10. Réveil-FM: Le 14 juillet 2010, pas moins de 14 armées africaines ex-colonies françaises vont défiler sur les Champs Élysées, qu'en pensez-vous ?

Calixte Baniafounia: C’est révoltant ! Très révoltant ! Mais, il faut restituer les faits dans leur contexte.

En ayant promis la « rupture » avec les dictateurs africains lors de sa campagne présidentielle de 2006-2007, Nicolas Sarkozy qui, acteur lui-même du temps où il n’était que ministre, en voyait tant et tant des pratiques des réseaux françafricains, y croyait réellement.

Avant même son accession à l’Élysée, le duo Chirac-De Villepin lui a clairement signifié l’impossibilité de gagner des élections de ce niveau sans l’apport des financiers-dictateurs africains.

Comme il tenait à l’atteinte de ses ambitions présidentielles, il était dans l’obligation de tomber dans les bras du « doyen » de la Françafrique, Omar Bongo, qui lui avait donné sa contribution en monnaie sonnante et trébuchante.

Ce bakchich n’a rien de nouveau dans les campagnes présidentielles de la Ve République. Simplement, avant même l’élection présidentielle au point de n’en plus se voiler la face en l’appelant en premier pour le remercier le jour même de son entrée à l’Élysée, ses tout frais électeurs découvrent aux dépens que le président Sarkozy n’est pas vraiment à l’écoute du candidat Sarkozy.

Il n’aura d’ailleurs pas de temps de répit puisqu’il sera d’emblée l’otage des caciques de la droite française et de ses amis hommes d’affaires dont les plus solvables opèrent en Afrique des dictateurs et à qui il s’empressera d’offrir un paquet fiscal.

Impuissant face à l’hégémonie incontestée des États-Unis et à la montée vertigineuse de la Chine, celui qui vient de rompre avec la « rupture » ne compte plus que sur la politique intérieure pour un baroud d’honneur.

Or, là encore, la crise monétaire met illico au régime le pouvoir d’achat des Français : l’échec est cuisant.

Il n’est pas en effet nécessaire de sortir de l’ENA pour qu’en observateur modeste de la politique française on comprenne que chaque discours du président Sarkozy en efface un autre et que, de discours mielleux en discours mielleux, il finit par faire pire que tous ses prédécesseurs qu’il critiquait, en politique africaine de la France tout au moins.

Dans ce fourre-tout que représente cette « non-politique intérieure et extérieure » de Nicolas Sarkozy, ce dernier a fait le choix non seulement de foncer dans la continuité mais aussi de gratter le fond du tiroir des pratiques néocoloniales pour essayer de faire tenir à la France un semblant de place dans le monde des puissants.

Et la seule façon d’y parvenir, c’est-à-dire de prolonger l’agonie d’une politique africaine de la France désormais sans issue et vouée à être repensée, c’est de se rabattre sur les marionnettes les plus attitrées des anciennes colonies qui, à ce jour, sont les seules au monde à continuer de considérer la France comme une grande puissance.

La seule façon de faire oublier aux dictateurs décriés lors de sa campagne présidentielle les propos de vilains petits canards qu’ils étaient à ses yeux, c’est de les percher sur un piédestal encore plus élevé que celui sur lequel l’ancienne métropole les avait placés jusque-là : blanchissement de tout soupçon de vol des biens de leur peuple pour les dictateurs les plus redoutables traduits en justice, revalorisation par des élections arrangées des régimes aux mandats à durée indéterminée, relance des sommets françafricains (en avril prochain à Paris), défilé le 14 juillet sur les Champs Élysées des armées néocoloniales d’Afrique, renforcement du système dynastique en cas de fin de vie d’un guignol affranchi d’amour propre, etc.