Réveil-FM livre: Congo-Zaïre, le destin tragique d'une nation !
Par Freddy Mulongo, lundi 5 octobre 2009 à 20:34 :: radio :: #531 :: rss
Couverture. Ligne 1 de g.à dr: Livingstone, Stanley, Tippo Tippo, Léopold II, Albert Ier, Baudouin Ier. Ligne 2. g. à dr: Kasa-vubu, Lumumba, Mobutu, Kabila I, Joseph.
La lecture du livre “Congo-Zaire, le destin tragique d’une nation”, de notre compatriote Ngimbi Kalumvueziko qui a travaillé pendant une quinzaine d'années dans différents organismes gouvernementaux avant d'exercer (1989) les fonctions de Ministre-conseiller chargé des affaires économiques et commerciales à l'Ambassade de la République Démocratique du Congo à Washington, DC. Publié par les Editions de l'Harmattan, j’ai été frappé par la manière avec laquelle il restitue facilement les importants événements de l’histoire du Congo , et aussi beaucoup appris.
Par exemple, l’histoire des personnes qui avaient combattu Léopold II, celle du pygmée Ota Benga, les conditions dans lesquelles l’indépendance a été obtenue, la nomination de Tipo Tipo comme gouverneur de Stanleyville par Léopold II, la fausse histoire du Baobab de Stanley à Boma...
Le récit pathétique de l’assassinat de Lumumba et de la mort de Mulele m’a beaucoup attristé. L'auteur fait parler Jonas Mukamba sur l’assassinat de Lumumba. Mukamba se disculpe en disant avoir été trompé pa Kazadi Ferdinand. Est-il si naïf au point de croire qu’on va facilement accepter sa version? Il devrait dire advantage sinon il va se render ridicule.
L’auteur, nous a ramené aux années fastes du Zaire avec les souvenirs de la coupe de Monde 1974, du combat Ali-Foreman, et les companies Air-Zaïre et CMZ quand elles fonctionnaient bien.
J’ai beaucoup apprécié le chapitre sur les élections dans lequel il démontre comment la communauté internationale avait poussé les Congolais à des élections précipitées, et essaye d’expliquer pourquoi Jean Pierre Bemba a dit avoir accepté l’inacceptable.
Enfin, son analyse de l’accord militaire avec le Rwanda est correcte en voyant ce qui se passé dans les Kivus aujourd’hui occupés par les soldats rwandais du CNDP, et l’entrée prochaine des membres du CNDP dans les institutions nationales et provinciales des Kivus.
Qui a tué Lauren-Désiré Kabila ?
la version officielle a toujours soutenu que l'assassin était l'un de ses gardes du corps, immédiatement abattu dans sa fuite après avoir commis son forfait. le procès ouvert quelque temps après n'a pas pour autant éclairé des zones d'ombre qui persistent toujours. Quelle fut la motivation du présumé assassin ? A-t-il agi seul ou s'était-t-il agi d'un complot ? Qui en étaient les commanditaires ? Enfin, quel lien y aurait-il eu avait l'assassinat d'une dizaine de sujets Libanais quelques heures après celui de Laurent-Désiré Kabila ?
L'arrestation de plusieurs membres des services de sécurité et du cabinet de Laurent-Désiré Kabila pourrait suggérer l'existence d'un complot. Près d'une trentaine d'eux ont été condamnés à mort, et croupissent depuis en prison, dans l'attente d'un sort suspendu à la seule volonté du successeur de Laurent-Désiré kabila.
De Kabila à kabila
A Kinshasa, les choses sont allées très vite dès le lendemain de l'assassinat de Laurent-Désiré Kabila. Le gouvernement annonça que la direction du gouvernement et du haut-commandement militaire était confiée à Joseph Kabila, jusque là Général Major. Chef d'Etat Major de l'Armée Terrestre, présenté comme étant son fils, sans aucune précision quant à l'organe ayant pris cette disposition.
