Loubna Ahmed al-Hussein :"40 coups de fouet pour un pantalon" !
Par Freddy Mulongo, vendredi 27 novembre 2009 à 15:32 :: radio :: #599 :: rss
Paris, 25 novembre 2009, Loubna Al-Hussein, la consoeur soudanaise au Centre d'accueil de la presse étrangère (Cape)
La France a annoncé que la Grande cause nationale 2010 serait la lutte contre les violences faites aux femmes. Bien avant cette annonce, Dominique Versini, Défenseure des enfants, présentait le 5 février dernier devant les représentants de l'ONU à Genève sa volonté de faire interdire par la loi les châtiments corporels en France, dont la fessée. Cette pratique est d'ailleurs légalement d'ores et déjà interdite dans la majorité des pays européens.
La Convention Internationale des Droits de l'Enfant de 1989, ratifiée par la France, précise d'ailleurs que les enfants doivent être protégés contre toutes les formes de violence... Mais ne dit pas où commence la violence.
L'association Ni claques ni fessées, présidée par Jacqueline Corney, précise de son côté que « 85 % des enfants reçoivent en France des punitions corporelles qui pour 25 % d'entre elles sont d'une réelle violence... ». Et argue d'un vide juridique qu'il est temps de combler : la loi française sur les coups et blessures volontaires de juillet 96 est quasiment impossible à interpréter pour des juges en cas de violence des parents sur leur enfant mineur car les peines sont lourdes... Difficile d'envoyer papa ou maman en prison pour une fessée !
Au Soudan, les femmes sont violentées avec un fouet en peau hippopotame
Loubna Ahmed al-Hussein Journaliste soudanaise
envoyé par imagazine. - L'actualité du moment en vidéo.
Le 3 juillet 2009, Loubna al-Hussein est arrêtée par la police dans un restaurant de Khartoum. Son ” crime ” : avoir porté un pantalon. La loi soudanaise punit cette atteinte à la ” moralité publique ” de quarante coups de fouet, assortis d'une amende. Tous les jours, des femmes sont condamnées au Soudan pour avoir enfreint l'article 152 du code pénal, celui qui veille sur les moeurs.
Parce que leur voile n'est pas assez couvrant ou parce qu'elles sont en tête à tête avec un homme, la ” police de l'ordre public ” les conduit à l'hôpital où elles subissent un examen de virginité, puis au tribunal où les attend un jugement expéditif.
C'est le policier qui a arrêté qui est l'accusateur et le seul témoin devant le juge. Une fois la sanction prononcée, c'est encore le policier qui l'exécute. La femme dénude son haut et doit recevoir 40 coup de fouet sur le dos face au mur. A la sortie, la femme fouettée n'a même pas droit à un papier signifiant qu'elle a été condamné et a reçu des coups de fouet. mais dans les quartiers les gens ne sont pas dupes, la victime est considérée comme une prostituée, une femme de petite et mauvaise vie.
C'est au nom de toutes ces femmes que Loubna a décidé de se révolter et de porter son procès devant le monde entier.
A travers son histoire, elle raconte l'histoire d'un pays qui ploie sous le joug conjugué de la loi islamique et des traditions.
Un Etat où l'excision des femmes reste la règle, où des préposés aux moeurs sont postés à tous les coins de rue, jusque dans l'enceinte des université.
Son cas n'est pas unique: pour la seule année 2008, 43000 femmes ont été arrêtées au Soudan sous le même chef d'inculpation. Elles ont subi leur sentence en silence, souvent en secret. Par honte. Loubna, elle, ne s'est pas tue: "ils peuvent me donner 40000 coups de fouet, je ne me tairai pas", dit-elle.
Ancienne journaliste vedette au Soudan (elle a abandonné ses chroniques quotidiennes dans la presse suite aux pressions de la censure), employée depuis deux ans dans une mission locale de l'ONU, elle refuse la protection de son employeur, démissionne et se lance à plein temps dans une bataille contre l'ar-ticle 152 du code juridique soudanais, qu'elle qualifie de "loi anticonstitutionnelle". Elle fait appel de son jugement (l'affaire est en cours et doit se conclure dans les prochaines semaines).
Freddy Mulongo
Nicolas Abena
Loubna Ahmad Al-Hussein a écrit dans le quotidien al-sahafa, lancé par son défunt mari, des billets satyriques qui lui ont valu d'être interpellée à plusieurs reprises par la police. Elle avait déjà été arrêtée pour militantisme il y a 15 ans, alors qu'elle était étudiante. Employée par les Nations-Unies au moment de son arrestation en août 2009, elle a quitté ce poste afin de renoncer à l'immunité diplomatique. Grâce à une burqua, elle a quitté le Soudan. Va-t-elle y retourner ?


Commentaires
1. Le samedi 28 novembre 2009 à 14:13, par amnaye (Algérie)
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