A coeur ouvert avec James Bénédict Ngumbu
Par Freddy Mulongo, mardi 29 décembre 2009 à 14:39 :: radio :: #642 :: rss
James bénédict Ngumbu
Chaque année, le département d'Etat invite 4000 personnes qui excellent dans leur domaine, disons plutôt des élites, des faiseurs d'opinions de chaque pays à travers le monde à visiter les Etats-Unis. La visite débute toujours par Washington DC, lieu des institutions fédérales américaines où l'on a l'opportunité de rencontrer les autorités américaines et se se poursuit dans plusieurs Etats à l'intérieur des Usa.
James Bénédict Ngumbu dont son maxime est « Il ne faut pas que l’espoir des 65 millions des Congolais cède la place au cynisme, voire au désespoir qui laisserait la place aux suspicions», a accepté de répondre à nos questions.
James Bénedict Ngumbu est secrétairee Général de l'Association de la Presse Panafricaine (APPA), son carnet d’adresses inépuisable le met en contact avec des nombreux officiels de la politique française qu’étrangère à Paris, y compris aussi ceux des institutions internationales notamment l’Organisation internationale de la Francophonie, l’Unesco, l’Union européenne, la CPI etc.
Cet inconditionnel sympathisant de RSF et UPF est un fervent défenseur de la liberté de la presse. Son voyage aux USA n’est rien d’autre que le fruit d’un travail minutieusement organisé. Et les Américains avaient raison de porter leur choix sur notre confrère.
C’est justement au retour de son voyage des Etats-Unis, qu’il a voulu malgré ses réticences, se livrer à Réveil-FM car l’homme a l’habitude, de ne pas parler de lui. Pour notre rédaction, cela valait la peine de l’interviewer.
James Bénédict Ngumbu avec Paul Senseman, porte-parole du gouverneur de Arizona, (Etat de Mc Cain)
1. Réveil-FM: Vous revenez des Etats-Unis où vous étiez invité par le département d’Etat. On sait que vous avez porté haut la cause de la presse africaine et celle de la République démocratique du Congo (RDC). Quelles sont les autorités américaines que vous avez rencontrées?
James Bénédict Ngumbu: Mon voyage aux Etats-Unis se situait dans le cadre des activités de l’Association de la Presse Panafricaine (APPA) que nous assurons la direction en France.
En ma qualité de secrétaire général de l’APPA, j’ai eu l’honneur de représenter mes confrères au programme «Edward Murrow for journalists», qui est destiné aux leaders de la presse internationale.
Je voudrais saisir l’occasion que vous m’offrez pour remercier tous ceux qui m’ont permis d’effectuer ce voyage.
C’est une expérience enrichissante en terme professionnel et relationnel, d’autant plus qu’elle apporte une autre dimension sur notre modeste carrière.
Il convient de rappeler que ce programme réunissait 150 journalistes venus de partout.
Pour revenir à votre question, j’ai rencontré naturellement des personnalités très importantes tant dans le domaine des médias que dans d’autres sphères de la société civile.
Par ailleurs, j’ai eu des discussions fructueuses avec des associations professionnelles, telles que la National Association of Black Journalists (NABJ), le Centre Jimmy Carter et bien d’autres structures.
J’ai été au Centre Aspen Institute où plusieurs thèmes liés à la profession ont été traités par des grandes signatures, comme Steven Roberts ou Bob Woodward (l’auteur du scandale de watergate).
Sur le plan institutionnel, j’ai été au Département d’Etat où j’ai rencontré plusieurs officiels qui maîtrisent parfaitement, le dossier congolais.
Vous conviendrez avec moi que compte tenu de mon devoir de réserve, je ne peux divulguer les noms de mes interlocuteurs et surtout le contenu des entretiens.
Pour revenir à votre question, j’estime que la presse africaine à un rôle à jouer partout.
C’est le cas de l’Association de la Presse Panafricaine qui mène un combat, sur la revalorisation du journaliste africain ainsi que sur l’image, assez caricaturale que l’on se fait de la presse du continent.
Il faut relever les défis dignes du troisième millénaire sur certains aspects qui pouvaient paraître secondaires.
