
Franco Luambo Makiadi (à droite) et l'OK Jazz
Le temps n'a pas de visage, mais le monde a plusieurs formes de façades dans le cours du temps. Les Congolais de 1948 ne sont plus ceux de 2009, la personnalité de ce même peuple a évolué dans le sens que le destin leur a donné.
Disons encore que ce sont les événements que la République Démocratique du Congo a vécu qui peuvent expliquer la multiplicité des visages du Congo, de ses habitants et de ses ressortissant.
Ce constat affirme une vérité qui ne peut pas se démentir à cause du fait de l'intemporalité du temps dans le temps lui-même. Effectivement, ceux qui voudront dire le contraire sont capables de tous les sophismes.
En effet, on pourra toujours évoquer que les heures et les journées, à cause de leurs changements au cours de 24 heures sont déductibles du visage du temps. C'est vrai ! Mais après cela, verra-t-on dans ces anachronismes répétitifs de la morphologie du jour et de la nuit des rides, ces devant dire que la nuit d'aujourd'hui est différente de celle de la Préhistoire ?
En ce vingtième année de la disparition de Franco Luambo Makiadi, il m'a semblé pertinent, sinon absolument incontournable que Djamba Yohé, l'encrier de l'Atlantique Nord s'exprime sur l'héritage de Franco. Me fondant sur l'expression de la corrosion de l'être humain et des choses dans la nature à cause du facteur temps, j'ai mis Franco Luambo Makiadi au centre de ce phénomène afin de parvenir à une analyse qui le qualifie ou le disqualifie au hit-parade de la présence que la mort n'efface pas.
En fait, c'est pour parvenir à dire si Franco Luambo Makiadi est toujours avec nous ou si cet homme est mort et sa mémoire est aussi ensevelie avec lui.
Je ne me permettrai de pas de faire un jugement post-mortem sur ce géant de la Musique Congolais Moderne, mais je peux au moins, avec l'aide de quelqu'un qui l'a connu commencer à gratter dans les souvenirs de Franco Luambo Makiadi ce que le Congo, l'Afrique et le Monde ont retenu de lui.
Djamba Yohé nous a dit, il y a quelques années et dans tous les écrits qu'il produit que Franco Luambo Makiadi était connu au Portugal, au Brésil, en 1964, pays ou il avait déjà joué à un Festival, à Dakar pour le Premier Festival des Arts Nègres, comme invité spécial de l'événement et du Président Léopold Senghor Senghor, en 1965.
C'est à travers toute cette mémoire qui passe en revue dans notre souvenir que nous pénétrons des vingt ans de Franco Luambo Makiadi dans le séjour de l'éternité avec Djamba Yohé.

Cette photo est rare, elle nous montre à l'époque à Kinshasa que les musiciens célèbres étaient aussi des hommes ordinaires. Sur la photo de gauche à droite on reconnait :
Wamushala Kamba réalisateur de l'Émission Barza à L'OZRT aujourd'hui
RTNC; Patricia Longomba, la fille de Papa Victor Longomba et amie de Miss
Mureka Tete ;Papa Vicky Longomba, dit Viclong de l'OK Jazz et Lovy du Zaïre ;
Café Dodo, ami de Djamba Yohé d'enfance et compositeur de la chanson
"Tala mwana oyo Lokoso"
;Djamba Yohé, l'enfant bien-aimé de Longomba par la famille de ses
amis.
I. Que reste-il de Franco ?
1. Réveil-FM: : Monsieur Djamba Yohé que reste-t-il de Franco Luambo Makiadi après vingt ans d'absence dans l'espace temps de la République Démocratique du Congo et de la planète musique ?
Djamba Yohé : Le monde est une construction qui s'érige tous les jours et qui change constamment dans le paysage même si à l'inverse, le temps n'a pas de physionomie et de morphologie. Pour tout dire, le monde a divers visages.
Prenons l'exemple des habitats humains telles que les villes. Celles-ci, par leurs formes de constructions, étalent une culture, sinon une civilisation qui racontent le parcours de l'immersion de la civilisation avec leurs spécificités particulières. Les édificateurs chinois n'ont pas érigé des bâtiments pareils à ceux de Berlin et les villages congolais ne sont pas semblables à ceux de Scandinavie.
