Paris, deux gouverneurs Congolais à l’Assemblée générale de l’Association internationale des maires francophone (AIMF)
Par Freddy Mulongo, samedi 10 octobre 2009 à 20:27 :: radio :: #541 :: rss
L'Association internationale des maires francophones (AIMF), qui a célébré à Paris son 30ème anniversaire, assure rester fidèle à sa vocation de promouvoir la solidarité, le dialogue interculturel et la diversité, en encourageant la coopération décentralisée.
Photo de famille: Où est André Kimbuta, le gouverneur de la ville de Kinshasa ? Derrière Abdou Diouf !
La délégation marocaine représentait notamment les villes de Rabat, Casablanca, Marrakech, Essaouira et Agadi. Plusieurs délégations avaient 4 à 5 maires francophones. Etonnant quand même que la RDC qui est le deuxième pays francophone après la France n'ait eu que deux délégués: André Kimbuta , gouverneur de Kinshasa et Moïse Katumbi, gouverneur du Katanga.
Bertrand Delanoë, maire de Paris et président de l'AIMF, Jorge Sampaio, le haut représentant de l'ONU pour l'Alliance des civilisations, Abdou Diouf, le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) Jacques Chirac, cofondateur de l'AIMF et ancien président français, Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères et européennes.
Placé sous le thème "Villes et dialogue des cultures", les élus de plus de 180 villes, du monde de la francophonie et de l'Alliance des civilisations, ont fêté le 30ème anniversaire de l'AIMF. Les maires francophones ont souhaité, pour leur 30e anniversaire, se retrouver autour du thème du dialogue des cultures. A cet égard, ils ont notamment recommandé de renforcer les mécanismes de participation aux affaires municipales de l'ensemble des composantes culturelles des villes, de développer les manifestations culturelles qui valorisent toutes les composantes de leurs villes, et d'encourager les échanges culturels en mettant en oeuvre des projets de coopération centrés sur l'art et la culture.
M. Chirac a indiqué, à cette occasion, que l'AIMF incarne les mêmes valeurs de solidarité, d'échange et de partage et qu'elle cherche toujours à "unir dans le respect de la diversité". L'AIMF, a-t-il ajouté, a été l'une des premières associations à prôner "le partage d'expériences, la coopération sud-sud et la logique de partenariat au lieu de l'assistance qui prévalait jusqu'alors". Le maire de Paris a indiqué qu'en 30 ans ce vaste réseau a beaucoup grandi, passant de 20 à 184 villes représentant 48 pays, évoquant la possibilité d'un nouvel élargissement de l'Association pour englober d'autres villes francophones d'Asie, d'Afrique, d'Europe et d'Amérique.Selon lui, le thème choisi pour célébrer cet anniversaire traduit le souci de promouvoir le dialogue interculturel entre les villes dans le respect de la diversité, qui reste une source "d'enrichissement" pour la francophonie.
Il a également souligné l'intérêt accordé par l'AIMF au développement de sa coopération avec d'autres organismes, dont l'Organisation des Villes Arabes (OVA), afin de relever ensemble les défis de l'urbanisation, notamment en termes d'infrastructures, de santé, d'éducation, de développement durable et gouvernance locale.
Nicéphore Soglo, maire de Cotonou et ancien président du Bénin.
De son côté, M. Kouchner a salué l'action de l'AIMF pour améliorer le bien-être des populations à travers ses différents projets de développement, notant que son département est disposé à soutenir davantage ces projets. Il a appelé l'AIMF à accorder une importance particulière dans ses programmes aux zones où prévalent les tensions et les conflits. M. Sampaio a mis l'accent, quant à lui, sur le rôle de la diplomatie des villes comme facteur clé dans le dialogue des cultures, notant que "la ville est le lieu où notre futur se joue, notre citoyenneté peut se décliner" mais aussi celui "où les conflits identitaires explosent". Il a souligné l'importance d'encourager la cohésion sociale au niveau local et de faire jouer un rôle plus actif aux acteurs locaux, notamment les maires, dans la prévention des conflits et la promotion de la paix.
A l'occasion de ces travaux s'est tenue une réunion spéciale des membres des Bureaux de l'Organisation des Villes Arabes et de l'AIMF. Les deux associations ont déjà, en 2008, lancé un projet commun d'adduction d'eau qui à terme bénéficiera à 600 000 habitants de la ville de Nouakchott.
Elles ont décidé de poursuivre cette coopération en bâtissant un projet culturel commun dédié à la connaissance, et en élaborant un rapport commun pour mettre en avant leurs efforts respectifs pour contribuer au dialogue des cultures et au rapprochement des civilisations.