Nous organiserons d’ailleurs à ce sujet, les premières assises de la presse panafricaine, l’an prochain à Paris.
2. Réveil-FM: Comment les médias américains traitent-ils l’actualité africaine en général et l’actualité congolaise en particulier ?
James Bénédict Ngumbu:Le sentiment patriotique qui se manifeste à travers tout le pays après des nombreux événements, tels que les attentats du 11 septembre 2001 et même bien avant cela, pousse les médias américains à se focaliser d’abord sur des questions des politiques intérieures.
La presse est très patriotique aux Etats-Unis et il existe peu de programmes qui traitent l’actualité africaine au quotidien.
Les médias américains ne s’intéressent pas régulièrement à l’actualité africaine et quand ils le font, c’est toujours pour évoquer des situations dramatiques.
Le Congo ne sort pas du lot de ce phénomène.
Heureusement qu’une nouvelle génération des journalistes émerge outre atlantique, elle commence à faire bouger les lignes.
Aujourd’hui, quelques confrères sont conscients de cette absence et veulent couvrir l’Afrique d’une façon positive.
Je fais allusion à la chaîne de télévision, NBC que j’ai visitée.
Cet organe de presse a installé un bureau permanent en Afrique australe et je pense que d’autres pourront s’ouvrir incessamment.
James Bénédict Ngumbu avec Allison Flexer, directrice des programmes du CNN international
3. Réveil-FM: Quelles sont d'après vous les priorités de Barack Obama par rapport à la RDC ?
James Bénédict Ngumbu: Depuis l’élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis, le monde entier est dans l’expectative, et nous Congolais en particulier, nous sommes vraisemblablement parmi les plus concernés.
Le président Obama est parfois considéré comme une sorte de « superman » ou encore, concernant la RDC, une sorte de « Messie ».
Mais au regard de la détermination de l’administration Obama, de faire de l'Afrique une priorité pour qu'elle ne se considère plus comme exclue du monde, ses préoccupations se résument dans son discours d’Accra.
Il suffit de comprendre ce message pour déchiffrer la pensée de Barrack Obama, sur l’ensemble des pays africains.
Il a clairement indiqué qu’il considère l’Afrique, comme une partie fondamentale d’un monde interconnecté et surtout comme un partenaire des USA.
Dans ce même discours, le président américain encourage les africains à accorder la priorité, aux 4 domaines de la vie humaine, c’est-à-dire, la démocratie, l‘économie stable, la santé et les règlements pacifiques des conflits.
C’est un discours linéaire.
4. Réveil-FM: Avez-vous le sentiment que le gouvernement Obama connaît les vraies réalités congolaises: viols de femmes, insécurité permanente, impunités aux miliciens et seigneurs de la guerre, opposition constitutionnelle inexistante et inefficace, corruption des députés et sénateurs, manque de liberté d'expression etc..? L’arrivée à Kinshasa de Hillary Clinton, secrétaire d'Etat américaine, a prouvé réellement que la tragédie congolaise est connue en dehors de nos frontières.
Cela a marqué une nette rupture avec les vieilles méthodes. Rappelez-vous qu’à l’époque, la plupart des visites organisées par les autorités américaines vers l’Afrique, excluaient l’étape de la RDC.
Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Le voyage de Mme Clinton a prouvé d’une certaine manière, que l’administration Obama s’indignait du calvaire que vivent nos compatriotes.
Vous savez d’ailleurs à cet effet, quelle est la position des Etats-Unis sur les viols qui se perpétues à l’Est du Congo.
Et pour preuve, les Américains ont demandé fermement au gouvernement congolais, d’arrêter Bosco Ntaganda en vue de l’extrader à La Haye, comme le réclame la CPI.
5. Réveil-FM: Que rpondez-vous à ceux qui disent que les Etats-Unis sont complices de la dégradation du système politico-économique de la RDC, notamment en ce qui concerne la situation globale du pays et même aux violations des droits humains puisque ailleurs, les Etats-Unis interviennent assez différemment. Ayant rencontré plusieurs personnalités importantes, pensez-vous que les choses ont évoluées ?
