitutionnelle, l'Observatoire national des droits de l'Homme (ONDH) avance un bilan d'au moins 139 morts.

Par ailleurs, le président du groupe PS à l'Assemblée a écrit à Nicolas Sarkozy pour lui demander d'aborder le thème de la démocratie avec Paul Biya. « Nous souhaitons vivement que vous réaffirmiez au président camerounais que la France attend que son gouvernement suive la voie de la démocratie dans le respect des principes universels du droit », écrit Jean-Marc Ayrault au chef de l'Etat.

En tout cas, l’action de l’opposition française est interprétée comme un signe positif pour certains Africains dans la mesure où elle met en exergue la démocratie en Afrique. Il est rare de voir les différences apparaître entre acteurs de la politique française sur des sujets tels que ceux-là.

Combien de fois les manifestants ou opposants africains en France, ont-ils été soutenus par l’opposition française dans leurs revendications, faces aux visites qu’effectuent différents présidents africains en France ?

La réponse est sans doute difficile à donner.

La lettre des socialistes, ravive encore les esprits et on croit savoir que cet élément apporte une nouvelle donne à la fameuse France- Afrique. Les lignes commencent à bouger au profit de la démocratie en Afrique.

Au pouvoir depuis 1982, Paul Biya qui est âgé de 76 ans, serait vraisemblablement l’un des plus âgés des présidents africains.