Quelques jours après, le Parlement de Transition confirma, par un vote unanime Joseph kabila aux fonctions de Président de la République. Ainsi, malgré l'absence de toute disposition constitutionnelle sur le mode de succession à la fonction présidentielle en cas d'empêchement ou de décès. les protestations contre ce mode de succession dans une République et qui avait des allures de succession héréditaire par filiation furent timides. Il en fut de même pour la contestation de la filiation de Joseph kabila à Laurent-Désiré kabila qui montait de plus en plus, une question qui alimente depuis, une grande polémique qui est encore loin de se calmer.
Tel fut le cas lors des élections présidentielles de 2006 quand les deux camps opposés s'étaient livrés à l'exposition des preuves contradictoires.
La communauté internationale qui soupçonnait Laurent -Désiré Kabila de retarder l'application du volet politique de l'Accord de Lusaka, sinon se s'y opposer, accueillit avec des regrets hypocrites, à la limite du soulagement, la nouvelle de son assassinat.
C'est donc tout naturellement qu'elle ouvrit largement ses portes au nouveau Président, inconnu jusque là dans l'arène politique congolaise encore moins sur la scène internationale. Là où d'autres Présidents africains qui accèdent au pouvoir mettent des mois si pas des années pour être reçus par les grands leaders du monde, il n'a fallu à Joseph kabila que quelques jours pour être reçus par le Président français, le Premier ministre Belge, et le Président Américain, tous dirigeants des trois pays occidentaux les plus impliqués dans la crise congolaise.
N'était-ce pas là la démonstration claire du soutien au nouveau pouvoir installé à Kinshasa ? A la veille de son voyage en Occident, joseph kabila avait certes autorisé la réouverture du bureau de Kinshasa du facilitateur Ketumile Masire, un geste qui exprimait son engagement à remettre sur les rails le processus politique de l'Accord de Lusaka.
Il avait en plus exprimé son choix pour l'économie libérale, et l'ouverture aux investissements privés extérieurs.
Si tout cela avait de quoi plaire aux Occidentaux fortement agacés par les incohérences de Laurent-Désiré Kabila, on ne peut expliquer autrement leur empressement à ouvrir si vite leurs portes à son successeur que par leur souci de s'assurer que sa conduite des affaires du Congo devait correspondre à leur vision.
Dès ce moment, les événements vont se précipiter pour conduire à une fin officielle de la guerre, et à un Accord politique entre les belligérants.
L'Accord global et inclusif et les élections.
Le 15 février 2001, un sommet réuni à Lusaka aboutit à l'élaboration d'un calendrier de déploiement des observateurs des Nations-Unies avant l'envoi d'une force plus importante qui sera décidé le 29 mars 2001.
Le 31 octobre 2001, le gouvernement de Kinshasa, les rebelles, l'opposition politique et la société civile se réunissent à Addis-Abeba pour discuter du partage du pouvoir, sans parvenir à un accord sur le nombre des représentants de chacun des groupes.
A Abuja, au Nigeria, où ils se retrouvent quelques semaines après, le 9 décembre 2001, ils s'accordent sur la tenue d'un dialogue politique en Afrique du Sud.
Le 19 avril 2002, un accord partiel de partage du pouvoir est signé à Sun City entre le gouvernement de Kinshasa et le MLC.
Très critiqué par les autres parties, cet accord ne fut pas mis en oeuvre d'autant plus que les parties signataires ne s'étaient pas mises d'accord sur le partage du pouvoir au gouvernement. le 30 juillet 2002, les gouvernements de Kinshasa et de Kigali signent un accord de paix et s'engagent à désarmer et à rapatrier les forces du FDLR.
En échange du retrait des troupes rwandaises du Congo. le dernier soldat quittera le Congo le 5 octobre de la même année.
Le 17 octobre 2002 est signé à Pretoria un accord de paix prévoyant la mise en place d'un gouvernement de transition devant conduire aux élections dans un délai de deux ans.
L'actuel final des négociations, appelle "Accord Global et inclusif" est finalement signé le 21 avril 2003 à Sun City par tous les délégués au dialogue inter-congolais.
Il prévoit l'exécution d'un agenda devant permettre la fin des hostilités, le retour à l'ordre constitutionnel normal, et comporte un agenda portant sur la création d'une armée républicaine par l'intégration des forces belligérantes, la réconciliation nationale, la réunification de l'administration, l'organisation, l'organisation des élections, et la mise en place des institutions de la transition dont un gouvernement et un parlement.
