La sape, les sapelogues et les sapephobes au musée Dapper !
Par Freddy Mulongo, dimanche 29 novembre 2009 à 15:05 :: radio :: #602 :: rss
La Sape. © Photo Baudouin Mouanda, 2008. Musée Dapper
Le Musée Dapper a organisé ce week-end (Du vendredi 27 au dimanche 29 novembre 2009) à Paris des rencontres débats sur le thème de la SAPE (Société des ambianceurs et des personnes élégantes). On les croisent parfois dans les rues de Barbès à Paris, de Bruxelles ou New York, trimballant leur élégance flamboyante et arrogante.
Dans les grandes villes africaines, des hommes extrêmement créatifs ont su adapter les vêtements occidentaux à leur propre goût. Les adeptes de la SAPE cultivent raffinement et masculinité, ils ont développé un art de l'habillement et stimulé des modes qui rivalisent d'originalité à Kinshasa, à Brazzaville, à Douala. La Sape est un phénomène de l'Afrique centrale indifféremment d'autres parties du continent.
Né au Congo dans les 60’s, ce mouvement commence lors du retour au pays des anciens combattants congolais et se poursuit jusqu’à aujourd’hui dans les rues parisiennes de Strasbourg-Saint-Denis à Château Rouge.
Le costard est l’élément clé de cette culture mode où nœuds pap, cravates, boutons de manchette et grandes marques composent les codes du sapeur. Cette excentricité totalement assumée qui passe autant dans le look que dans l’attitude. Les sapeurs toisent, paradent, s'inventent, se racontent, se projettent et veulent exister autrement. En effet, au-delà des codes vestimentaires, les membres de ce “club” très sélect ont leur propre code d’honneur, de moralité et de conduite. Par exemple quelqu'un qui est plus au moins mal habillé est surnommé un taureau. Il doit beaucoup d'effort pour devenir un sapeur. Ou encore un sapeur parlera facilement de crocodile pour désigner sa chaussure comme si l'animal était bien vivant.
Toiseur, un sapeur est par essence un excentrique.
Chemise bigarée rouge et blanche sous une veste rose, cravate orange sous un blaser blanc, pantalon vert et bretelles vermillon, une démarche fière, fumant le cigare ou arborant un sourire radieux... Qui sont ces sapeurs, issus d'un mouvement ancré à Brazzaville, à Kinshasa et même à Paris ? Des dandys, de toutes les professions, sans préjugés sociaux. Au Congo-Brazzaville, on est d’abord « Sapeur » avant d’être musicien, footballeur ou homme politique. Le premier ministre lui-même, organise chaque été une fête en l’honneur des Sapeurs venus de France. Aujourd'hui, après l'engouement pour les marques Cerruti ou Enrico Coveri, de nouvelles griffes sont sollicitées, et les amateurs créent leur propre ligne.
A Kinshasa ou Brazzaville, les sapeurs organisent des kermesses où le droit d'entrée est la présentation de la "Carte orange" francilienne. N'est pas avoir sa "Carte orange" signifie qu'on ne connait Paris et ses lumières.
Religion Kitendi, religion de sapelogues
Les sapelogues disent que leur religion est le "Kitendi" c'est-à dire le tissu vestimentaire.
Les vêtements et accessoires de marque sont à l’honneur, accompagnés de chaussures superbement entretenues. Des émules de la Sape (avec une majuscule), dont les populaires vedettes de la musique congolaise Papa Wemba, King Kester Emeneya, Koffi Olomidé, Stervos Niarkos, Djo Ballar ont fait vibrer dans leurs chansons cet univers très particulier.
Wemba demeure une référence avec sa chanson: Proclamation des années 80 où il cite tous les grands couturiers parisiens, italiens et japonais. Paris demeure le lieu d'examen mais la proclamation se fait toujours à Kinshasa, à Brazzaville.