Dans la différence de ces conceptions d'habitats, il y a le souvenir qui restent des architectes des localités humaines antérieures.
Les villes à travers le monde sont construites en fonction des plans et des contours qui leur avaient été destinées. Lorsqu'on se promène à Rome, on découvre une ville avec beaucoup des monuments qui retracent les grands architectes de cette agglomérations urbaines plusieurs fois séculaires.
Dans les chambres du temps congolais, Franco Luambo Makiadi a rempli le Congo avec une part immense de richesse spirituelle reçu comme contribution spécifique et capitale à la construction du système de valeurs de nos traditions modernes, je veux dire, celles qui nous manifestent au monde avec l'identité rdécienne.
Les multiples apports de Franco Luambo Makiadi sont même allées au-delà de ce que ses capacités pouvaient lui faciliter. Par rapport à ses contemporains, Yorgho a legué à la Nation une oeuvre anthologique de musique et de philologie plein d'enseignements culturel et psychosociale.
L'abord des problèmes sociaux dans l'éducation des masses par les médias tels que le sketch, c'est à l'OK Jazz que recouraient les "Maboke" comme les Masumu De Brende dans "Théâtre de chez nous" pour donner vie et mouvement à leurs productions dramatique marié à l'art de vivre. Ce n'est pas là peu des choses, ces communications sociales que sont les messages de Luambo affirment, par elles-mêmes, que dans cet artiste, il y a avait un curé des phénomènes sociaux chez qui la société pouvait aller se ressourcer.
Il ne s'agit pas de voir Franco comme un prêtre de paroisse qui reçoit des confessions, mais comme quelqu'un qui dévoile les itinéraires et donne des solutions aux efforts communs de moduler la collectivité nationale dans le bon sens.
En fait, Franco Luambo Makiadi est pareil aux artistes qui ont construit et mis illustration le Vatican dans les siècles passés. En effet, ceux qui ont décoré la "Chapelle sixtine" n'avaient pas la vie des saints, mais leurs oeuvres mis en contexte sur les thèmes commandés par l'Église ont produit des saintes âmes par rapport à la force de leur art et de leur attrait.
La Sainteté de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus ou celle de Soeur Anuarite Nengapeta a été forgé par la puissance de l'invitation contemplative de l'Art sacré.
Je suis sûr que c'est l'effet suggestif des sujets de l'art sacré conjugué aux parades des fêtes de l'année liturgique qui ont suscité la vocation de Monseigneur Joseph-Albert Malula pour devenir prêtre.
En clair, le phénomène de la transformation de l'oncle de Kallé Jeff aura été le travail d'abord une production d'un esprit indépendant hors-les-murs du corps institutionnel du Magistère.
Franco Luambo Makiadi est comparable à ces grands que sont les Michel Ange, les Véronèse et les Scarlati par la musique qu'il a produite. Son doigté a défini le comportement de nos fêtes et de nos deuils. L'OK Jazz fut un don spécial pour la civilisation congolaise, avec ses pairs, l'African Jazz, le Loningisa, le Rock-A-Mambo ou le Conga Jazz sont finalement ces édifices qui ont préparé les consciences à se diriger droit vers l'indépendance. Car ne l'oublions pas, le catalyseur du sentiment national aura été sans conteste la musique.
Et celle-ci, Franco l'a bien faite. Pourtant, Franco, arrive à la musique, n'ont pas comme Mozart qui a été préparé à ce métier par son père, mais avec le concours du hasard à la recherche d'un emploi qui le sorte du danger de vagabondage et de délinquence juvénille. La rencontre avec des adultes qu'il a dépassé par la suite a accompli le miracle Franco.
Alors, que reste-t-il de Franco ? C'est simple à percevoir ! L'humanité n'a pas oublié Socrate, Platon, Aristote, Sophocle, Cicéron, Sénèque, Virgile, Jeanne d'Arc, Rabelais, Shakespeare, Beethoven, Victor Hugo, Edgar Allan Poe, etc. Il en va de même pour Franco Luambo Makiadi. Ce Madimbadien fait partie d'une galerie des figures de la rejouvance de la civilisation universelle par l'axe du Congo, car chaque époque de l'histoire a ses personnages qui la marque en espace et en durée. Socrate n'est pas plus grand que Lumumba, Aristote n'est pas plus grand que Kasa-Vubu et Victor Hugo n'est pas plus grand que Monseigneur Malula. Cela fera rire certaines personnes, mais moi je suis convaincu de la véracité de cette analogie.