Dans l'application de l'Accord, Joseph Kabila garde ses fonctions de Président de la République. Quatre postes de vice-présidence attribués à chacune de quatre principales composantes sont crées.
Aziaras Ruberwa pour le RCD, jean-Pierre Bemba pour le MLC, Abdoulaye Yerodia Ndombasi pour le gouvernement, et Arthur Zahidi Ngoma pour l'opposition politique deviennent vice-présidents.
Cette formule, unique en son genre, connue sous la formule de 1+4, avait exposé le fort penchant des politiciens Congolais pour la visibilité dans le positionnement plutôt que pour l'effectivité de l'exercice des fonctions. On a ainsi vu que dans la réalité c'est Joseph Kabila qui exerçait la plénitude des fonctions présidentielles.
Tous les délégués au dialogue inter-congolais se retrouvent ensuite au sein du Parlement de Transition installé à Kinshasa le 22 août 2003 et comprenant 500 députés pour l'Assemblée Nationale et 120 sénateurs pour le Sénat.
Le 13 mai 2004, le Parlement de transition adopte le projet d'une nouvelle Constitution à soumettre au referendum populaire, et un calendrier de l'organisation du referendum constitutionnel et des élections locales, législatives et présidentielles le 30 juin 2005 au plus tard.
Plutôt que d'être l'émanation des discussions impliquant la classe politique et toutes les couches sociales du pays, dont la société civile, ce projet de Constitution avait été élaboré à l'extérieur du Congo, à l'Université de Liège en Belgique ! Peut-on dans ces conditions considérer que les intérêts vitaux du Congo avaient été sérieusement pris en compte ?
On peut aussi s'interroger sur le recours à la définition de la nationalité congolaise contenue dans la Loi fondamentale de 1960, alors qu'il s'agit d'une question essentielle qui a toujours suscité des débats passionnés, et souvent été à la base de conflits, et sur laquelle les Congolais sont encore loin de s'accorder.
Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que l'appréhension de la nationalité congolaise, telle que définie par la Constitution devienne très difficile au point de compliquer le fonctionnement des institutions.
L'inapplicabilité de la définition de la Nationalité congolaise est ainsi apparue au Parlement, quand il a fallu recourir à une procédure extraconstitutionnelle, un moratoire, pour permettre au Parlement de fonctionner en laissant siéger les parlementaires détenant une voire plusieurs nationalités étrangères.
Dans ces conditions, ne devrait-on pas s'interroger sur la légalité du Parlement ainsi que des actes qu'il a déjà et continue de poser dès lors que certains de ses membres y siègent en flagrante violation de la Constitution qui, s'agissant de la Nationalité congolaise, dispose que celle-ci est "une et exclusive, et ne peut être détenue concurremment à toute autre Nationalité ?
Le traitement de la question de la double nationalité semble préjudicier des nombreux compatriotes qui pour des raisons d'intégration sociale, professionnelles, où d'étude par exemple (cas des chercheurs, spécialistes de haut niveau, professeurs d'université,...), sont amenés sinon contraints d'adopter la nationalité de leur pays d'accueil sans pour autant avoir renoncé à leur nationalité d'origine, la nationalité congolaise.
Devant la hantise d'une supposée "invasion des Tutsis" qui dominait les débats sur la question de la nationalité, et cherchant à fermer toute possibilité pour les "Congolais de nationalité douteuse" d'accéder à la nationalité congolaise, ce sont finalement des centaines de milliers de Congolais d'origine, parmi lesquels des spécialistes et des professionnels de haut niveau, qui sont ainsi exclus de la nationalité congolaise.
Les critères d'éligible à la fonction présidentielle, la plus haute charge de l'Etat, ont en plus été simplifiés.
C'est le cas par exemple de l'âge minimum de 40 ans qui avait toujours été retenu dans la tradition constitutionnelle congolaise. Enfin, la Constitution instaure un Etat fortement décentralisé sous une forme hybride, semi fédéral et semi centralisé, qui complique son fonctionnement surtout quand elle consacre le principe de rétention à la source par les provinces de 40 % des recettes de l'Etat sans pour autant en définir les procédures, ni les principes de répartition applicables aux opérations trans-provinciales.
