Hans Küng, le jumeau terrible du pape Benoit XVI !
Par Freddy Mulongo, samedi 13 février 2010 à 20:40 :: radio :: #706 :: rss
Hans Küng et le pape Benoit XVI (Joseph Ratzinger).
Hans Küng est le plus célèbre contestataire européen catholique. Il est très apprécié par les théologiens protestants qui réfutent l'infaillibilité pontificale. En publiant en 1970 le sulfureux "infaillible ? Une interpellation", Hans Küng déclenche un débat international et interconfessionnel sans pareil dans l'histoire de la théologie.
Le best-seller, contestant l'infaibilité pontificale, lui vaudra son habilitation ecclésiastique à enseigner, que le Vatican lui retire en 1979.
Hans Küng est l'un des deux derniers théologiens experts encore vivants de concile Vatican II (1962-1965)-et des plus contestataires.
Le second n'est autre que son vieil ami Joseph Ratzinger, qui fut avant son élection le gardien sourcilleux du dogme catholique durant 24 ans, avant de devenir le pape Benoit XVI. Leurs chemins n'ont cessé de se croiser et de se séparer. Cinquante ans que ces deux-là s'épient, se jalousent, se critiquent...
"Il ne peut pas nier que je suis un théologien qui possède une oeuvre que lui même n'a pas, explique non sans malice le professeur Küng. Alors il prend très au sérieux ce que j'écris et ce que je dis. Il sait qu'il y a là-dédans unee grande part de vérité qui me rend dangereux."
A eux deux, classés en 2005, parmi les "cent plus importants intellectuels du monde" par la revue américaine "Foreign Policy", ils représentent la majorité desfidèles de l'Eglise, mais aussi deux pôles du catholicisme. Si, au fil des décennies, l'un a endossé tous les combats des progressistes, l'autre a suivi le virage conservateur de son prédécesseur Jean-paul II.
Les réformes radicales auxquelles Hans Kung appelle, au nom du Nouveau Testament, des les années 1960: abolition du célibat des prêtres, ordination des femmes, communion des divorcés-remariés, contraception laissée à la libre conscience...
Depuis la crise de 2009, née avec l'affaire de l'évêque négationniste Williamson et la main tendue par Benoit XVI aux intégristes, les fidèles sont toujours plus nombreux à tourner leur regard Tübingen où réside le professeur Hans Küng. Et à écouter cette voix qui s'élève pour dénoncer " le risque que l'Eglise devienne une secte catholique".
Hans Küng n'a jamais eu l'intention de gravir les marches de cet escalier hirarchique.
Paul VI avait décelé en lui un talent prometteur, l'y ait incité." Mais l'Eglise catholique pour moi, ce n'est pas la curieromaine et son système hérité du Moyen Age", tranche Hans Küng. Sa mission sera tout autre, celle d'un opposant à "la dictature de l'absolutisme", celle d'un résistant de l'intérieur, soucieux dans le même temps de ne pas créer de nouveau schisme.
Longtemps, pourtant, les deux collègues seront considérés comme les frères jumeaux de la puissante théologie allemande. 3Dès notre première rencontre en 1957, à Lucerne, nous éprouvons immédatement de la sympathie l'un pour l'autre".
Nés à onze mois d'écart, issus chacun d'une famille catholique conservatrice d'une région alpine (la Bavière pour le fils de gendarme Ratzinger, la Suisse centrale pour le fils de commerçant Küng, les deux plus jeunes experts du Concile Vatican II partageaient le même espoir de changer l'Eglise. Et lorsqu'en 1966, il fait engager Ratzinger à l'Université catholique de Tübingen, le doyen Küng vante "l'oeuvre riche de cet érudit de 38 ans" tout comme "ses agréables qualités humaines".
Mais déjà leurs styles les distinguent. Ratzinger grimpe à vélo, Küng roule en Alfa Roméo. L'année 1968 sert de révélateur. Ratzinger ne se remet pas d'avoir " vu se dévoiler le hideux visage de cette ferveur athée". S'ensuit chez lui une crise d'angoisse quasi apocalyptique et des blessures profondes.
Küng fait face avec panache même s'il n'adhère pas à la " révolution". "Etant donné que toute ma vie j'ai combattu le fascisme de droite, je dois aussi me défendre contre le fascisme de gauche" se justifie-t-il.
Quand, en 2005, Benoit XVI, nouvellemnt élu pape, reçoit le "rebelle" à Castel Gandolfo durant plus de quatre heures, on crut assister à la chute du mur catholique. Quatre ans et demi plus tard, c'est le désenchantement. "Il n'a rien fait de courageux, regrette Hans Küng. il n'a pas adopté une seule mesure constructive sur la rencontre des religions, ni fait le moindre geste en direction de ceux qui souffrent, par exemple les divorcés-remariés écartés des sacrements. Tout au contraire." Leur dernière entrevue remontait à... 1983.
Deux destins
16avril 1927: Joseph Ratzinger naît en Haute-Bavière
19 mars 1928: Hans Küng voit le jour en Suisse.
1957: en Octobre, première rencontre à Lucerne, où Hans Küng officie comme vicaire. Ratzinger est alors professeur de dogmatique à Freising.
1962-1965: Ils sont les deux plus jeunes théologiens du concile Vatican II.
1966: Hans Küng, fondateur de l'Institut de recherches oeucuméniques, fait venir Joseph Ratzinger à Tübingenpour occuper la chaire de dogmatique et d'histoire des dogmes.
1968: Leurs routes se séparent.
24 septembre 2005: Retrouvailles, après vingt-deux ans, à Castel Gandolfo
2006: Hans Küng publie le tome 1 de ses Mémoires: "Mon combat pour le Liberté".
11 février 2010: Hans Küng vient de publié le tome 2 de ses Mémoires: "Une vérité contestée", aux Editions Novalis-Cerf


Commentaires
1. Le dimanche 14 février 2010 à 20:59, par BOMA OMENA Henri
2. Le dimanche 14 février 2010 à 21:35, par BOMA OMENA Henri
3. Le mardi 16 février 2010 à 08:29, par Paul
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