Quel rôle des artistes musiciens congolais dans le cinquantenaire anticolonial du 30 juin 2010 ?
Par Freddy Mulongo, samedi 17 octobre 2009 à 16:47 :: radio :: #549 :: rss
Artiste engagé, Boketshu 1er tire son épingle du jeu. En 1985 à Kinshasa il fonde le groupe Swede Swede qui joue spécialement de la musique folklorique. En 1989, il effectue sa première tournée européenne et enregistre chez Crammed Discs. Dans la deuxième moitié de la décennie 1990, il s'exile. Il sort un opus en 2002 qui sert de déclic au changement thématique vers un message engagé.
En 2005, l’album « Pas de complexe » lance pratiquement sa carrière de chanteur engagé. On y retrouve des titres comme avec Ibodo (chanté en mongo), Naye Koyemba, Innocent Mowe. L’album Finie la récréation (nani ateki Congo na biso) sorti en 2006 consacre pratiquement le roi du folklore mongo comme chanteur engagé. Ses spectacles n’attirent pas seulement le public typiquement congolais mais aussi le public occidental qui vient apprécier le folklore mongo (une ethnie de la province de l’Equateur à laquelle appartient le chanteur).
Comme à l'accoutumée, Pierre Yambuya Lotika Kibesi n'y va pas avec le dos de la cuillère. Sa réflexion est d'une impédance acoustique qui incite au retour de nos sources mais surtout de ne plus se taire. Voici sa réflexion:
Je dirais que la musique semble à nos yeux l’unique réussite, pour avoir atteint à l’aube du cinquantenaire du néocolonialisme au Congo-Kinshasa l’un des objectifs des néocolonialistes, qui a détourné notre peuple de la réalité de leur futur au lendemain du 30 juin 1960 comme l’a dit Pierre Mulele le 9 juin 1963 : "Le pays est en train de mourir à cause des manœuvres colonialistes. Les colonialistes veulent nous imposer une nouvelle forme de domination, un néocolonialisme c’est-à-dire une domination par l’intermédiaire de nos propres frères traîtres, corrompus, les réactionnaires de la bourgeoisie".
Le pays est tombé entre les mains d’une caste qui ne cherche qu’à s’enrichir d’une manière scandaleuse, rapide, révoltante, impitoyable au détriment des intérêts du peuple qui continue à mourir de faim et à être privé de ses droits les plus élémentaires.
Nous devons nous désillusionner d’attendre notre bonheur de l’extérieur. Au contraire le bonheur d’un peuple doit se fonder sur son effort intérieur.
Pourquoi un rôle décisif des artistes musiciens congolais pour ce cinquantenaire qui se prépare dans la joie des néocolonialistes et dans la tristesse des néocolonisés ? C’est parce que nous estimons que la jeunesse doit être présente dans la récupération de notre souveraineté nationale obtenue le 30 juin 1960 dans la lutte pour ce qui allait être réellement leur avenir dans le Congo indépendant géré par des hommes honnêtes et dignes des valeurs humaines, car cette jeunesse qui est la plus grande majorité de notre peuple aujourd’hui n’était pas encore née.
Dans la misère que les néocolonisés se trouvent à l’approche du 30 juin 2010, les spectacles de nos musiciens, qui sont en très grande majorité, nés après le 30 juin 1960, restent des lieux publics de rassemblement des jeunes congolais, et même certains adultes très avancés d’âge au pays comme dans la diaspora, qui attirent toutes les races humaines de la terre.
Le paradoxe entre les explosions de joies dans ces concerts congolais et les faillites socio-économico-politique dans le pays, nous incite à croire que la musique congolaise constitue en soi l’une des grandes armes morales pour récupérer notre souveraineté nationale à la main du néocolonialisme.
En effet, pour faire asseoir odieusement le néocolonialisme à partir du 24 novembre 1965, les musiciens congolais Pascal Tabu Rochereau et Franco Luambo Makiadi avaient lancé des chansons telles que ‘‘ 5 ans Mobutu akobongisa Congo’’ et ‘‘ Retroussons les manches’’.
Ces chansons et tant d’autres sorties après, ont fait de Mobutu le sauveur du Congo-Kinshasa. Franco Luambo Makiadi est mort sans connaître le cadavre politique qu’était devenu Mobutu jusqu’à sa fuite, et Pascal Tabu Rochereau est en train de subir jusqu’à ce jour les dures réalités de ‘‘ 5 ans Mobutu akobongisa Congo’’ qu’il a chanté il y a 44 ans.
A cause du virus Mobutu infecté par Joseph Kabila, un virus aux origines connues mais le vaccin échappe aux Congolais, nous voyons la réalité de la vie que mènent nos musiciens au pays et dans la diaspora, une vie qui n’est un secret pour personne car nous en sommes tous victimes, car il règne une grande insuffisance à la notion du néocolonialisme dénoncé par Pierre Mulele, le ministre de l'éducation nationale de Patrice Emery Lumumba le 9 juin 1963. C'est ce néocolonialisme qui a détruit le pouvoir de Patrice Lumumba démocratiquement élu par notre peuple encore colonisé à l’aube du 30 juin 1960, un pouvoir soucieux du bien-être national.
