Berlusconi, victime d'une agression à Milan en Italie
Par Freddy Mulongo, lundi 14 décembre 2009 à 13:28 :: radio :: #619 :: rss
L'agitation politique autour de Silvio Berlusconi en Italie est souvent traitée à l'étranger sur le mode de la dérision. Dimanche, 13 décembre 2009, la dérision a laissé la place à la violence, lorsque le chef du gouvernement italien a été agressé par un homme de 42 ans à l'issue d'un meeting politique à Milan.
Les images de télévision ont montré un Berlusconi au visage tuméfié, visiblement sonné, embarqué dans sa voiture et aussitôt emmené à l'hôpital. Berlusconi, qui est âgé de 73 ans, restera en observation pour 24 heures.
Pour bien montrer qu'il n'était pas sérieusement atteint, Silvio Berlusconi est ressorti de sa voiture un bref instant, avant de se rasseoir et d'être emmené à l'hôpital.
Son agresseur, Massimo Tartaglia, a été maîtrisé et arrêté.
Juste avant l'échauffourée, un groupe d'une dizaine de personnes avait conspué le chef du gouvernement, qui était en train de signer des autographes. Ils l'ont traité de ‘bouffon’ et de ‘voleur’.
Berlusconi avait riposté en criant dans leur direction ‘honte à vous’. Juste après, l'agression s'est produite, sans qu'on sache réellement si l'auteur du coup de poing faisait partie de la dizaine de personnes qui avaient conspué Silvio Berlusconi.
Les réactions politiques en Italie ont été très rapides pour condamner l'agression contre le chef du gouvernement, de la part de ses amis comme, bien sûr, de ses ennemis qui ont tous condamné l'irruption de la violence dans le débat politique.
Au cours du meeting électoral auquel il a participé, il avait notamment déclaré : ‘Mes ennemis me dépeignent comme un monstre, mais je ne pense pas en être un. D'abord parce que je suis beau-gosse, et ensuite parce que je suis quelqu'un de bien’.
Les polémiques qui se multiplient autour du chef du gouvernement portent aussi bien sur sa vie privée, avec, en particulier, le ‘Noemigate’, du nom d'une jeune fille mineure dont il a été proche, ou de call girls qui ont témoigné dans la presse avoir été payées pour passer la nuit avec lui, que de ses liens supposés avec la mafia. Il a réussi jusqu'ici à faire face dans un pays polarisé entre pro et anti-Berlusconi.
Au lendemain de l'agression physique contre Silvio Berlusconi, l'Italie, de droite comme de gauche, déplore le "climat de haine" qui se serait installé dans la Péninsule.
L'agresseur, un homme de 42 ans suivi depuis dix ans pour des problèmes psychiatriques, lui a lancé en plein visage une petite statue du célèbre Dôme de Milan lors d'une réunion publique dans la capitale lombarde.
Un bulletin de santé devrait être diffusé à la mi-journée et l'on ignore encore combien de jours seront nécessaires à son rétablissement, même si ses blessures sont sans gravité.
Tous les quotidiens italiens affichent en Une des photographies montrant le visage ensanglanté du "Cavaliere" et c'est le mot "haine" qui revient le plus fréquemment dans les commentaires des éditorialistes.
Car bien au-delà du simple compte rendu des faits, les journaux s'interrogent sur l'état du pays, après des mois de conflit politique et d'escalade verbale autour de la figure controversée de son chef du gouvernement conservateur.
Revenu au pouvoir en avril 2008, Silvio Berlusconi défraie la chronique depuis mai dernier en raison de révélations sur sa vie intime ou les soupçons de corruption dont il fait l'objet.
La société civile a organisé le 6 décembre à Rome une manifestation massive dans le cadre d'un "No Berlusconi Day" mais l'opposition reste désorganisée en l'absence de chef de file rassembleur.
"Nous en sommes arrivés là. Un climat de haine contre Berlusconi a produit des effets dévastateurs", souligne le quotidien conservateur romain Il Tempo.
Quelles responsabilités ?
Même les journaux de gauche, à la pointe des campagnes contre Berlusconi, reconnaissent que les tensions politiques en sont arrivées à un stade inquiétant et que cette attaque ne fera rien pour les apaiser, en tout cas dans l'immédiat.
"C'est la preuve d'une détérioration de l'affrontement politique en Italie", souligne Ezio Mauro, rédacteur en chef de La Repubblica. Pour l'Unità, l'organe du Parti démocrate, le principal parti d'opposition, cette agression est "une folie".
Mais la présidente du parti, Rosy Bindi - elle-même moquée pour un physique soi-disant ingrat par le président du Conseil - estime que Silvio Berlusconi "ne devrait pas jouer les victimes" car il participe de ce climat en insultant ses opposants et en assimilant toute opposition à des "communistes" déterminés à le renverser.
L'ancien magistrat anti-corruption Antonio Di Pietro, à la tête aujourd'hui d'une petite formation d'opposition, a été sévèrement tancé par les alliés du chef du gouvernement pour avoir jugé que Silvio Berlusconi était à l'origine de sa propre agression par sa politique de confrontation permanente.
Il Giornale, propriété de la famille Berlusconi, écrit que l'agresseur certes était un déséquilibré mais "nous savons tous qui est responsable moralement".
"L'agression a été rendue possible par un climat: on qualifie Berlusconi de dictateur, de fasciste, de tyran, de monarque absolu qu'il faut renverser à tout prix."
Malgré son année tumultueuse, le président du Conseil bénéficie toujours d'une forte popularité, même si un sondage Ipsos publié samedi par La Stampa a montré un effritement de sa cote de confiance, en baisse de quatre points à 50%. C'était toutefois à la veille de son agression, qui devrait le voir bénéficier d'un regain de sympathie.


Commentaires
1. Le lundi 14 décembre 2009 à 15:21, par Paul
2. Le mardi 15 décembre 2009 à 15:40, par Le Saint Interlocuteur.
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