Une mauvaise gestion de cette décentralisation comme dans le cas de la mesure (annulée) prise par le maire de la ville de Lubumbashi d'imposer un visa de séjour aux Congolais non originaires de la province du Katanga, pourrait favoriser la cristallation des réflexes de replis identitaires et renforcer l'autochtonie, mettant ainsi en péril l'unité du pays.
Pendant la transition, le pouvoir devait en principe être partagé entre les composantes.
Cependant, comme les discussions au cours du dialogue inter-congolais s'étaient réellement passées entre les belligérants, c'est tout naturellement que ceux-ci s'en arrogèrent la "part du lion".
En effet, dans le but d'accroître leur influence et leur positionnement au sein des institutions de la transition, les principaux belligérants s'étaient lancés dans le recrutement des alliés dans l'opposition politique, la société civile, et le groupe des Maï-Maï.
L'opposition politique était disparate, très divisée, comme pendant la Conférence Nationale. Dans ces conditions, elle n'a pas pu faire prévaloir les valeurs démocratiques, légitimant ainsi le recours aux armes comme mode d'accession au pouvoir, une sorte de "prime de guerre".
Cédant à la corruption, par manque d'idéal politique, ou simplement pour s'assurer une position dans les institutions de la transition, de nombreux chefs de partis n'avaient fait que relayer la voix de l'un ou l'autre belligérant, plaçant l'Udps, qui jusque là était la seule force de l'opposition réellement visible, dans l'isolement. Quand à la société civile et aux groupes Mai-Maï, ils s'étaient tout simplement dilués dans la composante " gouvernement".
Au 30 juin 2005, les élections n'avaient pu être organisées dans le délai de deux ans.
Sur fond de fortes tensions, les partis de l'opposition, l'Udps en tête, proclamèrent la vacance du pouvoir et l'organisation des nouvelles concertations politiques.
La transition fut toutefois prolongée une première fois d'une année, période pendant laquelle fut organisé (18 décembre 2005) le referendum constitutionnel par lequel les Congolais se prononcèrent à une très grande majorité (85%) en faveur du projet de Constitution qui leur était soumis.
L'achèvement du processus de transition dans les délais restait toujours problématique , ce qui faisait monter la tension, et craindre une impasse politique aux conséquences imprévisibles.
En effet, à part la Constitution, d'autres points importants de l'agenda de la transition, principalement la constitution d'une nouvelle armée nationale, n'avaient pas connu d'avancée notable ou de début d'exécution. En plus le budget de l'organisation des élections n'avait pas encore était bouclé.
C'est à ce moment que Louis Michel, le Commissaire au Développement de la Commission de l'union européenne entre en scène.
Son activisme excessif et son zèle le rendaient suspect de protéger certains intérêts. Certaines de ses déclarations semblaient d'ailleurs exprimer ses préférences. n'avait-il pas déclaré une fois que Joseph Kabila était l'espoir du Congo !
Lancé dans une sorte de croisade personnelle, il réussit en peu de temps à mobiliser la Communauté internationale et à réunir les moyens nécessaires à l'organisation des élections avant l'expiration de la deuxième et dernière prorogation, en décembre 2006.
L'Union européenne débloqua environ 500 Millions d'euros pour la réalisation des opérations électorales.
La Monuc prit en charge la logistique des opérations, particulièrement le transport et la distribution par ses avions et hélicoptères, des équipements, matériels et bulletins de vote à travers le pays. pendant que l'Afrique du Sud se chargeait de l'impression des bulletins de vote.
Une structure de supervision fut en outre mise en place pour s'assurer du bon déroulement de l'ensemble du processus, tant sur le plan politique qu'organisationnel.
Connue sous l'appellation de Comité d'Accompagnement de la Transition, CIAT, cette structure réunissait les ambassadeurs des pays membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU et le représentant du Secrétaire Général de l'ONU. Son rôle était de prendre sur place à Kinshasa, toutes les dispositions et mesures nécessaires à la bonne conduite du processus de transition.
