L'Egyptien Farouk Hosni, candidat polémique à l'UNESCO
Par Freddy Mulongo, samedi 19 septembre 2009 à 12:33 :: radio :: #515 :: rss
Farouk Hosni, candidat pour la direction de l'Unesco à Paris.
Les deux premiers tours ont consacré le statut de favori du ministre égyptien de la Culture, candidat controversé en raison de ses déclarations jugées anti-israéliennes, voire antisémites par plusieurs personnalités de la communauté juive.
En compétition avec huit autres candidats, il a obtenu vendredi soir 23 voix (une de plus que la veille) sur les 58 que compte le Conseil exécutif de l'organisation des Nations unies dédiée à la science, l'éducation et la culture, et dont le siège se trouve à Paris.
Les délégations égyptienne, autrichienne, béninoise, équatorienne, russe et bulgare avaient maintenu leurs candidats respectifs au deuxième tour.
Le candidat de nationalité algérienne mais présenté par le Cambodge, Mohammed Bedjaoui, ancien ministre des Affaires étrangères de son pays, était également en lice mais il n'a obtenu aucune voix.
Farouk Hosni, 71 ans, a devancé la commissaire européenne autrichienne Benita Ferrero-Waldner, arrivée en deuxième position avec neuf voix.
Viennent ensuite la candidate bulgare Irina Gueorguieva Bokova et l'Equatorienne Ivonne Juez, ex-aequo avec huit voix.
L'élection se déroule sur fond de polémique.
Proche du président Hosni Moubarak, soutenu par l'Union africaine et la Ligue arabe, Farouk Hosni serait, s'il était élu, la première personnalité arabe à diriger l'organisation.
Candidat d'un pays dont Amnesty International épingle chaque année les pratiques répressives, notamment en matière de liberté d'expression, Farouk Hosni avait déclaré en 2008 qu'il brûlerait lui-même les livres israéliens s'il en trouvait dans les bibliothèques égyptiennes.
Quand l’Unesco oublie ses idéaux
Malgré la noblesse de sa mission, l’agence a longtemps traîné une réputation de bureaucratie peu scrupuleuse. Aux yeux de ses nombreux détracteurs, l’Unesco représente une quintessence du «machin» pour reprendre la célèbre formule de De Gaulle brocardant l’ONU. Même si elle a rétabli une partie de sa crédibilité sous la houlette du secrétaire général sortant, le Japonais Koïchiro Matsuura, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture a longtemps été le symbole des absurdités bureaucratiques, du gâchis financier et des surenchères tiers-mondistes au sein du système onusien.
L’Unesco est une organisation convalescente après avoir été boycottée pendant dix-neuf ans par les Etats-Unis qui n’y sont revenus qu’en 2003 sous la présidence de George W. Bush.
La mission de l’Unesco est l’une des plus ambitieuses qui soit. «Les guerres prennent naissances dans l’esprit des hommes et c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix», proclame fièrement son acte fondateur après la Deuxième Guerre mondiale
«L’Unesco peut se définir comme l’organisation intellectuelle du système des Nations Unies», rappelait récemment Jean-Pierre Boyer, secrétaire général de la commission française pour l’Unesco. Mais au-delà de la préservation du patrimoine, ses missions restent dans la pratique assez floues même si elles se sont recentrées autour de quelques thèmes prioritaires, tels que les a définis l’ONU en 2000 dans ses objectifs pour le millénaire : éducation primaire, réduction de la pauvreté, développement durable.
Gabegie. «Pendant les dix ans de son mandat Koïchiro Matsuura a de fait abandonné le politique au profit du technique, notamment l’éducation et le patrimoine, sans véritable vision», regrette un fonctionnaire de l’organisation affirmant que «c’était le prix à payer pour le retour des Américains». Cela n’a pas empêché l’organisation d’approuver en 2005, malgré l’opposition des Etats-Unis, une convention sur la «promotion de la diversité des expressions culturelles» appuyée notamment par la France soulignant que les biens culturels «ne peuvent être réduits à leur seule valeur commerciale». Le plus souvent ces programmes sont lancés avec les aides financières spécifiques des Etats car le budget propre de l’Unesco sert avant tout à payer ses fonctionnaires.
L’Unesco revient de très loin. Le départ des Américains, en 1984, suivis par les Britanniques, avait tari un bon tiers des fonds à disposition de l’organisation. Le président américain Ronald Reagan pourfendait la politique du secrétaire général de l’époque le Sénégalais Amadou-Mahtar M’Bow et notamment sa tentative de lancer «un nouvel ordre mondial de l’information» destiné à lutter contre «une information à sens unique», celle des grandes agences et télévisions du Nord inondant le Sud.
Pour Washington et Londres, c’était une atteinte à la liberté de la presse. La gabegie financière fut encore accentuée pendant les douze ans du mandat de l’Espagnol Federico Mayor, qui voulait faire oublier son passé de sous-secrétaire d’Etat dans le dernier gouvernement de Franco par des surenchères tiers-mondistes.
