Haïti: 6 jours après le séisme déjà plus de 70.000 Haïtiens enterrés
Par Freddy Mulongo, lundi 18 janvier 2010 à 17:29 :: radio :: #677 :: rss
Distribution: Les hélicoptères américains ont accéléré leurs rotations pour distribuer l'aide aux sinistrés. Les États-Unis ont pris le leadership de la distribution de l'aide. Ils contrôlent l'aéroport de Port-au-Prince et ont envoyé 10.000 hommes.
Répression: Un pillard a été mis à terre et menotté devant une station d'essence de Port-au-Prince alors que les gens font la queue pour s'approvisionner. Selon un photographe de l'Agence France-Presse, un pillard a été tué dimanche par la police d'Haïti sur un marché.
Quelque 70 000 cadavres ont été ramassés et enterrés dans des fosses communes en Haïti, depuis le violent séisme qui a ravagé le pays mardi, ce dernier bilan a été donné dimanche par le secrétaire d'État à l'Alphabétisation, Carol Joseph. Ce bilan pourrait malheureusement être revu à la hausse, d'autant plus que les secours ne sont pas encore arrivés dans d'autres villes haïtiennes, durement touchées par le séisme.
Les Haïtiens ont assisté aux offices du dimanche du 17 janvier 2010 en plein air au milieu des ruines des églises et de la cathédrale de Port-au-Prince. "Il y a des choses difficiles à comprendre si l'on n'a pas la foi", reconnaissait un prêtre en préparant la messe.
Par ailleurs, le gouvernement haïtien a décrété dimanche l'état d'urgence, une mesure qui durera jusqu'à la fin janvier. Les autorités ont aussi annoncé une période de deuil national d'un mois.
Jusqu'au 17 février, les drapeaux des bâtiments officiels épargnés par le séisme seront mis en berne.
Quelque 43 équipes internationales sont engagées sur place, totalisant 1.739 sauveteurs et 161 chiens. Signe que les chances de retrouver des survivants s'amenuisent comme une peau de chagrin, des secouristes belges et luxembourgeois ont regagné Bruxelles dimanche soir.
Abandonnant également tout espoir d'extraire des rescapés, des habitants mettaient le feu aux décombres pour faire disparaître les corps en décomposition, l'urgence désormais étant bien d'éviter une énorme catastrophe sanitaire.
Face à une situation catastrophique, le gouvernement haïtien a ouvert à partir d'aujourd'hui quelque 280 centres d'urgence dans la capitale et six villes aux alentours, pour distribuer l'aide humanitaire et héberger les sans-abri.
Ces centres auront une capacité d'accueil moyenne d'environ 500 places et seront installés dans des bâtiments publics, comme des cours d'école, des églises.
En visite à Port-au-Prince, où il a rencontré le président René Préval, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon a lancé "Vous n'êtes pas seuls". Le Conseil de sécurité tiendra une réunion spéciale consacrée à Haïti, aujourd'hui lundi.
Parallèlement Saint-Domingue accueillera une première réunion internationale destinée en principe à préparer la conférence des pays donateurs organisée le 25 janvier à Montréal.
Les pays de l'Union européenne discutent quant à eux d'une aide financière de plus de 100 millions d'euros pour aider Haïti.
Des géologues avaient prédit la catastrophe
C'était il y a à peine plus d'un an. Le 25 septembre 2008, le quotidien haïtien Le Matin publiait un article au titre évocateur : "Risque sismique élevé sur Port-au-Prince".
Patrick Charles, géologue et ancien professeur à l'Institut de géologie appliquée de La Havane, y rapportait les conclusions de ses études. Pour lui, aucun doute n'était permis : le drame était inévitable.
"Toutes les conditions sont réunies pour qu'un séisme majeur se produise à Port-au-Prince", prédit alors le géologue avec une "conviction inébranlable", qui surprend les journalistes du Matin . Pour convaincre ceux qui l'interrogent, il n'hésite pas à leur exposer un cours détaillé de géologie, en se servant de cartes géologiques très précises.
"Port-au-Prince est construite sur une grande faille qui part de Pétion-Ville, traverse toute la presqu'île du sud, pour aboutir à Tiburon.
En 1751 et en 1771, cette ville a été complètement détruite par un séisme. Je parie mes yeux que cela se reproduira. La science peut aisément le confirmer", déclare alors le scientifique, précisant que le "danger est imminent. Une grande catastrophe plane sur notre tête".
Plusieurs scientifiques tirent la sonnette d'alarme
Le géologue s'appuie sur plusieurs faits scientifiques. Patrick Charles cite notamment les secousses enregistrées quelques jours avant son entretien avec les journalistes du Matin , qui annoncent des séismes de plus forte intensité selon lui. Des propos corroborés alors par le directeur du Bureau des mines et de l'énergie (BME), l'ingénieur Dieuseul Anglade, qui prédit même - à raison comme on le verra a posteriori - la force du séisme : "Durant deux siècles, aucun séisme majeur n'a été enregistré dans la capitale haïtienne.
La quantité d'énergie accumulée entre les failles nous fait courir le risque d'un séisme de 7,2 d'amplitude sur l'échelle de Richter." "Face à une telle menace, très peu de mesures préventives ont été annoncées par les autorités", constate, amer, l'auteur de l'article, tout en notant les efforts réalisés pour installer sur tout le territoire national des instruments de mesure des secousses sismiques.
"Le compte à rebours a commencé. Il faut agir pour sauver ce qui peut encore l'être", conclut Patrick Charles.
Six mois plus tard, le 26 mars 2009, un nouvel article alarmiste paraissait dans Le Novelliste , intitulé "Le spectre d'un séisme destructeur".
Le quotidien s'appuyait sur les propos tenus par un ingénieur, Claude Prépetit, lors d'une conférence organisée dans l'hôtel Montana, aujourd'hui détruit. "L'accroissement démographique, les constructions anarchiques et le déboisement rendent encore plus vulnérable l'écosystème haïtien."
"Si nous n'arrêtons pas ces constructions, conseille-t-il, nous risquons de voir Port-au-Prince se transformer en un vaste cimetière." Des prédictions qui prennent aujourd'hui une bien tragique résonance.


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