Changements climatiques, la RDC aphone ?
Par Freddy Mulongo, mercredi 23 septembre 2009 à 15:43 :: radio :: #516 :: rss
Ce traité a permis d’obliger les pays pollueurs à réduire leurs émissions et à mettre en place un Mécanisme de Développement Propre (MDP) en finançant des projets contribuant à réduire les rejets de CO2 dans les pays du sud. Au niveau mondial, les émissions de l’Afrique ne représente que 3% du total mais le continent africain, qui a été jusqu’à maintenant tenue hors du cercle des négociations, devra faire entendre sa voix.
Pourquoi la RDC est-elle silencieuse ? Le Forum Mondial du Développement Durable qui s'était déroulé du 27 au 31 octobre 2008 à Brazzaville, Joseph Kabila ne figure même pas parmi les 14 chefs d'Etats signataires alors qu'il n' y avait que le fleuve à traverser, 5 minutes en bateau rapide. Avec ses 145 millions d’hectares de forêts (dont 85 de forêts denses humides) sur un total de 235 mondial, la RDC peut-elle se permettre d'être aphone sur les enjeux climatiques ?
Bikoro, dans la province de l'Equateur (Nord-Ouest de la RDC), mai 2008, lors de la visite de Jean-Louis Borloo, Ministre français de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement Durable et de l’Aménagement du Territoire, avec le ministre congolais de l'Environnement et de la Conservation de la Nature , José Endundu Bonongé lors de la signature de la "Déclaration Bikoro ".
En effet, lors de la visite du projet d’agroforesterie de Mampu, c'est-à-dire 8.000 ha de plantations d’acacia alternés avec des champs de maïs et de manioc, projet pilote sur l’expérience duquel l’Agence Française de Développement (AFD) souhaite s’appuyer pour développer de nouveaux projets intégrant l’agroforesterie et des préoccupations de développement social et durable. Jean Louis qui a été au Congo du 22 au 24 mai 2008, s’était ensuite rendu dans la Province de l’Equateur (Nord-Ouest de la RD Congo) pour visiter une exploitation forestière et a signé à cette occasion une déclaration d’intentions (« Déclaration de Bikoro ») destinée à sceller un partenariat entre la France et la République Démocratique du Congo.
Il avait eu plusieurs échanges avec les ONG locales, internationales ainsi qu’avec des exploitants forestiers.
La pauvreté bouffe la forêt au Congo
S’il y a des pays qui amortissent le réchauffement climatique l’on doit citer la République démocratique du Congo. En effet, le couvert forestier de la RDC s’évalue à 145 millions d’hectares de forêts (dont 85 de forêts denses humides) sur un total de 235. Les forêts congolaises représentent en superficie 2/3 de l’ensemble du massif forestier du Bassin du Congo, qui, en zone tropicale, se situe au second rang mondial après celui de l’Amazonie.
Ainsi, l’Amazonie et le Bassin du Congo constituent les deux poumons écologiques qui font respirer encore sainement le monde. Il va de soi que si le monde doit continuer à bien respirer l’on doit impérativement préserver et entretenir ces deux oasis vertes. Si en Amazonie la forêt est fortement entamée par l’élevage et l’agriculture qui enrichissent significativement l’économie du Brésil, dans le Bassin du Congo c’est la pauvreté qui bouffe la forêt. C’est la réalité et on doit y faire face.
En effet, les principales causes de la déforestation en RDC restent la pauvreté des populations. Celles-ci étant démunies et misérables pratiquent l’agriculture itinérante sur brulis, la coupe de bois de chauffe ou encore le feu de brousse pour satisfaire leur besoin alimentaire. L’on ne doit pas ignorer non plus l’impact de l’exploitation peu contrôlée des industries forestières sur la déforestation. Toutes ces principales causes peuvent être stoppées net si seulement on donne des moyens pour lutter efficacement contre la pauvreté en RDC. Et l’humanité en bénéficiera.
En RDC, la forêt reste la mère nourricière des populations pour autant qu’il n’y a pas d’autres alternatives. Que ce soit l’agriculture itinérante sur brulis qui, normalement, devraient être remplacée par celle mécanisée utilisant des techniques agricoles éprouvées et des semences améliorées ; que ce soit la coupe de bois de chauffe utilisée largement par les populations congolaises pour compenser le manque d’électricité ; toutes ces pratiques sont tributaires de la pauvreté, du manque des vraies opportunités de développement. Ainsi, arrêter la déforestation dans le Bassin du Congo revient tout simplement à éradiquer la pauvreté de cet espace.