Il embaucha à tours de bras, le plus souvent au piston comme le dénonça un rapport de l’époque montrant que «40 % des recrutements se font sans mise en concurrence».
L’élection à la tête de l’organisation de Koïchiro Matsuura permit de redresser la barre. D’entrée de jeu son objectif prioritaire fut de tenter de restaurer le prestige de l’organisation, notamment en assainissant ses finances, pour renouer avec Washington. Une vraie gageure d’autant que l’administration Bush était globalement hostile au multilatéral. «Je les ai convaincus que les raisons qui avaient motivé leur départ n’existaient plus», se félicitait dans ses interviews le diplomate nippon. Les Américains sont devenus depuis les premiers contributeurs. Le risque maintenant est celui de la rechute.
Qui est Farouk Hosni ?
Farouk Hosni, 71 ans, a été durant vingt-deux ans comme ministre de la culture de l'Egypte. Son CV est prestigieux: peintre, conseiller culturel à Paris, puis directeur de l’Académie égyptienne des arts à Rome, avant le maroquin ministériel en 1987, l’homme a le profil de l’emploi. D’autant que l’Egypte, côté culture, n’est pas la moindre des références. Splendeurs pharaoniques, coptes et islamiques : le pays abrite parmi les plus riches témoignages civilisationnels au monde.
Sans parler d’un patrimoine cinématographique, littéraire et musical unique dans le monde arabe, de Naguib Mahfouz à Oum Kalsoum en passant par Youssef Chahine. Et qu’importe que cette glorieuse énumération masque un état des lieux en réalité déplorable : pour l’Egypte, l’élection de Farouk Hosni était acquise, il y a un an.
Puis vint le scandale. Un «dérapage», plaide Farouk Hosni : l’an dernier, pris à parti par un député islamiste- le ministre cible régulière des Frères Musulmans - ,il rétorque :«Je brûlerais moi-même les livres israéliens s’il en trouvait dans des bibliothèques égyptiennes.» En Egypte, où la population n’assume toujours pas la paix avec Israël, le refus de toute normalisation culturelle avec l’Etat juif est unanime.
Les rares à braver le tabou, comme le dramaturge Ali Salem, sont des parias. Personne ne se scandalise qu’on interdise les films israéliens au Festival de cinéma du Caire, même s’ils prônent le rapprochement entre les peuples, comme Le Voyage de la Fanfare, en 2007. Ni que le ministère de la Culture invite Roger Garaudy à la Foire du livre du Caire, en 1998. Dans ce contexte, les propos populistes de Farouk Hosni ne choquent personne en Egypte. Dans la bouche d’un candidat à l’Unesco, ils ont de quoi glacer.
Lorsque la polémique éclate, Farouk Hosni se défend en rappelant qu’il a fait restaurer des synagogues, en annonçant de futures traductions de livres hébreux, en autorisant la venue au Caire du chef d’orchestre israélien Daniel Barenboïm.
La presse égyptienne, elle, y voit un complot israélien et accuse «des voix juives manipulées» de chercher à empêcher qu’«unArabe et musulman» puisse diriger l’Unesco. «L’ironie, c’est qu’il est plutôt moins antisémite que la majorité des Egyptiens, tempère un diplomate européen. Mais il est carriériste, au détriment de ses convictions personnelles.» D’où le périlleux exercice d’équilibriste dans lequel il s’est lancé, défendant son refus de la normalisation «en tant que ministre égyptien», tout en promettant de coopérer avec Israël comme avec n’importe quel autre Etat s’il était élu à l’Unesco.
«Dans une dictature, le rôle d’un ministre de la Culture n’est pas de protéger la culture, mais de l’étouffer. En ce sens, Farouk Hosni a fait des merveilles. C’est un virtuose de l’obéissance et de la flagornerie, qui a su domestiquer la culture et la mettre au service du pouvoir», l’assassine le penseur soudanais Abdelwahab al-Effendi dans le quotidien AlQods al-Arabi.
Les Egyptiens, eux, imputent la longévité de ce cacique du régime à son amitié avec la première dame, Suzanne Moubarak, qui apprécie cet Alexandrin polyglotte et raffiné. Il bénéficie du soutien constant du couple présidentiel, y compris lorsqu’il fut violemment attaqué après des propos sur le voile, qu’il qualifiait de rétrograde.
Mais, bien que progressiste en privé, Hosni n’a jamais pu ou voulu endiguer les conséquences de la réislamisation du pays. En vingt ans, la télévision s’est alignée sur des normes quasi-saoudiennes et la censure a prospéré. Loin d’être un laboratoire pour la liberté de pensée, le ministère de la Culture garde sous contrôle la création via un système de subventions qui étouffe les voix discordantes.


Commentaires
1. Le samedi 19 septembre 2009 à 14:11, par HPE
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