Makala, abattoir des prévenus congolais !
Par Freddy Mulongo, mardi 2 février 2010 à 17:15 :: radio :: #696 :: rss
Illustration du rapport Human Right Watch 2008 sur la RDC

Les prisonniers à Makala. Photo Archive.
Baptisé par Mwenze Kongolo alors Ministre de la Justice et garde des sceaux sous l'AFDL de « centre pénitentiaire de rééducation », l'extérieur peint en chaux blanc, la prison de Makala n'avait changé que de nom.
Cette prison dont le nom donne dr frisson aux Kinois, accueille des hommes, des femmes et même des enfants. C'est un véritable village, avec ses marchés, ses discussions entre mamans, ses chèvres qui gambadent, ses visiteurs mêlés aux prévenus-prisonniers et ses nombreux pasteurs des églises du Réveil. Pas moins de vingt-sept cultes religieux différents sont célébrés le dimanche dans la prison de Makala, où par ailleurs les violences sont quotidiennes et les viols fréquents.
Les gardiens ne sont souvent payés, ils n'ont pas pour habitude d'intervenir à l'intérieur de l'enceinte de sécurité. Ce sont des voyous, des détenus de droit commun qui par leur bonne conduite, assurent la surveillance de leur compagnons d'infortunes.
Sans ignorer les prévenus sans dossiers qui écument les prisons de Kin-Mazière, Camp Tshatshi, Camp Kokolo, Kibomango, aéroport de N'djili etc plus de 5 mille détenus: hommes, femmes et enfants, s'entassent à Makala, seul centre pénitentiaire de Kinshasa.
Quatre des pavillons du complexe, complètement saturés, comptent chacun 700 à 800 prisonniers, soit une soixantaine par cellule. Beaucoup sont en détention préventive. Les prisonniers sont nourris par des familles, la Croix-Rouge et des congrégations. Ceux qui ne reçoivent aucun soutien se reconnaissent à leur aspect squelettique.
Des hommes squelettiques au visage d'ascète qui quémandent piteusement une miche de pain, des redoutables brigands d'alors, devenus inaptes, car diminués par le poids de la famine et de maladies infectieuses, des cadavres en sursis.
Le pavillon VIII, la "capitale" est le pavillon des détenus qui avaient occupé jadis de hautes fonctions dans les structures de l'Etat. Presque tous ont bonne mine, belle prestance, le moral haut.
le fameux pavillon X, réservé aux malades, où gisent des êtres humains transformés en loques vivantes. Allongés comme des bois morts sur des nattes usées par des urines mélangées aux excréments diarrhéiques sanguinolents, ils attendent une mort lente, mais sûre et atroce. Personne ne sait exactement de quoi ils souffrent. Visite des médecins interdite. Donc, personne n'a vraiment intérêt à les toucher, sauf naturellement les religieuses catholiques munies des longs gants oeuvrant charitablement au pénitencier.
Ces malades du pavillon X, ou plutôt des cadavres en sursis.
Chaque semaine, cinq à dix corps attendent d'être transférés aux ateliers logés dans les dépendances, et qui font souvent office de morgue.
Le pavillon V, un autre univers où croupit une promiscuité humaine. Des crachats traînent çà et là, cultivant microbes, bacilles et autres virus. Plus de cinquante personnes attendent de se soulager devant un trou sans évacuation qui servait d'installation hygiénique.
Au centre du petit cercle, le "gouverneur", c'est-à-dire le fût débordant d'excréments. Les matières fécales s'entassent jusqu'à ce que de nouveaux venus les eussent enlevées.
Dénommé "Purgatoire", le pavillon IX (pavillon des femmes), est communément appelé "salle d'urgence".
Dès la tombée de la nuit, dans la cour qui jouxte ce pavillon, lui-même quelque fois transformé en maison de tolérance, des accouplements en chaine s'y passent.
La famine qui sévit au pénitencier contribue à rendre certaines femmes proxénètes, la débauche est connue et encouragée par les soldats de garde.
les agents commis à la surveillance représentent un maillon très important dans la chaîne d'introduction de la nourriture apportée par les familles des détenus. Ils peuvent priver ces derniers de leur repas sans être réprimander.
Les frais de douane sont imposés aux prisonnières avant de traverser la grille principale de l'officine pénitentiaire. Ils s'élèvent à 600 FC.
Une prostitution sans nom des femmes à Makala font qu'elles y habitent avec leurs bambins. Sans ignoré celles victimes du viol.
Deux fléaux: la vente du chanvre et la sodomie ravagent la prison de Makala. Les sodomites sont pour la plupart des détenus condamnés à de lourdes peines d'emprisonnement ou souvent à perpétuité.
Ce sont des assassins, des voleurs à main armée et des caïds de la pègre Kinoise qui entretiennent cette pratique. Ils se livrent à toutes sortes de trafic dont le plus lucratif est celui du chanvre et leur victimes se font payer par une boule de "Fufu" et "du Thomson" (poisson chinchard).
Makala apparaît comme un monde à l'espoir constamment en évasion.
La prison de Makala est aussi le lieu des injustices de la justice. Les plus flagrantes sont les dossiers en suspens.
Les trois quarts des détenus sont des prévenus non condamnés et presque tous ont consommé le délai de validité de la détention du Ministère Public.
Celle-ci, dont la durée légale est fixée à cinq jours, est souvent allongée à six, douze ou même vingt-quatre mois sans que personne n'y trouve à redire.


Commentaires
1. Le mardi 2 février 2010 à 19:08, par lola 1
2. Le mardi 2 février 2010 à 23:38, par Lumumba Guy-Patrice
3. Le jeudi 4 février 2010 à 05:31, par Nkolo Mpifo
4. Le vendredi 5 février 2010 à 06:02, par Serge Welo, Le Patriote
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