Une solidarité concrète
Le Bureau, réuni le 1er octobre, a attribué de nouvelles subventions pour un montant d'1,5 million d'euros, qui portent l'investissement de l'association pour l'année 2009 à plus de 5 millions d'euros. Les investissements décidés par le Bureau rendront possible la réalisation de projets contribuant à l'atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement :
- Formation et sensibilisation à la décentralisation à Bandundu (République Démocratique du Congo)
- Assainissement et accès à l'eau potable à Vientiane (Laos), Bandiagara (Mali), Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) et Kpalimé (Togo)
- Centre de santé à Kinshasa (Rép. Démocratique du Congo) et installation sanitaire à Mopti (Mali)
- Création d'espaces publics de quartiers à Praia (Cap Vert) et Diego Suarez (Madagascar) Le Bureau a également décidé de nommer M. Pierre Baillet, ancien Secrétaire permanent adjoint, au poste de Secrétaire permanent.
Assemblée générale : des décisions déterminantes pour l'avenir de l'association
Lors de l'Assemblée générale qui s'est tenue le 3 octobre, les maires francophones ont adopté le Programme d'orientation 2010-2013, qui guidera l'action de l'association pour les quatre prochaines années.
Ce programme, qui prévoit un budget d'investissement d'une trentaine de millions d'euros, est structuré autour de deux axes :
- Le renforcement des capacités politiques et techniques des élus locaux avec des projets concrets concernant la gestion des villes et l'atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement.
- La valorisation du savoir-faire des maires francophones en matière de régulation urbaine non seulement au sein du réseau des maires francophones mais aussi des organisations mondiales Plusieurs villes et associations de villes ont été admises, notamment Lafayette, en Louisiane, qui devient ainsi la première ville américaine à faire partie de l'AIMF. Enfin, il a été décidé que le prochain Bureau se réunira au printemps 2010 à Liège et que le thème de l'Assemblée générale qui suivra à l'automne de la même année portera sur « Villes et universités au service du développement ».
La vedette de la 29e session de l'AIMF est sans conteste Jacques Chirac, très courtisé même en retraite politique.
Discours de SE M. Abdou Diouf, Secrétaire général de la Francophonie:
Tout a commencé un soir de juin 1977. Vous veniez, Monsieur le Président, Cher Jacques Chirac, d’être élu maire de Paris, et vous avez lancé, au cours d’un dîner offert en l’honneur du corps diplomatique, l’idée d’une réunion des maires des capitales et métropoles ayant la langue française en partage.
Une idée née d’une conception exigeante des relations et de la solidarité internationales, une idée qui, avec la révolution urbaine de ces trente dernières années, répondait à un besoin majeur avant l’heure, une idée à la mesure de votre engagement politique, de votre engagement de coeur au service de l’idéal francophone, une idée, enfin, à la mesure de l’attachement que la France a toujours porté à la Francophonie, et que perpétue, aujourd’hui, le Président de la République Nicolas Sarkozy, qui a posé des actes majeurs en faveur de notre institution.
Tout a commencé ce soir de juin 1977. Deux ans plus tard, l’AIMF voyait le jour à Québec, parce que vous aviez très tôt rallié à ce formidable projet celui qui l’a porté avec ferveur et fidélité à vos côtés. Je veux parler de cet homme d’exception que fût Jean Pelletier, Jean Pelletier qu’incarnait, tout entier, cette devise qu’il avait faite sienne : « Combattez en face ».
L’AIMF n’a cessé, depuis trente ans, de combattre en face et victorieusement.
La Francophonie ne serait pas la Francophonie sans l’AIMF parce que vous êtes, comme j’ai eu l’occasion de vous le dire à Québec, l’an dernier, l’opérateur incontournable et unique de la Francophonie en matière de coopération décentralisée, en même temps que notre porte étendard de la démocratie de proximité.
Partage des préoccupations et des solutions, partage des expériences et de l’expertise, mais surtout partage équitable où le Nord a autant à apprendre du Sud que le Sud du Nord.
La Francophonie ne serait pas la Francophonie sans l’AIMF parce que tout ce qui a été réalisé, depuis 30 ans, en matière de santé, d’état civil, de renforcement des capacités, d’adduction d’eau, d’assainissement, de centres de ressources, de construction et d’équipements d’école, de politique pour la jeunesse contribue à enraciner concrètement, au coeur des villes, les valeurs de solidarité, de fraternité, de démocratie, d’équité qui nous animent.
Nous sommes résolument inscrits dans une même perspective de réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement. Et je vous réitère, aujourd’hui, quelques jours après l’inauguration à Hué, de la première Maison des savoirs de la Francophonie, ma conviction que les populations de nos Etats membres auront beaucoup à gagner de la mise en synergie des savoir faire complémentaires de l’OIF, de l’AIMF et des autres opérateurs.
