Polémique: Un face-à-face Jean-François Copé-burqa a eu lieu à la télévision française !
Par Freddy Mulongo, samedi 23 janvier 2010 à 12:18 :: radio :: #689 :: rss
Dalila, couverte des pieds à la tête, a expliqué pourquoi elle a choisi le voile intégral voilà cinq ans. Sa mère a choisi des prénoms maghrébins pour Dalila et sa sœur jumelle en souvenir de ses années passées en Algérie et du père de ses filles qui ne les a pas reconnues.
De nationalité française, Dalila a été éduquée selon des valeurs athées, scolarisée dans le public puis dans un lycée catholique. Elle vit toujours dans un HLM de Dijon, sa ville natale, avec sa sœur et sa mère, qui leur a inculqué certaines valeurs musulmanes. Française elle aussi, cette dernière n’a jamais servi de viande de porc à ses filles, « pour que vous ne me le reprochiez pas plus tard », disait-elle.
« J’ai subi des agressions »
Devant ces contradictions, les deux sœurs ont commencé à se poser des questions et à se documenter, notamment en lisant le Coran. « Quand nous avons découvert l’islam, nous nous sommes dit que c’était nous », a-t-elle expliqué, avec maturité.
« Nous avons appris à être musulmanes et françaises, ce que les politiciens ne veulent pas comprendre », a-t-elle lancé devant Jean-François Copé qui est favorable à l’interdiction du voile intégral.
Aujourd’hui étudiante en droit, elle est autorisée à entrer dans l’université en burqa, sauf pendant les examens. Après avoir porté le foulard pendant six mois, Dalila a opté pour le voile long.
« Il y a des règles et on les suit sans se poser de questions », a-t-elle précisé, avant de raconter les difficultés entraînées par ce choix. « Je savais à quoi m’attendre. A Dijon, il n’y avait aucune femme voilée. Au début, nous étions mal vues. Dans la rue, j’ai subi des agressions et des insultes. Aujourd’hui les gens se sont habitués, mais beaucoup nous croient soumises et déjà mariées. »
« Le visage est le premier élément de l’identité »
Très calmement et avec assurance, Dalila s’est adressée à Jean-François Copé, qui prône une amende de 750 euros pour les femmes portant le voile intégral : « Ce sont les dictatures qui imposent aux citoyens comment s’habiller. Votre projet ne représente pas un pays démocratique. Vous n’avez aucune science en matière de religion. » Le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, député et maire de Meaux, lui a répondu : « Vous écouter a renforcé mes positions. »
« La particularité de la France est d’être une démocratie laïque, a-t-il poursuivi. La laïcité n’est pas une négation des religions. Chacun peut exercer son culte dans le respect de celui de l’autre. Parmi les règles de la République, il y a le “vivre ensemble”, et pour vivre ensemble il faut pouvoir connaître l’identité de l’autre. Le premier élément de l’identité d’une personne est son visage. »
« Vous pensez que nous sommes soumises »
Sans perdre son aplomb, Dalila se défend, le reprenant même lorsqu’il l’appelle « madame » : « C’est un cliché ! Vous pensez tous que nous sommes mariées et soumises. La majorité des femmes voilées le sont par choix. » « Si demain vous faites une loi, je ne pourrai plus jamais sortir de chez moi », a-t-elle lancé, comme une alerte.
Pour répondre à la question de la sécurité, posée par Jean-François Copé, la jeune femme a certifié pouvoir se dévoiler devant les forces de l’ordre en cas de contrôle ou pour être reconnue par les instituteurs de ses futurs enfants à la sortie de l’école.
Dans son argumentaire, Dalila a été soutenue par Roland Dumas, également invité de l’émission, qui a fait le parallèle entre le projet de Jean-François Copé et la législation de Vichy.
Salut les terriens ! a obtenu lors de cette émission sa plus forte audience depuis son lancement, voilà trois ans. Plus de 1,3 million de téléspectateurs, soit 6,5 % de part de marché, ont suivi ce face-à-face. Preuve que ce débat passionne les Français.
Thierry Ardisson, Stéphane Simon, le producteur, et Roland Dumas reviennent sur ce moment cathodique enflammé.
« J’ai eu l’idée, en septembre dernier, d’inviter une femme qui porte le voile intégral, nous confie l’animateur. Je voulais en savoir plus sur leur choix et leur vie, mais cela a pris du temps de trouver une femme libre, contrainte par personne. »
« On a convaincu Dalila et sa sœur jumelle, également voilée, qui était en coulisse, en argumentant qu’Ardisson était curieux mais sans jugement, continue son producteur Stéphane Simon. Qu’il n’était pas islamophobe et que, en tant que catholique, Thierry respectait ceux ou celles qui avaient des convictions religieuses. Jean-François Copé, qui était au courant de ce débat, n’était pas à l’aise face à Dalila qui n’est pas caricaturale. Elle est célibataire et française. Sa démarche est personnelle. A la fin de l’émission, Dalila s’est mise à sangloter. »
« Elle était bouleversée par les propos de Jean-François Copé, poursuit Ardisson. Il était très content de sa prestation. Il pense avoir convaincu les téléspectateurs. Il n’est même pas venu la voir en coulisse après l’émission… »
Quant à Roland Dumas, présent sur le plateau, il nous confie : « Le débat m’a paru raisonnable, encore qu’il ait été passionné dans les derniers instants. Je considère que c’est un débat intéressant, important. J’ai toujours été d’un libéralisme profond et je suis laïc. La laïcité, c’est le respect de toutes les religions. Légiférer sur le port du voile intégral ne ferait qu’envenimer les choses. Je trouve que c’est une façon inutile de diviser les Français sur un sujet aussi délicat. Qu’une femme porte la burqa ne me pose pas de problème. Et ça ne gêne pas l’ordre social. »
« Je n’en ai pas encore vu dans la rue. J’imagine bien qu’il y en a, mais si on fait une loi, ça va prendre de l’ampleur. Je suis pour l’apaisement », conclut l’ancien ministre socialiste.


Commentaires
1. Le dimanche 24 janvier 2010 à 23:59, par BOMA OMENA Henri
2. Le lundi 25 janvier 2010 à 00:03, par BOMA OMENA Henri
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