C'était comme si le Conseil de Sécurité s'est localisé à Kinshasa. Ses pouvoirs étaient étendus car il pouvait intervenir directement dans le règlement des problèmes politiques internes.
Dès ce moment, Kinshasa verra défiler des ministres et hauts fonctionnaires des pays européens traditionnellement intéressés au Congo (Belgique, France, Grande-Bretagne), des hauts fonctionnaires des Nations-Unies, des représentants de l'administration américaine, et même ceux des pays qui jusque là étaient encore invisibles sur la scène politique congolaise, comme la Chine, la Russie, ou encore le Japon.Comme dans un concert bien réglé, tous s'étaient mis à entonner une même rengaine, une véritable exhortation: Il faut vite aller aux élections, allant même jusqu'à falsifier l'histoire en proclamant que ces élections seraient les toutes premières à être organisées démocratiquement au Congo, effaçant ainsi d'un trait les élections de 1960 et 1965.
Qu'importe aussi même si l'agenda de la transition n'a pas été exécuté, particulièrement la création d'une nouvelle armée intégrée, et la réconciliation nationale. En plus, le calendrier électoral fut inversé; il fallait commencer par l'élection présidentielle, alors que l'Accord Global et inclusif avait prévu une séquence avec d'abord les élections locales suivies des élections législatives, avant l'élection présidentielle. C'était comme si on commençait la construction d'une maison par le toit.
Les voix qui s'élevaient du côté des partis de l'opposition et de nombreux groupes de réflexion tant de l'intérieur que de l'extérieur pour mettre en garde contre cette précipitation étaient vite étouffées par l'intimidation, ou des menaces à peine voilées. Le 25 avril 2006, le Conseil de sécurité de l'ONU avait déjà autorisé le déploiement d'une force de l'Union européenne, l'Eufor, pour sécuriser le processus électoral.
Une base opérationnelle fut rapidement établie dans le camp militaire de Ndolo en plein Kinshasa. l'armement de combat ultramoderne, les équipements et matériels militaires sophistiqués, dont des drones dont était dotée l'Eufor, avaient de quoi impressionner et intimider. On ne connaitra jamais l'ennemi visé par ce déploiement des forces aux allures d'une occupation. le bon sens n'aurait-il pas voulu de créer les capacités militaires et de polices locales ?
A l'évidence cela était loin des préoccupations des initiateurs de l'Eufor. Celle-ci d'ailleurs pliera bagages aussitôt les élections organisées.
L'organisation des élections était présentée aux Congolais comme l'unique voie de salut.
Elle allait amener la paix en mettant fin aux conflits armés et apporter des solutions à tous les problèmes, le chômage, la distribution d'eau potable et d'électricité, les infrastructures scolaires et sanitaires, les salaires, le transport public, etc.
Séduits par ces promesses, les Congolais allaient placer tous les espoirs dans les élections qui s'annonçaient et c'est tout naturellement qu'ils se firent enrôler. Avec engouement, comme on se plaisait à dire.
Même les groupes armés étrangers comme le Front Démocratique de Libération du Rwanda, FDLR, et le Congrès national pour la défense du peuple, Cndp, observèrent une trève pour permettre les opérations d'enrôlement des électeurs dans les territoires sous leur contrôle !
Le déséquilibre dans la répartition de la population qui apparut des résultats de l'enrôlement contrastait avec les statistiques des recensements récents de la population.
La population dans la partie Est du pays est apparue relativement plus importante que dans la partie Ouest. Cette situation ne pourrait pas être uniquement s'expliquer par l'appel au boycott lancé par l'Udps, fortement implantée dans la partie Ouest.
En effet son mot d'ordre n'a été que partiellement suivi, ses partisans comme tous les autres Congolais s'était précipités pour obtenir la carte d'électeur qui allait désormais tenir de la carte d'identité. Comme on le verra dans la suite, l'Udps payera cher sa gestion approximative et tâtonnante de ses ambitions dans le processus de transition.