Pourtant, contrairement au Brésil, la RD Congo n’a pas à ce jour bénéficié, à sa juste valeur, des subventions de la communauté internationale du fait de la non exploitation de ses ressources forestières ni des services qu’elles rendent à l’humanité.
L’Afrique rejette dans l'atmosphère 3,6% des émissions mondiales de CO2. Malgré ce faible taux de rejet de CO2, le continent subit de plein fouet les effets du changement climatique provoqué par l'augmentation des gaz à effet de serre.
A l’heure où l’idée d’une taxe carbone se concrétise en Europe, l'Afrique va défendre sa position lors de la conférence de Copenhague: il faut taxer les pays pollueurs et redistribuer l'argent récolté aux pays pollués afin que ces derniers se dotent d'énergies renouvelables.
L’Afrique réclame 67 milliards de dollars par an aux grands pollueurs
Les dirigeants africains se sont rencontrés le 31 août dernier en Libye pour adopter une ligne de conduite lors de la conférence sur le changement climatique qui se tiendra en décembre prochain à Copenhague. Pour l’Union Africaine, l’Amérique, l’Europe et l’Asie devront réduire de 40% leurs émissions de carbone d’ici 2025. En plus de cet effort, l'Union Africaine préconise que les nations industrialisées versent 0,5% de leurs PIB aux pays africains en compensation pour la pollution engendrée et leur responsabilité dans le changement climatique mondial.
L’Afrique entend ainsi réclamer aux pays industrialisés 67 milliards de dollars annuels à travers la mise en place d'une taxe carbone. Cette position africaine rejoint l’appel émis en avril dernier par la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud, demandant au monde industrialisé de consacrer une manne financière conséquente pour les aider à lutter contre le changement climatique.
En Afrique, une bonne gestion des énergies renouvelables pourrait correctement suppléer à la majorité des besoins énergétiques des africains. Mais pour cela, le continent doit encore se doter des services et des infrastructures énergétiques les plus modernes. Des transferts de technologie sont nécessaire pour faciliter l’accès à l’énergie et au développement économique des pays africains. Car l'enjeu de l'électrification est crucial : sur près de 930 millions d'Africains, 530 millions n'ont pas accès à l'électricité et cela entrave le développement économique du continent.
Le plan d'action européen, nommé « Energizing Africa» envisage de développer l'électricité sur le continent en injectant 400 milliard d'euros sur 25 ans. Cette initiative constituerait une nouvelle approche africaine et européenne, donnant la priorité aux énergies durables et aux économies d'énergie. Grâce à la collaboration étroite des pays africains et de l'Union Européenne avec des bailleurs de fonds privés où publiques, les financement des projets seront évalués pays par pays. Le savoir-faire européen en matière de géothermie, d'hydroélectricité et de photovoltaïque pourra être largement mis à contribution dans la construction d'infrastructures et d'équipements faisant appel à ces technologies de pointe.
La solution d’avenir pour l’Afrique se trouve peut-être dans le désert
Dans le cadre du projet DESERTEC, des industriels espèrent déployer un réseau de centrales solaires à concentration sur les déserts nord-africains. Cette initiative industrielle a pour but de construire un grand nombre de centrales solaires thermiques connectées entre elles et au réseau de distribution de l'électricité. Ces centrales pourraient être couplées à des installations de dessalement d'eau de mer, un atout supplémentaire pour ces régions arides.
Ainsi, selon les études du Centre Aérospatial Allemand, le budget de Desertec pourrait assurer pour les 40 ans à venir, l’indépendance énergétique de l’ensemble du continent africain.
Quelles que soient les solutions envisagées à plus ou moins court terme, le continent africain est destiné à devenir un acteur incontournable de la nouvelle donne mondiale en matière d’énergies propres et renouvelables. Et la République Démocratique du Congo doit occuper sa place et jouer pleinement son rôle au niveau mondial. Encore faudrait-il que les autorités congolaises en soient conscientes.


Commentaires
1. Le mercredi 23 septembre 2009 à 17:21, par Albert WELO
2. Le mercredi 23 septembre 2009 à 17:23, par Nambo
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