Bernard Kouchner rencontre Paul Kagamé à Kigali
Par Freddy Mulongo, jeudi 7 janvier 2010 à 22:20 :: radio :: #655 :: rss
Bernard Kouchner avec Paul Kagame, président du Rwanda. Le ministre français a déclaré que la France avait «certainement commis une faute politique» pendant le génocide de 1994.
A Paris, l'émoi suscité dans la classe politique française par la déclaration de Kouchner a toutefois contraint Nicolas Sarkozy à intervenir. Le président français a appelé Édouard Balladur et Alain Juppé pour les assurer qu'ils n'étaient nullement mis en cause par les paroles du bouillant docteur Kouchner.
Avant de s'envoler pour Kigali, Bernard Kouchner avait été dûment «cadré» par l'Élysée. Pour Nicolas Sarkozy, la réconciliation avec trois pays africains, Côte d'Ivoire, Angola et Rwanda, figure au rang de priorité.
La concomitance n'a probablement rien d'une coïncidence. Au moment même où Bernard Kouchner, en déplacement à Kigali, scellait la réconciliation entre la France et le Rwanda, les autorités rwandaises ont discrètement rendu public, jeudi 7 janvier 2010, un rapport officiel démentant radicalement la thèse développée par le juge français Jean-Louis Bruguière.
Une thèse qui attribuait à l'actuel président Paul Kagamé la responsabilité de l'attentat contre l'avion de son prédécesseur, considéré comme l'événement déclencheur du génocide des Tutsis en 1994.
Cette analyse contenue dans une ordonnance du juge, en novembre 2006, avait provoqué la rupture, par Kigali, des relations diplomatiques avec Paris.
Le document d'un "comité indépendant d'experts" rwandais, révélé par France Inter, jeudi, écarte la responsabilité du pouvoir actuel de Kigali, à dominante tutsie.
Il analyse l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion du président hutu Habyarimana, comme une "opération soigneusement murie par des politiciens et officiers extrémistes appartenant à la faction Hutu power [extrémistes]" opposés au partage du pouvoir imposé alors par les accords d'Arusha.
Le rapport, rédigé sous la direction de Jean Mutsinzi, ancien président de la Cour suprême du rwanda, contredit les conclusions du juge Bruguière à propos du lieu d'où auraient été tirés les missiles contre l'avion présidentiel.
Il le situe dans la zone de Kanombe contrôlée par les Forces armées rwandaises (FAR) du président Habyarimana.
Le document affirme que les FAR disposaient d'armes lourdes, notamment de missiles "commandés en grande quantité à cinq Etats différents", parmi lesquels la France ne figure pas.
En août 2008, Kigali avait publié un autre rapport qui accusait la France d'avoir "participé à l'exécution du génocide" et mettait en cause nommément Edouard Balladur, Alain Juppé et Dominique de Villepin. Aujourd'hui, le rapport Mutsinzi reste très discret sur le rôle de Paris.
Entretemps, de nouveaux témoignages ont affaibli l'enquête du juge Bruguière, conduisant son successeur, Marc Trévidic, à la reprendre en grande partie, et permettant la reprise des relations diplomatiques, annoncée le 29 novembre 2009.
Thierry Vircoulon:Les défis de la paix dans l'est de la République démocratique du Congo
Alors que le ministre des affaires étrangères français, Bernard Kouchner, entreprend une tournée africaine qui l'amènera au Rwanda et en République démocratique du Congo (RDC), la situation à la frontière de ces pays ne cesse d'être volatile. Longtemps à couteaux tirés, ces deux pays se sont rapprochés en 2009, à la suite des pressions de la communauté internationale.
Ce rapprochement s'est traduit par l'arrestation d'un des principaux seigneurs de guerre de la région, Laurent Nkunda, ex-leader du mouvement rebelle tutsi, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), l'intégration de ses troupes dans l'armée congolaise et la traque contre la milice des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), sinistres héritiers du génocide rwandais de 1994, installés depuis en RDC.
Cette traque a pris la forme d'opérations militaires : après une multitude d'accords inappliqués, l'usage de la force marquait un changement majeur de stratégie vis-à-vis des groupes armés.
Paradoxalement, la nouvelle donne entre Kigali et Kinshasa n'a pas produit les effets escomptés.
La mise hors jeu de Laurent Nkunda ne s'est pas traduite par sa comparution devant la justice mais par son remplacement, à la tête du CNDP, par un autre soldat de fortune recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre, Bosco Ntaganda.
Les opérations militaires n'ont pas permis de neutraliser les FDLR et ont eu un coût humain élevé pour les populations civiles, prises entre deux feux et victimes d'exactions de la part de l'armée comme de celle des milices rebelles.
Le CNDP utilise son intégration dans les troupes congolaises aux fins d'étendre sa zone de contrôle, occuper davantage de sites miniers et organiser le retour de populations tutsies dans des territoires de l'est de la RDC qu'il juge être siens.
Ce bilan ne surprend pas, l'insincérité étant partie intégrante des processus de paix.
Mais il reflète un problème plus profond : la compétition pour le foncier et les ressources minières, causes structurelles de l'instabilité dans cette région frontalière, n'est toujours pas prise en compte dans la stratégie de paix.
Celle-ci continue de se développer dans deux directions : la lutte contre les FDLR et la réforme du secteur de la sécurité.
La première implique, pour être efficace, d'être internationale et de frapper les réseaux financiers soutenant ce mouvement depuis l'Europe, l'Amérique et l'Extrême-Orient.
La seconde est une œuvre de long, voire très long, terme qui suppose des budgets et une expertise considérables ainsi qu'une volonté politique de fer pour éradiquer la corruption dans les services de sécurité.
Or les efforts déployés dans ces deux domaines sont loin d'être à la hauteur des besoins. Engluée dans des dilemmes sécuritaires, l'actuelle stratégie de paix néglige les causes profondes de la violence : la compétition pour le foncier, sur fond de surpeuplement (le Rwanda et le Burundi ont dépassé les 300 habitants au kilomètre carré et l'Est congolais atteindra bientôt cette densité), et la lutte pour le contrôle des ressources minières, qui sont à cette région ce que le pétrole est à l'Arabie saoudite.
Malgré l'accumulation d'études et de rapports, le commerce illicite des minerais continue d'alimenter les caisses des seigneurs de guerre, et le problème de l'accès à la terre reste considéré comme un sujet bon pour les spécialistes en développement mais néfaste pour les négociations de paix.
Thierry Vircoulon, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (IFRI)
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Commentaires
1. Le vendredi 8 janvier 2010 à 01:08, par lola 1
2. Le mardi 12 janvier 2010 à 08:39, par monier alain
3. Le mardi 12 janvier 2010 à 10:03, par monier alain
4. Le mardi 12 janvier 2010 à 10:18, par monier alain
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