Comme musicien, je sais que les Cubains se sont beaucoup nourri de la Musique Congolaise Moderne et le Grand Kallé est pour eux une figure intemporelle de la musique. Il reste donc de Franco Luambo Makiadi est une présence parlante ancrée dans la conscience de tous les Congolais et cela va s'inscrire pour toutes les époques comme on ramène à l'actualité Shaspeare en Grande Bretagne, Victor Hugo en France et je passe.
Quiconque passera par Kinshasa, sinon par tout le Congo, sentira l'âme de Franco Luambo Makiadi palpiter dans l'anatomie de la culture congolaise. Pour appréhender ce phénomène, je vous demande de passer à Waterloo à l'endroit du dernier combat de Bonapate, vous sentirez son souvenir surexcité les individus debout devant le monument de l'Aigle. C'est pareille pour Ya Fual, Franco De Mi Amor, Luambo Makiadi.
2. Réveil-FM : De qui pouvons-nous dire que Franco est héritier aux sources de sa musique ?
Djamba yohé : je vous répondrai par la réponse qu'un ami m'a formulé., c'est mon ancien voisin de classe à l'Institut supérieur des techniques appliquées (ISTA), il est avec vous à Paris, Sandy Makumbu, vous pouvez aller le voir. Évidemment, il m'a communiqué cela parce qu'il a vu que je ne pouvais pas me souvenir de tout. Franco est héritier de deux grands musiciens de son époque, à savoir :
1. Le vieux Lupasi ;
2. Ebengo Dewayon.
Ce sont ces deux guitaristes de talent qui ont forgé l'oreille musicale de Franco pour la musique. Il ne faut pas croire que ces hommes sont arrivés à jouer les instruments par pur hasard.
Le Vieux Lupasi a été initié à la guitare à l'école par les missionnaires et Dewayon a fréquenté les "Mindele de Kalina" qui forgeait le talent des Congolais pour leurs clubs select interdit aux Noirs, il a fait partie du premier noyau des Congolais qui se sont initié à la musique occidentale avec le Vieux Lopongo que j'ai rencontré plusieurs fois chez le Vieux BOTO, un ancien paianiste du temps de Loningisa et père d'un pianiste virtuose congolais qui donne des cours de musique en Allemagne, le jeune Booto Blanchard.
Celui-ci, avec sa famille, ont habité sise "Rue Bandundu" à Kintambo à côté de la Maison de la Commune, en face du Camp Utex et dans la périphérie de la paroisse Saint François, près de l'école au sein de laquelle Simaro Lutumba a étudié quand il était jeune.
Bien plus, tout n'est pas qu'héritage de ces Vieux Kulutu, Franco Luambo Makiadi a fréquenté Kallé pour étudier la mesure des séquences musicales, il est à ce titre un ancien de l'African Jazz à la percussion.
Attention, Franco n'était pas "Moto na mbonda" au sens péjoratif étant donné qu'il était déjà guitariste, il a évolué à ce poste pour comprendre la métronomie des mesures dans leurs successions rythmiques, cadencées et temporelle.
C'est avec le Grand Kallé que Franco a vraiment compris la grammaire musicale appliquée. Nous sommes autour des années 1954.
En fait, il faut que je vous dise ici que Franco est resté très reconnaissant à ce passage très court dans l'African Jazz, mais il faut aussi que je rappelle qu'à l'époque des débuts de Kallé et Franco en musique, les artistes ne sentaient pas des adversaires divisés par leurs appartenance.
Les disques Opika, Polydor, Ngoma ont réuni ensemble Kallé, Essous, Nino Malapet, Vicky Longomba, Rossignol, Bohlen Bombolo Wa Lokole, Charles et Antoine Kibonge (Deux frères pianiste ayant joué avec Kallé) sous une même direction musicale. Je ne serai pas étonné si Simaro dit que Franco a presté dans Loningisa et dans le Rock-A-Mambo.