Aujourd’hui de nouvelles griffes sont sollicitées et des Sapeurs – certains de renom – vendent dans leurs boutiques leurs propres créations. Mille "combines" se mettent en place pour être en mesure d’acquérir et d’enrichir une luxueuse garde-robe. Électricien, maçon, agent d’entretien, par exemple, vivant à Paris depuis des années achètent ainsi des voitures vouées à la casse qu’ils revendent dans leur pays d’origine. L'argent obtenu de cette manière est ensuite dépensé dans des looks synonymes à leurs yeux, de virilité pure et dure. Et d'une certaine réussite.
Les artistes en "Sapologie", mouvement récent, distinct de celui des Sapeurs et qui affirme son savoir en matière d’habillement, protègent leur territoire et constituent des groupes rivaux qui s’affrontent.
La rue et les bars sont les théâtres où ces créateurs de mode trouvent leur meilleur public. La "Frime" y est enseignée telle une religion et ce dès les plus jeunes années. Le costume est roi, les accessoires des courtisans, le corps un sujet de l'élégance en majesté...
Cette culture urbaine et décalée est au cœur du travail photographique d’Héctor Mediavilla et de Baudouin Mouanda. Regards croisés sur un même univers, où marginalité et intégration flirtent avec provocation et contestation.
L'esprit de la Sape est présent chez le couturier Anglais Paul Smith pour sa collection Printemps Été 2010 . Il s'est inspiré du livre de Daniele Tamagni, édité chez Trolleybooks en Grande Bretagne (20€).
Héctor Mediavilla travaille la mise en scène en accentuant les contrastes entre un environnement où prédominent les murs vétustes aux peintures défraîchies et les hommes aux poses de mannequin; leurs vêtements onéreux sont harmonieusement assemblés et portés avec une élégance quelque peu figée.
Chaussures Weston, costume 3 pièces, cravate et pochette assorties... Les adeptes de La Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes (SAPE) ont l'art de porter les vêtements occidentaux avec un tel chic qu'ils les détournent tels de vrais artistes ! C'est ce qu'ont cherché à montrer deux photographes congolais, Hector Mediavilla et Baudouin Mouanda, deux figures majeures de la scène émergente de la photographie africaine.
Tous deux exposent au Musée Dapper à Paris, dans le cadre de l'exposition "L'art d'être un homme", jusqu'au 11 juillet 2010. Un travail remarquable sur cette culture urbaine décalée. Chez Baudouin Mouanda, c’est la saisie du mouvement, la dynamique du corps qui retiennent toute l’attention. Le photographe traque chaque détail qui s’exprime dans le choix d’une coupe ou celui des couleurs qui se heurtent. L’expressivité des visages, la force des regards habitent superbement ses photos.
Les sapephobes n'en reviennent pas !
Des dandys africains souvent sans le sou et qui pourtant, mariant les fringues de luxe récupérées ici ou là, défilent dans les rues et les boîtes de nuit de Paris, de Bruxelles, de Kinshasa, de Brazzaville ou de Douala dans un raffinement vestimentaire ostentatoire qui se moque du bon ou du mauvais goût.
Au milieu des bidonvilles, des Oscar Wilde noirs (Aucune carte du monde n'est digne d'un regard si le pays de l'utopie n'y figure pas), pochettes étudiées, fumant le cigare et remontant leurs pantalons pour nous montrer leurs Weston cela frise le ridicule. Les sapeurs n'ont pas toujours bonne presse y compris chez les africains. Consolation pour les sapeurs, la "sapologie" est désormais étudiée dans les Universités et elle est en est train de trouver une traduction commerciale et artisanale susceptible de faire vivre son petit monde.


Commentaires
1. Le dimanche 29 novembre 2009 à 15:47, par joe
2. Le dimanche 29 novembre 2009 à 16:55, par Nambo
3. Le dimanche 29 novembre 2009 à 17:37, par Frantz Fanon
4. Le dimanche 29 novembre 2009 à 18:20, par Papy Mombili
5. Le dimanche 29 novembre 2009 à 18:33, par BB. Joe
6. Le lundi 30 novembre 2009 à 12:41, par Victor
7. Le lundi 30 novembre 2009 à 13:27, par Calihavrah
8. Le mardi 1 décembre 2009 à 00:43, par zelzel17
9. Le samedi 5 décembre 2009 à 16:05, par Renée
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