Chers compatriotes musiciens, vous avez devant vous un peuple qui aime votre musique car elle l’aide à oublier la misère infligée par le mobutisme hérité par Joseph Kabila. Que chacun de vous soit conscient du drame que traverse notre peuple. Ce 30 juin 2010 doit être pour vous la protestation artistique publique pour que le 30 juin soit fêté par un peuple libéré.
C’est la raison pour laquelle nous interpellons votre conscience afin de diriger vos œuvres (vos chansons) et concerts publics dans le sens de la lutte populaire contre le néocolonialisme dans le cadre des préparatifs du cinquantenaire de la confiscation de notre souveraineté et aussi après cette célébration jusqu’à ce que notre peuple connaisse le bonheur dans la souveraineté.
Faites danser la jeunesse congolaise au rythme de la famine, de la détérioration sans arrêt des conditions de santé, de la dégradation continue de la formation scolaire, des dégâts des infrastructures de base vitales aux êtres humains, au manque de développement créateur d’emplois, contre la destruction de nos mœurs ancestrales très riches dans la société humaine, etc…
Chantez et organisez des concerts de solidarité pour dénoncer l’arbitraire : tortures, oppressions, persécutions, arrestations, assassinats politiques, viols de : nos mamans, nos sœurs, nos femmes et nos filles, le phénomène schégué, etc…par ce régime néocolonial-mobutiste qui a refait surface avec beaucoup plus de violence depuis le 16 janvier 2001 qu’à l’époque jusqu’au 17 mai 1997.
Chantez avec force et solidarité pour faire compatir le peuple à la triste situation des conditions de vie en Occident, où des valeureux congolais qui devraient servir notre nation comme hauts cadres, hauts techniciens, hauts ouvriers qualifiés dans tous les domaines et même comme employés très compétents dans l’administration, enseignement, la santé et que sais-je encore de ces nombreuses capacités, qui, ensemble avec des compatriotes très valeureux qui sont au pays, pour que dans la souveraineté et dignité voulues par Simon Kimbangu à partir du 6 avril 1921 et Patrice Lumumba le 30 juin 1960, feront de notre pays grâce à ses immenses richesses naturelles, un étonnant exemple pour toute l’Afrique. Vous la chanterez pour montrer au peuple la réalité extérieure.
Chers compatriotes artistes musiciens, vous devez être présents dans cette lutte populaire contre le néocolonialisme, pour que le peuple retrouve le sens de cette grande date du 30 juin 1960 à l’aube de ce cinquantenaire que les prédateurs néocolonialistes et leurs complices étrangers veulent fêter avec pompe la joie de notre misère fabriquée par eux le 5 et le 14 septembre 1960, car lorsque le peuple triomphera, vous retrouverez votre place avec dignité dans la vie culturelle universelle.
Le vieux Pascal Tabu Rochereau qui chanta au lendemain du 24 novembre 1965 ‘‘ 5 ans Mobutu akobongisa Congo’’, chanta au lendemain du 24 avril 1990 ‘‘Exil-Ley", ceci lui a valu une très bonne expérience du néocolonialisme dans notre pays, car Mobutu ne voulait plus jamais le voir dans son royaume. Aujourd’hui, dans son 70ème anniversaire, malgré ses flagrantes contradictions politiques, je crois personnellement que notre cher aîné Pascal Tabu Rochereau a encore beaucoup à apporter positivement dans cette lutte populaire aux côtés des jeunes musiciens congolais pour faire danser notre peuple au rythme de la récupération de notre souveraineté, voilà comment il a toutes les possibilités de refaire sa bonne face artistique universelle, car nous l’aimons beaucoup.
De même Kiamwangana Mateta Verckys avec son illustre chanson ‘‘Motu moindo awuta wapi, ba santu nionso kaka mindele, bikeko na biso nde bazabulu’’. C’était en 1969, la moralisation de cette œuvre dans notre peuple, avait fait trembler les néocolonialistes et leurs géniteurs, c’est ainsi qu’ils combattirent avec force la disparition de chanson jusqu’à interdire d’être diffusée dans les radios et tous lieux publics du Congo-Kinshasa. Pour dire que notre aîné Kiamwangana Mateta Verckys a encore tous les talents pour motiver nos jeunes musiciens dans cette lutte populaire contre le néocolonialisme, en ressuscitant ces ineffaçables qualités de 1969.
Poète ! Oui ! Il le sera toute sa vie, ainsi dit, notre aîné Lutumba Simaro qui accompagna Franco Luambo dans sa célèbre chanson au lendemain du 24 novembre 1965 ‘‘Retroussons les manches’’, à tous les émérites à l’absence physique de Franco, de rejoindre la masse populaire dans cette lutte et d’aider les jeunes musiciens congolais d’être pragmatiques contre le néocolonialisme, qui veut étouffer sa culpabilité dans le drame que connaît notre peuple avec ce cinquantenaire.
Que ceci soit pour vous tous nos artistes musiciens, une source de conscientisation pour l’avenir de notre pays, qui sera très beau entre les mains des futurs gouvernants honnêtes et dignes.


Commentaires
1. Le samedi 24 octobre 2009 à 16:22, par BOMA OMENA Henri
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