La Francophonie ne serait pas la Francophonie sans l’AIMF parce que nous partageons la même ambition, celle de vouloir nous adapter aux mutations en cours pour mieux répondre aux attentes des hommes et des femmes que nous entendons servir.
C’est elle qui nous a conduits, à l’instar de l’OIF, à réformer et à rationnaliser vos modes de gestion et de fonctionnement, à vous moderniser, à vous doter d’une programmation stratégique, autant d’avancées majeures dont j’ai pu prendre la pleine mesure, et que je voudrais, ici, saluer, tout en rendant hommage à votre Président Bertrand DELANOE qui a résolument marqué de son empreinte et de sa force de conviction cette évolution qui place désormais l’AIMF au rang d’acteur et de partenaire reconnu et respecté sur la scène internationale.
Mes Chers amis, Toutes ces raisons suffiraient amplement pour que nous célébrions, dans la joie de l’amitié, un bilan sans appel.
Mais à quoi aura-t-il servi que l’AIMF ait, pendant 30ans, « combattu en face », si nous devions renoncer, pour les années à venir, à assumer un rôle marquant dans la transformation du monde ? Ce rôle, la Francophonie ne pourra le jouer pleinement sans l’AIMF.
Car par-delà la diversité des spécificités institutionnelles, juridiques, économiques, sociales, culturelles, par-delà les disparités qui caractérisent, vos villes, nos villes, nous devons être bien conscients de l’universalité des défis qu’il leur faut relever. Au Nord comme au Sud, la globalisation économique génère la métropolisation. Au Nord comme au Sud, les grandes villes sont plus que jamais devenues un gage de développement incontournable.
Au Nord comme au Sud, les grandes villes sont devenues le miroir de la partition économique du monde, avec une ville du Sud dans chaque ville du Nord, et une ville du Nord dans chaque ville du Sud. Au Nord comme au Sud, les grandes villes sont devenues le lieu où se consomme la majorité des ressources énergétiques.
Au Nord comme au Sud, les grandes villes sont devenues le lieu où se croisent, se brassent et s’affrontent parfois des ethnies, des cultures, des religions différentes, mais où, dans le même temps, s’accélère l’uniformisation des comportements sociaux et des modes de consommation.
Et c’est bien parce que les villes, au Nord comme au Sud, sont en première ligne face aux enjeux d’urbanisation, de développement économique, de cohésion sociale, de démocratie participative, d’équilibre écologique, de développement durable, mais aussi de dialogue interculturel, qu’elles peuvent devenir un lieu privilégié d’articulation entre le global et le local.
Un lieu identitaire, nécessaire et salutaire, à même de répondre à un besoin croissant de lien social, plus riche, plus proche.
Un lieu d’expression des valeurs citoyennes et de la démocratie participative. Un lieu de rencontre, de dialogue, de partage, d’acculturation mutuelle.
C’est dire qu’il vous incombe, en tant qu’élus locaux, la lourde responsabilité, mais aussi la stimulante opportunité de transformer les villes en cités, en ouvrant la voie à de nouvelles valeurs sociétales, en développant une nouvelle gouvernance locale, et en proposant, par-là même, une alternative aux modes dominants de gouvernement de la mondialisation, nourrie des aspirations de ceux qui la vivent et trop souvent la subissent.
Je sais que c’est, animés de cette conscience et de cette volonté, que vous êtes réunis ici aujourd’hui, comme en témoigne le thème de vos Assises, tant il est vrai que le dialogue interculturel doit devenir un véritable mode de gouvernement local associant tout à la fois les acteurs locaux, les habitants, les politiques.
Car, par-delà l’émergence de villes inclusives, par-delà la volonté de tirer le meilleur du pluralisme culturel pour éviter que n’en résulte le pire, c’est le développement économique d’un territoire, sa capacité d’innovation et de création, son aménagement harmonieux, sa qualité de vie, sa cohésion sociale, son patrimoine, mais aussi la garantie pour chaque citoyenne et citoyen de voir sa dignité respectée, qui sont en jeu.
Mes Chers Amis, Victor Hugo disait : « Vouloir toujours, c’est le fait de Paris ».
Je veux voir dans la célébration, à Paris, de ce trentième anniversaire de la création de l’AIMF, la marque de la volonté qui vous animera, qui nous animera pour les années à venir, tout en remerciant chaleureusement, notre hôte le Maire de Paris, Bertrand Delanoë, pour l’accueil et l’occasion formidable qu’il nous offre de proclamer, ensemble, la détermination fraternelle qui nous lie.
Je vous remercie.


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