«L’histoire secrète de Kimpa Vita» est le titre du roman que le congolais de la rive droite du fleuve Congo, Dieudonné Nkounkou, vient de publier, à Paris, dans une dynamique visiblement irréversible liée à la mise en œuvre, au milieu de la dernière décennie, du programme de revalorisation des grandes figures historiques de l’Afrique centrale, orientale et australe, menée par le Ciciba (Centre International des Civilisations Bantu).

L’auteur restitue, sous une écriture précise, le contexte d’émergence et de l’incroyable développement de ce schisme, celui de la grave crise sociale et politique que vivait l’ensemble fédéral, avant et après la fatidique bataille d’Ambuila, survenue en octobre 1665.

Nkounkou, notoirement influencé par l’implacable réappropriation historique menée, dans les années 70, par le régime marxisant de Brazzaville, qui avait apposé, sans état d’âme, le nom de la jeune prêtresse kongo à une école chrétienne, met en relief la perception africaine des Evangiles.

Et, c’est cette lecture, associée au contexte historique de la tragique deuxième moitié du XVIIème siècle au Royaume, qui consolidera la puissante faction syncrétique de l’adolescente kongo, secte qui tolérera la poursuite de l’intégration de la croix (kulunsi) dans les nkisi, son utilisation par les nganga et la continuation des rituels secrets tels le kimpasi.

L’homme de lettres, avocat de profession, mais sorti du bloc anthropologique kongo, est aussi sensible, à l’image des généreuses relectures qui ont surgi ces dernières années sur la «Sainte Noire», à la dimension mystique de son épopée. Il plante les racines spirituelles de l’inattendue jeune fille dans ses fonctions de sacerdote du fameux culte «marimba do kongo» et y tire le titre de son livre.

Kimpa Vita est donc munie de puissances silencieuses qui lui permet de favoriser la fécondité, grâce à la bénédiction de Saint Antoine, de soigner les malades et d’aider aux bonnes récoltes dans des irrésistibles campagnes de complète africanisation du christianisme.

Prophétesse ardente

Le romancier rend tout le symbolisme anthropologique du port par les Antoniens, des feuilles, du nsanda (Ficus psilopaga), ce solide arbre synonyme de puissance. Pour lui, la puissance secrète de l’hérétique, fondée sur le culte des ancêtres (nkulu) et les forces de nature (nsi), ne pouvait qu’être anéantie, suivant les croyances ténébreuses de l’Inquisition, par le feu.

Et, c’est ce qui arrivera à la jeune apostate qui, sous la forte pression des Pères italiens Bernardo da Gallo et Lorenzo di Lucca, sera mise au bucher, un certain 2 juillet 1706, à Evolulu, dans les environs du premier plateau de Mbanza Kongo.

La publication de l’œuvre de Dieudonné Nkounkou sur cet extraordinaire personnage de l’histoire de l’Afrique centrale au XVIIème siècle, survient après d’autres initiatives littéraires et artistiques, notées, ces dernières années, surtout en Angola, qui abrite, aujourd’hui, l’historique ville de Mbanza Kongo.

L’on citera, à cet effet, le génial roman du regretté anthropologue angolais Henrique Abranches, «Misericordia para o Reino do Congo» et la flamboyante pièce de théâtre du brillant Jose Mena Abrantes, «Kimpa Vita, une prophétesse ardente ».

Enfin, l’on notera, que la jeune Africaine, sortie du moule initiatique du «marimba do kongo», a été pressentie, naturellement, comme l’une des grandes figures du monde noir, qui entreront dans le Musée du Souvenir de Dakar, ce Panthéon de l’espace des «Damnes de la Terre», qui sera inauguré, en décembre de l’année prochaine.