Dans le fond, ce que nous appelons "Jam Session" aujourd'hui, est une habitude qui a existé du temps de nos pères et leurs petits frères.
L'héritage ne s'arrête pas qu'à ceux qui ont guidé Franco aux Fonts baptismaux de la musique, il va aussi jusqu'à ceux qui l'ont révélé au védettariat et au succès. À ce que je sache, et c'est Sandy Makumbu Kongolo qui vérifie mes doutes en me rassurant, c'est le Vieux Bowané qui a baptisé Luambo François du nom de "Franco", en 1955.
L'héritage de Franco n'est pas chiffrable, mais il a des repères incontournables qu'il faille rappeler à tout moment lorsqu'on évoque sa mémoire. À quel degré ?
Je n'en sais rien, il y a lieu de citer des grands noms qui ont fait la pluie et le beau temps au Congo-Belge, à savoir :
• Franco Kabaselle Tshiamala, le père de la Musique Congolaise Moderne ;
• Vicky Longomba, chanteur ténor de l'OK Jazz des origines ;
• Rossignol un autre ténor de l'ancienne école dans Loningisa et Rock-A-Mambo ;
• Tawumani, premier bassiste de l'African Jazz ;
• Roitelet, bassiste au sein de l'Ok Jazz des origines ;
• Albino Kabongo, saxophoniste ;
• Sacky le Nigérian au Saxophone que Manu Dibango incitait à s'améliorer par son jeu ;
• Charles et Antoine Kibonge (ils étaient métis de père européen), pianistes ;
• Bombolo Léon dit Bohlen, Guitariste accompagnateur à l'époque dans l'OK Jazz ;
• Pandy (bantous de la Capitale), Depuissant, Dessoin Mpaka Bosuama et Micorasson à la percussion:
• Edo Lutula le grand compositeur et Essous Jean Serge à la clarinettes. etc ...
En définitive, Franco est un artiste qui a consommé l'héritage de ses prédecesseurs, de ses contemporains comme, Kwamy Lassitura Munsi, Mulamba Joseph dit Mujos, Checain Lola, les deux Isaac Musekiwa et Pedro, Verckys Kiamuangana Mateta tous au saxophone de l'OK Jazz, et des plus jeunes qu'il a encadré comme Youlou, Michel Boyibanda, et autres.
Franco n'est pas seulement ce qu'il a réalisé avec son orchestre, il est aussi influence des orchestres : African Fiesta et Afrisa, Le Fetival des Grand Maquisard, Continental, Thu Zaïna, Zaïko Langa-Langa, Stukas. Josky Kiambukuta, Sam Manguana, Dalienst, Flujos, Denis Bonyeme, Nyoka Longo, Manuaku Waku, Roxy Tshimpaka, Lita Bembo et Carlito.
Franco Luambo Makiadi est héritier de tous les phénomènes de la Musique Congolaise Moderne de toutes les époques musicales de sa génération, il a influencé une époque et la progéniture des époques successives l'a rattrapé pour le recycler avec les conséquences de sa propre influence sur les jeunes.
Certes que le temps nouveau soit celui qui module Franco à ses exigences, il n'en reste pas moins vrai que celui-ci n'a pas dérogé à un principe de l'orchestration des origines. L'OK Jazz, contrairement à l'African Jazz et l'African Fiesta surtout, n'a pas perdu la saveur d'une musique aux accents du saxophone. L'African Jazz de Kabaselle privilégiait les trompettes pour être assez proche de Cuba, mais Luambo Makiadi et Vicky Longomba n'ont suivi cette piste. Pour ces deux artistes, c'est le saxophone qui a prévalu sur les autres instruments à vent.
En d'autres mots, l'OK a gardé dans ses arrangements une facture d'un grand musicien congolais de Brazzaville, je veux souligner par-là en passant, l'apport inestimable de "Essous Serge" qui vient de nous quitter, dans le style de maintient du saxo au sein l'OK Jazz.
En fait, l'orchestre de Franco est un ensemble qui fait survivre le son de l'orchestre de studio Loningisa.
Youlou Mabiala s'en est souvenu et a nommé son orchestre de ce mythique nom.
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