James bénédict Ngumbu:C’est un concept totalement ringard. Je crois que l’avenir de la RDC tout comme de celui du reste du continent, dépendra de notre capacité d’agir.
On ne peut pas se contenter des réalités figées, au contraire nous devons nous adapter aux évolutions constantes de la communauté internationale pour éviter les erreurs du passé.<> Il ne faut pas que l’espoir des 65 millions des Congolais cède la place au cynisme, voire au désespoir qui laisserait la place aux suspicions.
Nos aînés ont toujours cru que l’avenir du Congo se joue à l’étranger, notamment à Washington, à Paris ou encore à Bruxelles.
Au contraire, il faut interpeller nos dirigeants sur ces questions.
Personne ne viendra trouver des solutions là où nous sommes capables de le faire.
Nous avons une part énorme de responsabilité. Lorsque le président Obama a dit : « Vous pouvez servir vos communautés et mettre votre énergie et votre savoir à contribution, pour créer de nouvelles richesses ainsi que de nouvelles connexions avec le monde », il nous incite à nous mettre réellement au travail.
Revenons à votre question. Qui violent les femmes congolaises ?
Qui encouragent la corruption dont vous faites allusion ?
A ce que je sache ce ne sont pas les Américains et encore moins les Français !
Que faisons-nous alors pour endiguer ce fléau?
Il faut que nous assumions nos propres responsabilités. Alors devons-nous continuer à pleurnicher et donner l’impression aux autres, comme si nous étions dépourvus des facultés mentales pour traiter objectivement nos problèmes ? Je crois que non !
Les Congolais, peuvent mettre fin aux conflits et créer un Etat de droit.
Cela nous amènera à arrêter tous les maux qui nous assujettis, et mettre fin aux situations dramatiques qui endeuillent le pays.
Nous pouvons agir puisque le monde évolue et l’histoire du Congo ne s’écrira que par nous-mêmes.
6. Réveil-FM: Après l’Union européenne et les USA, on raconte que vous êtes invité très prochainement par l’une des grandes puissances asiatiques, seriez-vous en train de vous orienter vers la politique surtout que les échéances électorales se pointent à l’horizon en RDC?
James Bénédict Ngumbu: Rire…Je n’ai pas cette prétention et je considère qu’entant que journaliste, nous avons le devoir sacré, celui d’informer et par devers tout, nous devons conscientiser nos élites à travers nos écrits.
Toutes les rencontres sont importantes d’autant qu’elles ont d’impacts.
J’ai eu quelques propositions, entre autre, un projet semblable à ce que vous évoqué. Toutefois, je ne puis me permettre de trahir mes opinions et me lancer dans la politique.
Je considère que la politique et surtout les élections s’il y en aura au Congo en 2011, ne résoudront pas mécaniquement nos problèmes si l’on perd confiance en nous-mêmes.
Il y a en eut en 2006 est–ce pour autant, les politiques ont répondu aux attentes du peuple congolais ?
Nous devons nous mettre tous au travail, y compris la presse.
Voyez-vous ? Cela demandera du temps et des efforts.
Le progrès du Congo ne viendra assurément pas que de la politique politicienne, où on a d’un côté des observateurs et de l’autre, les acteurs.
Le développement du Congo sera fait de la manière dont nous prendrons en mains notre propre destinée. Voilà, des objectifs contraignant que nous poursuivons, entant que modeste journaliste.


Commentaires
1. Le mardi 29 décembre 2009 à 20:22, par Willy Maloba
2. Le mardi 29 décembre 2009 à 20:26, par Lubango
3. Le mardi 29 décembre 2009 à 20:38, par Mokia Mandembo
4. Le mercredi 30 décembre 2009 à 11:22, par Binga G. Hubert
5. Le mercredi 30 décembre 2009 à 11:31, par Faustin Kipulu
6. Le mercredi 30 décembre 2009 à 13:16, par Ambroise Pierre - Reporters sans frontières
7. Le jeudi 31 décembre 2009 à 16:15, par Anicet Mobe
8. Le lundi 4 janvier 2010 à 13:32, par Julien Kilanga
9. Le mercredi 6 janvier 2010 à 00:17, par Allison Flexer
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