Après avoir manqué le poste de vice-président de la République réservé à l'opposition politique, qu'elle revendiquait compte tenu de sa légitimité historique dans l'opposition et de sa grande visibilité dans l'espace politique Congolais, l'Udps fit les frais du manque de clarté et de constance dans ses positions. Dans un premier temps elle avait boycotté le processus électoral avant de se rétracter en sollicitant la médiation du CIAT pour la réouverture des bureaux d'enrôlement afin de permettre la participation de ses partisans aux élections.
Alors que l'Udps était signataire de l'Accord global et inclusif, le pouvoir l'avait auparavant , dans le but évident de l'exclure, traînée dans une longue dispute de reconnaissance en faisant valoir l'existence d'un autre parti-Udps, l'Udps-Kibasa, du nom du signataire du recépissé d'enregistrement de l'Udps originale. malgré l'implication du CIAT qui apparemment n'était pas disposé à faire retarder les élections, les bureaux d'enrôlement ne furent pas réouverts.
Tirant les conséquences de cette situation, l'Udps décida ne pas participer aux élections.
Malgré l'importance de la caution (50.000 dollars) non remboursable, une véritable fortune dans un pays considéré pauvre, trente-trois candidats furent retenus pour l'élection présidentielle.
S'agissait-il des réelles ambitions politiques ou des candidatures de complaisance pour faire créditer l'élection présidentielle d'une grande compétitivité ?
En effet, dans la réalité seulement trois candidats s'étaient véritablement lancés dans la compétition; Joseph Kabila, le président en fonction, Jean-Pierre Bemba, vice-président, et un outsider venu du Canada lointain, le Docteur Oscar Kashala. Par le ton et la substance de son discours, celui s'était élevé au dessus du débat politique, en présentant une vision claire et un programme bien articulé.
Il ne peut toutefois engager une compétition à armes égales avec ses concurrents qui eux, semblaient disposer de moyens illimités, et pouvaient selon le cas utiliser les moyens de l'Etat (médias publics, logistique, ..).
Il fut en plus victime d'actes d'intimidation par la police et des manoeuvres administratives destinées à limiter ses mouvements.
Le 30 juillet 2006, les résultats du premier tour de l'élection présidentielle donnent Joseph Kabila vainqueur avec 44, 8% devançant son rival jean-Pierre Bemba qui obtient 20%. un deuxième tour était donc nécessaire, aucun candidat n'ayant obtenu la majorité absolue.
Dans l'attente de l'événement, une forte tension monte dans le pays sur fond de l'apparition d'une ligne de séparation coupant le pays en deux en son centre Nord au Sud. le clivage Est-Ouest venait de voir le jour.
En effet, les résultats de l'élection ont fait clairement apparaître que Joseph Kabila avait le plein des voix dans la partie Est du pays alors que l'électorat de son challenger était confiné dans la partie Ouest. c'est aussi en ce moment qu'apparaît le concept de "Congolité" avec la résurgence de la polémique sur la filiation de Joseph Kabila à Laurent-Désiré Kabila, une question qui commençait à empoisonner dangereusement l'ambiance générale.
Toutefois le débat sur la "Congolité" fit long feu. Sous pression du CIAT, les acteurs politiques congolais décidèrent d'y mettre fin.
La rivalité entre les deux prétendants au fauteuil présidentiel présidentiel prit aussitôt un tour dramatique en août 2006 quand la Garde Présidentielle attaqua à l'arme lourde la résidence de Jean-Pierre Bemba, pendant qu'il tenait une réunion avec les ambassadeurs des pays membres du CIAT, causant des morts et d'importantes destructions matérielles.
La présence des ambassadeurs du CIAT était-t-elle connue par la Garde Présidentielle avant qu'elle ne lançât l'attaque ?
Si oui, dans quel but at-elle pris le risque d'exposer la vie de ces éminents représentants des puissances du monde et du secrétaire général de l'ONU ? L'enquête annoncée par la Monuc pour faire la lumière sur cet événement n'ayant pas eu lieu, à ce jour, ces questions sont toujours sans réponse.
Mais on peut considérer que pour la communauté internationale, l'aboutissement du processus électoral, à n'importe quel prix, était un enjeu tellement important qu'elle a préféré ne pas s'embarrasser d'une enquête aux conséquences imprévisibles.
