Ali Bongo sera-t-il le président des cadavres et des pierres tombales au Gabon ?
Par Freddy Mulongo, vendredi 4 septembre 2009 à 10:31 :: radio :: #501 :: rss
Paris, jeudi 3 septembre 2009, devant l'ambassade du Gabon: «On ne peut plus accepter ça». Les opposants au nouveau président gabonais Ali Bongo, rassemblés devant leur ambassade à Paris, bouclée par les forces de l'ordre, dénoncent un «coup d'Etat».
A Libreville, Ali Ondimba Bongo a pris un ton grave pour assurer être "le président de tous les Gabonais".
A 5450 kilomètres de là, Ali Bongo est bien proclamé le nouveau président du Gabon, et les bérets rouges dispersent la foule. A Paris, devant l'ambassade du Gabon, au téléphone, une Gabonaise cherche à remonter le moral d'un membre de sa famille, à Libreville: «Ne restez pas chez vous, sortez dans les rues!». «Qu'ils vous tuent, s'ils doivent vous tuer, continue-t-elle. Quoi qu'il arrive, Ali Bongo sera le président des cadavres et des pierres tombales».
En même temps 41,7% ce n'est pas du tout un score à la soviétique ni encore de l'ère de parti unique, parti-Etat. Il y a probablement eu des fraudes, mais c'est surtout le système majoritaire à un tour qui est en cause ! 59% des gabonais n'ont pas voté pour lui ! Tant que cette loi électorale sera en place, il est évident que fraude ou pas, les Bongo seront présidents au Gabon !
Pendant la campagne, l'homme qu'on disait timide, voire taciturne en public, s'est métamorphosé. Sans doute le fruit du coaching d'une importante équipe de conseillers. "On lui reprochait d'être dans sa bulle, il semble en être sorti", affirme un haut fonctionnaire. Les Gabonais ont découvert un Ali Bongo décontracté et drôle, tranchant avec l'homme peu loquace des années précédentes, d'où son nom de campagne, "Ali'9" - en référence à la fois au scrutin de 2009 et à l'homme "neuf".
Sous la fine pluie parisienne, la colère des Gabonais est double: non seulement ils refusent catégoriquement l'élection d'Ali Bongo, qui selon eux a «volé ces élections», mais ils voient se dresser devant eux une barrière de CRS, qui bloque l'accès à l'ambassade, fermée.
La rangée de fonctionnaires de police est vécue comme le symbole de la complicité de l'Etat français. «On ne peut même pas rentrer sur notre territoire», s'emporte Michael, exaspéré. Plus tôt dans la journée, l'étudiant avait profité de la faible présence policière du moment pour tenter de pénétrer dans le bâtiment, bravant les grilles dressées devant l'ambassade. Il avait été rattrappé illico, provoquant l'arrivée de renforts policiers conséquents. «Ce qui se passe chez vous, ça reste chez vous», explique calmement un responsable de la police aux manifestants.
Une succession de dynasties en Afrique
Les Kabila, les Gnassingbé, et aujourd'hui les Bongo ? Après le multipartisme, le continent s’en remet à la filiation.
C’est avec la République démocratique du Congo (ex-Zaïre), que l’Afrique subsaharienne a expérimenté sa première succession dynastique. En 2001, le tombeur du Maréchal Mobutu, M'zée Laurent-Désiré Kabila, est assassiné. Aussitôt, son fils Joseph, illustre inconnu, assure l’intérim. Une promotion validée par les urnes que bien plus tard, en 2006, avec la bénédiction de Louis Michel et la communauté internationale.
En 2005, le fils d’Eyadéma, Faure Gnassingbé, a été propulsé dans le sang à la tête du Togo par son clan, désireux de préserver ses avantages acquis. Nommé à la Défense par son père en 1999, Ali Bongo a eu le temps de se préparer à prendre les rênes. «la longévité de son père, synonyme de stabilité, a créé un sentiment national fort, une vraie fierté d’être gabonais». Paradoxalement, cette fierté pourrait se retourner contre son fils, les Gabonais refusant une dérive monarchique dans leur pays.
Dans d’autres pays, comme en Libye ou au Sénégal, les dirigeants actuels ont mis sur orbite leurs rejetons. A Tripoli, Seif el-Islam (37 ans) et Saadi (36 ans) tiennent la corde. A Dakar, malgré un échec retentissant lors des dernières municipales, Karim Wade s’est vu confier un superministère par son père de président.
Plusieurs journalistes de médias gabonais et internationaux couvrant l'élection présidentielle du 30 août 2009 et ses suites au Gabon ont été "malmenés", a protesté jeudi 3 septembre 2009,l'organisation Reporters sans frontières (RSF). "Tard mercredi soir, un journaliste de la radio internationale Africa N°1 a été molesté alors qu'il couvrait le même rassemblement. Depuis mardi soir, un journaliste de l'AFP a reçu des dizaines de menaces de mort par téléphone provenant d'individus non identifiés. Malmenés depuis le jour du scrutin, certains journalistes ont été menacés, d'autres tabassés, et des chaînes de télévision ont vu leur signal interrompu", malgré "d'apparentes bonnes conditions de travail le jour du vote", dénonce RSF.


Commentaires
1. Le vendredi 4 septembre 2009 à 11:32, par Hombre
2. Le vendredi 4 septembre 2009 à 11:42, par Eunio
3. Le vendredi 4 septembre 2009 à 13:40, par Konde Nzuka
4. Le vendredi 4 septembre 2009 à 14:49, par kacia
5. Le vendredi 4 septembre 2009 à 20:32, par Tshibambe L.
6. Le samedi 5 septembre 2009 à 13:33, par SAID ACHIRAf Charif Said
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