Réveil-FM livre: Mathématiques congolaises ou Kinshasa la débrouille !
Par Freddy Mulongo, jeudi 15 octobre 2009 à 11:38 :: radio :: #545 :: rss
In Koli Jean Bofane est l'auteur de Mathématiques congolaises. Il est né en 1954 à Mbandaka, Province de l'Equateur en République Démocratique du Congo. In Koli Jean Bofane vit en exil en Belgique depuis 1993. Suite aux pillages de 1991 au sujet desquels sa propre maison d'édition avait fait paraître des BD satiriques et des reportages journalistiques. Depuis lors, l'écriture constitue l'essentiel de son activité, le Congo sa principale source d'inspiration.
Sans être matheux, Mathématiques congolaises fait partie de cette race d’ouvrages pour lesquels j’ai flashé, j'ai beaucoup rigolé, reconnu certaines rues de kinshasa...
In Koli Jean Bofane plonge le lecteur dans la vie quotidienne de Kinshasa. Il sent les rues, le rythme des musiques et des images de la ville. Les personnages deviennent encore plus palpables grâce à la présence du lingala dont on trouve la traduction au bas des pages.
« Mathématiques congolaises », propose l'équation magique d'une ville, de la survie d'un peuple. Une plongée romanesque dans la ville de Kinshasa, où l’on sait que la vie n’est pas un long fleuve tranquille… Comme tous ses compatriotes, le jeune Célio Matemona lutte chaque jour pour survivre dans une cité en proie à la pauvreté, au chômage et à la corruption. Mais il en faut plus pour éteindre la flamme des habitants de ce pays, et il y a bien des manières de contourner le tragique, à commencer par l’humour et le regard décalé de ceux qui cherchent un peu d’empathie avec un monde si déréglé. Pour Célio, c’est un vieux manuel de mathématiques qui sert de viatique, en même temps que de clé pour sortir de toute situation embrouillée. Et c’est ainsi qu’il sera un jour repéré par un sbire du régime, et embarqué dans les coups fumeux du Bureau Informations et Plans, dont il sortira pourtant indemne, et grandi.
Le héros de ce livre, c'est Celio Matemona, dit Celio Mathematik. Il est jeune, il n'a pas étudié, il se débrouille dans Kinshasa, comme des millions d'autres. Mais lui, il ne se sépare jamais de son livre fétiche, le seul objet qu'il lui reste de son père instituteur : un manuel de mathématiques. Il l'a dévoré, analysé, appris par cœur et ce savoir d'autodidacte est devenu son bagage dans la vie.
Cette science fait de Celio le héros du quartier, l'avocat de plus pauvres que lui et finit par le désigner pour un destin inattendu : rejoindre le club très fermé des conseillers du président, ces stratèges en communication mensongère, en mobilisation des foules, en coups tordus et autres faux coups d'état…
C'est que Celio, rompu aux équations, applique ses théories mathématiques à la manipulation de l'opinion, avec des résultats surprenants… N'en disons pas plus, ni sur l'intrigue, ni sur des personnages comme le vieux soldat Bamba, maître tortionnaire qui aspire à une retraite bien méritée, le Vieux Isemanga qui raconte des histoires en grillant ses brochettes ou le « Gaucher » le très débrouillard copain de Baestro...
En réalité, c'est à Kinshasa que ce livre est dédié, à ses dix millions d'habitants qui statistiquement, devraient être morts alors qu'en dépit du bon sens, ils se débrouillent pour vivre, Celio et ses mathématiques, mère Bokeke et sa ribambelle d'enfants, Gregoire Tshilombo, le redoutable conseiller du président, avec ses intrigues et ses souliers en crocodile.
’In Koli Jean Bofane décrit avec beaucoup de justesse la condition du petit peuple de notre grand Congo, l'un des pays potentiellement les plus riches de la planète dont les dirigeants ont réduit la plus humble âme au racket et à la corruption. Dans ces conditions, l’ascension sociale fulgurante de Célio Mathématik prend un sens particulier. Va-t-il rentrer dans le moule après avoir connu les affres dévastateurs de la faim ?
Extrait de la description de la faim par l'auteur:
Entre-temps la Faim, au milieu de la population gagnait du terrain, faisait des ravages considérables. Elle progressait en rampant, impitoyable comme un python à deux têtes. Elle se lovait dans les ventres creusant le vide totale autour de sa personne. Ses victimes avaient appris à subir sa loi. En début de journée, avant qu’elle ne se manifeste, on n’y pensait pas trop, absorbé par le labeur qui permettrait justement de manger et ainsi obtenir un sursis. On faisait semblant d’oublier, mais l’angoisse persistait à chaque moment. En début d’après midi, avec le soleil de plomb qui accélère la déshydratation, cela devenait plus compliqué. L’animal qui depuis, depuis longtemps avait pris la place des viscères, manifestait sa présence en affaiblissant le métabolisme, se nourrissant de chair et d’autres substances vitales. On était obligé de vivre sur ses maigres réserves. L’effort faisait trembler les membres, rendait les mains moites et froides, le cœur avait tendance à s’emballer . Pour calmer la bête, on lui faisait alors offrande d’eau froide, pour qu’elle se sente glorifiée. Cela ne durait pas, car juste après, elle jouait sur le cerveau et d’autres organes de la volonté et du sens combatif. On pouvait avoir tendance à mendier. Certains devenaient même implorants, parce qu’elle laminait, de son ventre rêche, des choses aussi précieuses que l’orgueil et la fierté. Elle omniprésence et omnipotente. On ne conjuguait plus le verbe " avoir faim ". A la question on pouvait aller la réponse était : Nzala ! la faim ! Elle s’était institutionnalisée.
"La Faim ne justifie pas tout et surtout pas la corruption généralisée. Beaucoup ont faim, mais tous ne sont pas corrompus. Et les corrompus n’ont pas tous faim, loin de là" dit l'auteur. C’est un roman magnifique, optimiste mais surtout non plaintif.
Mathématiques congolaises, Actes Sud, 2008, 318 pages


Commentaires
1. Le jeudi 15 octobre 2009 à 13:20, par Le Saint Interlocuteur.
2. Le jeudi 15 octobre 2009 à 17:27, par lutu lasse
3. Le vendredi 16 octobre 2009 à 15:37, par Mawete Makisosila
4. Le vendredi 16 octobre 2009 à 18:50, par Myriam Luzeka
5. Le vendredi 16 octobre 2009 à 18:52, par Myriam Luzeka
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