Selon la loi électorale, les deux candidats restés en lice, devaient tenir un débat contradictoire télévisé, avant d'aller au second tour. Le législateur congolais avait des bonnes raisons d'imposer cette exigence comme il est de coutume dans toutes les démocraties avancées où, même s'il n'est pas toujours instauré par une loi comme aux Etats-Unis, cet exercice, profondément ancré dans la pratique démocratique, est un passage obligé.
En effet, le débat permet aux candidats d'exposer leur vision et de convaincre les électeurs sur leurs réelles capacités à exercer la plus haute charge de l'Etat, et à ceux-ci de mieux connaître la personnalité des candidats, évaluer leurs capacités, et faire le choix conséquent.
Au Congo, après avoir muselé les journalistes, les acteurs politiques et les médias, la fameuse Haute Autorité des Médias, HAM annula le débat. Le débat n'a jamais eu lieu, par contre chose étonnante son président Modeste Mutinga se retrouve au Sénat comme Rapporteur de cette institution et son premier Vice-président est le Ministre de la culture et des Arts. C'est nous qui qui soulignons.
Le CIAT qui pourtant devait veiller à la régularité des élections préféra garder le silence "complice" sur cette décision autoritaire aux allures d'abus d'autoritarisme.
le 29 octobre 2006, Joseph Kabila est proclamé vainqueur du scrutin avec 58 % des voix contre 42% pour son adversaire Jean-Pierre Bemba, devenant ainsi le premier Président du Congo à être élu au suffrage universel direct. Jean-Pierre Bemba concède sa défaite, déclarant avoir" accepté l'inacceptable" sans aucune précision. n'aurait-t-il pas cédé aux pressions du CIAT pour renoncer à exiger les conclusions de l'enquête sur l'attaque de sa résidence avant d'aller au second tour de l'élection ?
On sait qu'il vivait sous la menace d'un mandat de la Cour pénale internationale, Cpi, pour répondre des crimes de guerre et contre l'humanité dont ses troupes du MLC étaient accusées d'avoir commis en République Centrafricaine où elles étaient intervenues en 2002 à l'appel du Président centrafricain Ange Felix Patassé pour combattre les rebelles qui menaçaient son pouvoir.
Ainsi, craignant que les conclusions de l'enquête ne compromettent l'aboutissement de l'élection présidentielle à laquelle il tenait tant, le CIAT lui aurait sans doute fait miroiter la possibilité d'arrêter les poursuites engagées par la Cpi.
Quelques mois après, en mars 2007, il sera forcé à l'exil au Portugal, après de violents et sanglants combats ayant fait des dizaines de morts dans la ville de Kinshasa, entre les éléments de sa garde et ceux de la garde présidentielle.
Suite à son refus de limiter le nombre de ses gardes à une dizaine de policiers, conformément à un accord subsidiaire à l'Accord global et inclusif sur la sécurité des anciens vice-présidents de la République, le gouvernement avait décidé de les désarmer par la force.
En 2008 il est arrêté à Bruxelles en exécution d'un mandat de la Cpi avant son transfèrement à la Haye, en Hollande, où il attend de passer en jugement.


Commentaires
1. Le mardi 6 octobre 2009 à 03:46, par Fred
2. Le mardi 6 octobre 2009 à 10:35, par Le Saint Interlocuteur.
3. Le mardi 6 octobre 2009 à 12:07, par Isamboyo
4. Le mardi 6 octobre 2009 à 12:27, par Wizi Passa
5. Le mardi 6 octobre 2009 à 12:56, par droit de savoir
6. Le mardi 6 octobre 2009 à 12:59, par Pythagore MIKWETE
7. Le mardi 6 octobre 2009 à 14:21, par françois DAKO
8. Le mardi 6 octobre 2009 à 14:41, par Musengeshi Katata
9. Le mardi 6 octobre 2009 à 19:37, par Germain
10. Le mardi 6 octobre 2009 à 20:35, par Kivu Safari
11. Le mardi 6 octobre 2009 à 20:54, par BOMA OMENA Henri
12. Le mercredi 7 octobre 2009 à 13:08, par Nambo
13. Le jeudi 8 octobre 2009 à 13:29, par jp ngoyi
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